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Palestine : la création d’une Direction unifiée et l’annonce d’élections pourraient signifier la fin de la division

À la suite d’une rencontre en Turquie, les deux mouvements rivaux que sont le Fatah et le Hamas ont annoncé une nouvelle feuille de route vers la réconciliation qui pourrait augurer une nouvelle ère pour les Palestiniens et la lutte contre l’occupation israélienne
Manifestation à Ramallah (Cisjordanie occupée) pour la fin de la division entre le Fatah et le Hamas et l’unification de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, le 12 janvier 2019 (AFP)

Pendant leur rencontre la semaine dernière en Turquie, les mouvements palestiniens du Fatah et du Hamas ont finalement convenu de présenter une vision conjointe et de tenir des élections législatives et présidentielle en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem d’ici six mois.

Cette annonce suggère que ces anciens rivaux ont initié un nouvel élan vers la réconciliation, mettant fin possiblement à la profonde division politique qui existe depuis les élections parlementaires de 2006 – qui ont laissé le Fatah en charge de l’Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie occupée tandis que le Hamas dirige la bande de Gaza assiégée.

L’un des aspects cruciaux est la création d’une nouvelle direction palestinienne unifiée.

Bien que par le passé, les deux mouvements eussent déjà annoncé des mesures vers la réconciliation, ces efforts n’avaient jamais tardé à vaciller.

Mais cette fois, le ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne Hussein al-Sheikh a souligné qu’« un dialogue positif et fructueux s’[était] noué entre le Fatah et le Hamas en Turquie », ajoutant que cette rencontre constituait un pas important vers une réconciliation et un partenariat.

Le Hamas, pour sa part, a indiqué que les réunions avaient abouti à une vision conjointe pour présenter un dialogue national global avec la participation de l’ensemble des factions palestiniennes et procéder à une annonce formelle et définitive de consensus d’ici le 1er octobre.

Les élections se concrétiseront-elles cette fois ?

Hassan Youssef, dirigeant du Hamas en Cisjordanie, a déclaré à Middle East Eye que les discussions de réconciliation étaient bien engagées cette fois, avec l’objectif de parvenir à un accord et d’organiser des élections sous peu.

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« Tout le monde est déterminé et extrêmement motivé à faire des efforts fructueux vers la réconciliation car la question palestinienne est exposée aujourd’hui à de grands et sérieux défis », a-t-il déclaré. « Les deux mouvements ont senti le danger et sont déterminés à parvenir à l’unité en action, pas uniquement en paroles.

« Les deux mouvements cherchent à développer une stratégie unifiée pour s’attaquer aux défis auxquels fait face la Palestine aujourd’hui. »

Hicham Kahil, le directeur exécutif de la Commission électorale centrale (CEC), a confirmé que son organisation était prête à organiser le processus électoral dès qu’un décret présidentiel aurait été émis par le président de l’AP Mahmoud Abbas.

« La Commission électorale centrale est toujours prête à traiter toutes décisions concernant les élections locales et législatives et met constamment à jour les listes électorales », a-t-il précisé.

« Nous suivons les développements dans le dossier de la réconciliation, nous avons évoqué notre volonté de traiter toute information nouvelle et nous attendons toujours le décret présidentiel pour choisir la date pour la tenue d’élections législatives. »

Kahil a ajouté que la Commission avait informé le bureau du président qu’elle avait besoin de 110 jours après le décret présidentiel pour commencer son travail.

Qu’est-ce que la Direction unifiée ?

L’accélération de la réconciliation entre le Fatah et le Hamas survient quelques jours après l’annonce de la formation de la Direction nationale unifiée de la résistance populaire, qui réunit l’ensemble des factions politiques palestiniennes et constitue un nouvel organisme qui s’étendra au-delà de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) – notamment pour inclure le Hamas et le Jihad islamique.

La Direction unifiée, créée le 3 septembre pendant deux réunions conjointes à Ramallah et Beyrouth, vise à unifier les efforts de l’ensemble des factions palestiniennes en tâchant de mener la résistance populaire dans l’ensemble des territoires palestiniens, ainsi qu’en réconciliant le Fatah et le Hamas.

Cette mobilisation renouvelée survient alors que les dirigeants palestiniens cherchent à s’unir contre la normalisation des relations des pays arabes avec Israël

Cette mobilisation renouvelée survient alors que les dirigeants palestiniens cherchent à s’unir contre la normalisation des relations des pays arabes avec Israël, à la suite des accords entre Tel Aviv, les Émirats arabes unis (EAU) et Bahreïn depuis août.

Jehad Harb, chercheur travaillant sur la politique palestinienne et spécialiste des affaires parlementaires, indique que le Fatah et le Hamas avaient urgemment besoin d’élections pour réaffirmer leur légitimité.

« Le président devrait signer le décret électoral rapidement et les élections devraient avoir lieu d’ici à six mois. »

Mais selon lui, malgré la formation d’une direction unifiée, l’impact de la nouvelle organisation est toujours limité en ce qui concerne l’unification des rangs internes des Palestiniens.

Cependant, l’une de ses missions fondatrices consiste justement à tenter de bâtir une résistance populaire parmi la société palestinienne au sens large, ajoute le chercheur.

« Lutte populaire »

Le 13 septembre, la Direction unifiée a publié son premier communiqué fondateur, annonçant « le lancement d’une lutte populaire complète qui ne cessera avant la création d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale ».

Dans son communiqué, l’organisation a appelé à un activisme de masse à compter du 15 septembre. Ce jour-là, des événements et des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de Cisjordanie, exprimant l’opposition à la normalisation des relations avec Israël.

Cependant, ce communiqué fondateur ne comprenait pas de programme politique clair et à long terme, ni ne clarifiait les caractéristiques de cette direction, ses aspirations et les formes de résistance populaire recherchées, un facteur qui pourrait expliquer la mobilisation limitée du 15 septembre.

Le porte-parole du Fatah, Hussein Hamayel, explique à MEE que la Direction unifiée cherche à acquérir sa légitimité auprès du peuple palestinien afin de créer une résistance globale et véritablement populaire.

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« Il y aura du travail à plusieurs niveaux et un accord sera trouvé sur le programme national, le programme politique et le discours médiatique. Tout cela sera fait sous la tutelle de l’OLP. »

La participation du Hamas à la Direction unifiée constitue une possibilité pour son accession à l’OLP. Durant la dernière réunion des secrétaires généraux des factions palestiniennes, trois commissions ont été formées, dont l’une vise à développer l’OLP, corriger sa trajectoire, traiter les problèmes existants dans ses institutions et l’étendre pour inclure tous les Palestiniens, notamment le Hamas et le Jihad islamique, explique Hassan Youssef.

« Il nous faut un front unifié aujourd’hui, et le mouvement Hamas est devenu une partie de cette direction en raison de sa croyance en l’unification de la lutte et en un partenariat, seuls moyens pour s’opposer à l’accord du siècle et aux projets d’annexion et de normalisation », déclare le représentant du Hamas à MEE.

D’après Ahmed al-Majdalani, secrétaire général du Front de lutte populaire palestinien (FLPP), un mouvement de gauche membre de la commission exécutive de l’OLP, la Direction unifiée n’est pas composée des secrétaires généraux des différentes factions, mais est un point de référence pour eux.

« Ce leadership a été créé par le biais d’une consultation entre les factions dans le but de développer un cadre politique général pour les activités et événements nationaux, outre sa responsabilité consistant à gérer la résistance populaire », indique-t-il à MEE.

La résistance populaire n’est « pas une armée ou une organisation mais un champ ouvert pour la libération des énergies populaires partout ; elle est globale, large et progressive dans sa résistance à l’occupation », ajoute-t-il.

« Fournir les ressources pour la détermination populaire et lever le blocus financier qui nous est imposé constituent la mission du gouvernement palestinien, pas celle de la Direction unifiée », précise Majdalani.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.