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Les cours du pétrole s’effondrent après une guerre des prix lancée par l’Arabie saoudite

Après l’échec des discussions entre la Russie et l’Arabie saoudite, conduisant cette dernière à lancer une guerre des prix du brut, les cours du pétrole ont subi ce lundi leur chute la plus sévère depuis la guerre du Golfe de 1991
L’effondrement des prix du pétrole accroît la pression sur les marchés boursiers, déjà frappés par l’épidémie de coronavirus (Reuters)

Les prix du pétrole ont plongé de près d’un tiers lundi – la plus forte baisse depuis la guerre du Golfe de 1991 –, lorsque l’Arabie saoudite, premier pays exportateur, a déclenché une guerre des prix.

Cette déroute s’explique par la décision de l’Arabie saoudite de baisser unilatéralement ses prix à la livraison, opérant la plus importante réduction en vingt ans.

Cette décision spectaculaire et lourde de conséquence a été prise dans la foulée de discussions de l’OPEP+ (rassemblant l’OPEP et ses partenaires dont la Russie), qui se sont conclues sans accord vendredi alors que l’épidémie de coronavirus provoque des craintes sur l’activité économique et donc la demande d’or noir.

Lors d’une réunion la semaine dernière, les ministres de l’OPEP – Arabie saoudite en tête – ont souhaité réduire la production afin de compenser la baisse de la demande mondiale causée par l’épidémie de coronavirus, mais l’adoption de cette mesure dépendait de l’accord des partenaires du groupe, de Moscou avant tout. 

Or la Russie, deuxième producteur mondial de pétrole, a refusé de resserrer l’offre à 1,5 million de barils par jour. En réaction, les actions saoudiennes ont perdu plus de 9 %, le géant pétrolier Aramco perdant 10 %.

Ce krach pétrolier pourrait aussi compromettre les réformes économiques du prince héritier Mohammed ben Salmane, financées par l’argent de l’or noir et précisément destinées à faire sortir l’économie du pays de sa dépendance à cette ressource.

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L’effondrement des prix du pétrole coïncide par ailleurs avec une purge royale qui a eu lieu la semaine dernière contre des princes accusés de fomenter un « coup d’État » contre le prince héritier.

Mais « la menace qui pèse sur le prince Mohammed ne vient pas de ses rivaux royaux mais de l’effondrement des revenus du pétrole et, avec eux, ses plans économiques ambitieux », estime Kristin Diwan, chercheuse à l’Arab Gulf States Institute, à Washington.

L’effondrement des prix pourrait avoir de lourdes conséquences plus globales, ont averti les observateurs : de la compression des revenus dans les pays tributaires du secteur énergétique à l’annulation de projets d’exploration pétrolière et même à une déflation mondiale.

« Une énorme onde de choc »

« Une chute de 30 % des prix du pétrole brut est sans précédent et provoque une énorme onde de choc sur les marchés financiers », explique à l’AFP Margaret Yang, analyste chez CMC Markets.

Dans l’après-midi pour les bourses asiatiques, le West Texas Intermediate (un type de pétrole utilisé comme standard dans la fixation des prix du brut) a perdu environ 30 %, tandis que le Brent a reculé de 26 %.

L’effondrement des prix du pétrole accroît la pression sur les marchés boursiers, déjà frappés par l’épidémie de coronavirus. 

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Les cours à travers l’Asie ont fortement chuté, Tokyo ayant clôturé en baisse de plus de 5 % et Sydney en baisse de plus de 7 %.

Les marchés boursiers des États du Golfe ont aussi plongé depuis dimanche. Celle de Ryad, la plus importante de la région, a clôturé en baisse de 7,8 % lundi, dans le sillage des bourses asiatiques. Les places européennes et américaines leur ont emboîté le pas.

Jeffrey Halley, analyste principal de marché chez OANDA, explique : « L’Arabie saoudite semble déterminée à punir la Russie. »

Selon lui, les prix du pétrole « seront probablement plafonnés au cours des prochains mois, car le coronavirus ralentit la croissance économique, et l’Arabie saoudite ouvre les pompes et offre d’énormes remises sur ses types de brut ».

À Singapour, OCBC Bank estime que l’économie mondiale pourrait être frappée par une déflation si le brut reste autour de la barre des 30 dollars pendant une période prolongée, car les prix du pétrole jouent un rôle clé dans la stimulation de l’inflation.

L’affrontement entre Ryad et Moscou, et les autres producteurs de pétrole, sera remporté par le pays le plus apte à résister aux dégâts

Cela pourrait encourager les autorités à assouplir leur politique monétaire alors qu’elles tentent d’arrêter un cycle déflationniste incontrôlable, indique la banque.

Yang de CMC Markets pense que si les prix tombent à des niveaux extrêmement bas, la Russie pourrait finalement revenir à la table des négociations avec l’OPEP et convenir d’une réduction de la production pour consolider les marchés.

L’affrontement entre Riyad et Moscou, et les autres producteurs de pétrole, sera remporté par le pays le plus apte à résister aux dégâts. 

L’Arabie Saoudite détient d’importantes réserves et extrait son brut à des coûts défiant toute concurrence (seulement 2,80 dollars le baril) ce qui lui assure des marges confortables.

Mais avec son économie plus diversifiée, la Russie est un rival redoutable. « Il est peu probable que Moscou cède en premier, certainement pas avant trois à six mois », selon Chris Weafer du cabinet de conseil Macro Advisory.

« La Russie est dans une bien meilleure position financière pour supporter une guerre des prix du pétrole. Les réserves financières de la Russie sont supérieures de 80 milliards de dollars à celles de l’Arabie Saoudite », souligne-t-il.

Mais la position de Moscou changerait probablement si le prix du brut tombait en dessous de 25 dollars le baril pendant une période prolongée.

Ces nouveaux développements rappellent la guerre des prix du pétrole qui a éclaté en 2014 et a fait chuter les prix du pétrole à moins de 30 dollars le baril. 

La baisse des prix a ensuite pesé sur les revenus des pays du Golfe, les obligeant à recourir à des mesures d’austérité et à emprunter pour combler leurs déficits budgétaires.

Traduit de l’anglais (original) et actualisé par VECTranslation.