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Paris appelle à ne pas abandonner les Kurdes syriens

Dans une tribune, la ministre française des Armées a plaidé pour préserver les Kurdes des Forces démocratiques syriennes, engagées dans un combat ultime contre l’EI
Une femme marche dans un cimetière lors des funérailles d’un combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS) tué lors d’une offensive du groupe État islamique (EI) près de Deir Ezzor, dans la ville kurde de Kobané, dans le nord de la Syrie, 2018 (AFP)
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La ministre française des Armées, Florence Parly, a martelé dimanche que les Kurdes syriens, sur le point de vaincre avec leurs alliés le groupe État islamique (EI) au sol, ne devaient pas devenir de nouvelles « victimes » du conflit syrien.

« L’annonce du retrait américain [de Syrie] a rebattu les cartes et créé de nouvelles configurations dans la région. Nul ne sait encore quel arrangement en sortira », relève Florence Parly dans une tribune au quotidien Le Parisien.

« Notre devoir est de tout faire pour éviter que les FDS en soient les victimes », ajoute-t-elle en référence aux Forces démocratiques syriennes, alliance locale à dominante kurde qui combat l’EI avec l’appui aérien de la coalition internationale sous commandement américain.

Les islamistes armés de l’EI sont désormais assiégés dans un quartier d’un demi-kilomètre carré, dans le village de Baghouz, près de la frontière irakienne.

Mais une fois la victoire acquise et le retrait américain effectif, les Kurdes se retrouveraient sous la menace directe d’une intervention turque dans le nord-est du pays, à moins de négocier avec Damas un retour sous le giron de la Syrie.

« Nous leur devons énormément »

« Nos partenaires de terrain, les FDS, ont beaucoup donné. Nous leur devons énormément », insiste la ministre des Armées, alors que les conséquences du retrait américain sur les Kurdes sont très loin d’être réglées. 

Le Pentagone a demandé à ses alliés de constituer une « force d’observateurs » dans le nord-est du pays pour garantir la sécurité des alliés kurdes, menacés par Ankara.

Mais la proposition a reçu une fin de non-recevoir lors d’une réunion de la coalition à Munich vendredi. « La position entre membres de la coalition est très consensuelle pour dire non », a confié à l’AFP une source gouvernementale française, en déplorant une « politique du fait accompli » de la part de Washington.

La ministre française met aussi en garde contre tout rapprochement avec Damas

« La solution par défaut, c’est un accord entre le régime syrien et les Kurdes. Mais cela ne se fera pas forcément, Damas veut récupérer sa souveraineté. D’où l’importance des Russes dans le jeu », commente cette source, en soulignant que pour Paris, « le sort du Rojava [territoires semi-autonomes kurdes en Syrie] doit s’inscrire dans un règlement politique » incluant la Turquie.

Dans sa tribune, la ministre française met aussi en garde contre tout rapprochement avec Damas, alors que le président Bachar al-Assad, appuyé par la Russie et l’Iran, a repris le contrôle d’une grande partie de la Syrie après huit ans de guerre civile.

« L’expérience nous a enseigné la duplicité du régime syrien. Ceux qui veulent renouer avec lui pour se protéger risquent d’avoir le reniement pour tout salaire », estime la ministre.

Dimanche, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Verchinine, a estimé : « S’il n’y a plus de troupes étrangères dans le nord-est de la Syrie, je pense que la meilleure solution serait de débuter un dialogue entre les Kurdes et Damas ». 

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Lors d’une conférence sur la sécurité à Munich, le responsable russe a ajouté : « Les Kurdes font partie de la population de Syrie. Bien sûr, nous connaissons les problèmes entre Damas et les Kurdes mais je crois qu’il existe une solution à travers le dialogue ». 

De son côté, le président Donald Trump a tweeté dans la nuit du 16 au 17 février que le califat était « prêt à tomber ». Le président américain exhorte ses alliés européens à rapatrier et à juger les centaines de combattants islamistes armés étrangers arrêtés en Syrie par les FDS au fil de leurs batailles.

Sur le terrain syrien, les combattants de l’EI sont encore dispersés dans le vaste désert central de la Badiya et revendiquent des attaques parfois meurtrières menées par des « cellules dormantes » dans les régions contrôlées par les FDS.

En l’absence d’un engagement soutenu, il faudrait à l’EI de six à douze mois pour entamer une « résurgence » et « reconquérir des territoires restreints », a récemment averti l’armée américaine dans un rapport.

La bataille contre l’EI représente aujourd’hui le principal front de la guerre en Syrie qui a fait plus de 360 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés depuis 2011.