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Discriminations envers les musulmans de France : l’enquête choc

Une enquête commandée par le gouvernement français révèle l’étendue du malaise des Français de confession musulmane
Des Françaises musulmanes portent des pancartes indiquant « Ne touchez pas à mon foulard », le 19 octobre 2019, sur la place de la République, à Paris (AFP)
Par MEE

En France, 40 % des musulmans français déclarent avoir subi des comportement racistes ces cinq dernières années. C’est ce qui ressort d’une enquête commandée par le gouvernement français et rendue publique par le quotidien Le Parisien, ce mercredi 6 novembre. 

« Cette enquête est la première, commandée par un gouvernement, pour connaître le ressenti des musulmans eux-mêmes », précise le journal. 

Près du quart (23 %) affirment « avoir été traité défavorablement » dans leur carrière

Réalisée au début du mois de septembre par l’Institut français d’opinion publique (IFOP) à la demande de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémistisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), l’agence gouvernementale de lutte contre le racisme et les discriminations, et la Fondation Jean-Jaurès, cette enquête rappelle une réalité : « Les musulmans en France sont soumis à un niveau très élevé de discriminations, du fait de leurs origines mais aussi, spécifiquement, de leur religion. »

Des discriminations multiples

D’après cette enquête, près du quart (23 %) des musulmans ayant déclaré avoir subi des comportements racistes disent « avoir été traités défavorablement » dans leur carrière du fait de leur confession, contre 5 % pour l’ensemble des Français. 

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Un sur quatre (24 %), également, affirme avoir déjà essuyé ces cinq dernières années des insultes ou des injures liées à l’islam.

« Voilà pour le climat quotidien. Les discriminations, elles, s’expriment ‘’dans les moments d’intégration les plus forts de la vie, comme la recherche d'un logement ou d’un emploi’’ », note Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès dans Le Parisien

L’enquête révèle d’autres indices plus inquiétants : ce racisme antimusulmans touche davantage les citoyens français que les étrangers. Il atteint les femmes davantage que les hommes, et il s’exerce en priorité dans les villes moyennes et les territoires où la proportion d’immigrés est très modérée, inférieure à 8 % de la population ».

Pour Yannick L’Horty, professeur d’économie et spécialiste du testing, méthode qui révèle les discriminations en situation réelle, « toutes les campagnes de testing faites en France sur l’emploi, le logement, les loisirs confirment une surexposition des musulmans de France aux discriminations ».

Les amalgames persistent

« Les différences sont massives entre les candidats avec des patronymes à consonance française et ceux à consonance maghrébine ou d’Afrique subsaharienne. Des études ont aussi montré qu’il existe bien un effet spécifique de la religion comme facteur de discrimination », ajoute ce professeur d’économie interviewé par Le Parisien.  

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Le quotidien français accompagne son dossier par un reportage à Angers (Maine-et-Loire). « Quand je m’aperçois que des gens que je connais depuis des années deviennent craintifs, et que dans les magasins, on ne me dit plus bonjour, je sais qu’il s'est passé quelque chose la veille », raconte Sonia. « La dernière fois, c’était après l’attentat contre la préfecture de police de Paris. »

Le 3 octobre, quatre fonctionnaires de police ont été tués par l’un de leurs collègues au couteau avant qu’il ne soit lui-même abattu au sein de la préfecture de Paris. 

Le Parisien a aussi rencontré un couple, Amel et Redouane, qui ont participé à la manifestation contre l’islamophobie, le samedi 2 novembre, à Angers : « Amel a remarqué que ‘’les regards pesants s’amplifient’’ chaque lendemain d’acte terroriste. Redouane, son compagnon, soupire : ‘’J’ai l’impression qu’il faudrait qu’on sorte à chaque fois avec une pancarte pour dire ‘’Je ne cautionne pas’’. Comme si ça n’allait pas de soi’’. »

« On mélange l’islam et l’islamisme »

« C’est un constat d’échec de notre modèle d’intégration, c’est aussi ce qui nourrit le communautarisme. Quand des personnes se sentent exclues de la République, elles sont attirées par ceux qui s’organisent en marge de la République », déclarait récemment Marlène Schiappa, secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, lors d’un séminaire de restitution des données de l’enquête.

« C’est un constat d’échec de notre modèle d’intégration »

- Marlène Schiappa, secrétaire d’État

« On mélange l’islam et l’islamisme, la pratique sociale et la doctrine idéologique », explique à l’AFP Olivier Bobineau, chercheur au CNRS et auteur du livre La Voie de la radicalisation. « On a un choc des ignorances », dit-il, qui crée à la fois « un choc des identités et un choc des émotions. »

Le 11 octobre, le débat sur le voile, récurrent depuis les années 1980, est relancé lorsqu’un élu du Rassemblement national (RN, extrême droite) s’en prend à une mère voilée qui accompagne une sortie scolaire.

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Les sénateurs français ont adopté, le 29 octobre, une proposition de loi interdisant le port de signes religieux, dont le voile, aux parents accompagnant des sorties scolaires. Elle avait été déposée par le groupe Les Républicains, majoritaire au Sénat.

Cinquante-neuf pour cent des Français considèrent le voile comme étant incompatible avec leur société, selon la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a récemment estimé qu’il « n’est pas souhaitable dans notre société ».

Ces polémiques s’installent alors que l’attaque d’une mosquée à Bayonne, dans le sud-ouest de la France, qui a causé deux blessés graves le 28 octobre, a profondément choqué l’opinion. 

Le suspect, un octogénaire ex-candidat local du Front national, a déclaré aux enquêteurs avoir voulu incendier la mosquée pour « venger la destruction de la cathédrale de Paris », qu’il attribue aux musulmans.

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