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Répression des Ouïghours : neuf pays arabes soutiennent la Chine

Selon les observateurs, le soutien des pays arabes à la Chine était prévisible, surtout celui de l’Algérie et de l’Arabie saoudite qui voient en Pékin un partenaire d’avenir
La Chine est soupçonnée d’avoir interné dans le Xinjiang jusqu’à un million de personnes dans des camps de rééducation. Pékin dément ce chiffre et parle de « centres de formation professionnelle » destinés à lutter contre la radicalisation islamiste (AFP)

L’Algérie, l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Égypte et la Syrie ont signé, vendredi 12 juillet, à l’instar de 34 autres pays, une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, déclarant leur soutien à la République populaire de Chine dans sa gestion des « troubles » et le traitement réservé aux Ouïghours et aux autres minorités de la Chine dans la région du Xinjiang. 

Les neuf pays arabes s’alignent avec d’autres pays comme la Russie ou la Corée du Nord pour dénoncer le « terrorisme » qui frappe cette région et « félicitent la Chine pour ses remarquables réalisations en matière de droits humains ».

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Des envoyés de toute l’Union européenne – ainsi que de l’Australie, du Canada, du Japon et de la Nouvelle-Zélande – avaient précédemment cosigné un texte dénonçant le comportement de la Chine dans le Xinjiang, où un million de personnes, pour la plupart des Ouïghours, seraient détenues dans des camps d’internement.

Les groupes de défense des droits de l’homme et les anciens détenus décrivent les sites d’internement du Xinjiang comme des « camps de concentration » dans lesquels des Ouïghours musulmans et d’autres minorités sont assimilés par la force à la société chinoise à majorité ethnique Han.

Pékin a rejeté jeudi la lettre occidentale en la qualifiant de « calomnie ». Les ambassadeurs à l’ONU des 37 pays ont pris note dans la lettre de réplique « que le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux ont causé d’énormes dommages à tous les groupes ethniques du Xinjiang ».

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Selon de nombreux rapports, plus d’un million de Ouïghours, un peuple turcique majoritairement musulman, seraient actuellement détenus dans des camps d’internement à travers le Xinjiang, dans l’ouest de la Chine (ou Turkestan oriental occupé, comme de nombreux Ouïghours désignent la région).

Human Rights Watch a déclaré en septembre 2018 que près de 13 millions de musulmans du Xinjiang ont été « soumis à un endoctrinement politique forcé, à des punitions collectives, à des restrictions en matière de déplacements et de communication, à des restrictions religieuses accrues et à une surveillance massive, en violation du droit international en matière de droits de l’homme ».

Les Ouïghours sont particulièrement visés depuis que le dirigeant du Parti communiste Chen Quanguo est devenu secrétaire du parti pour le Xinjiang en 2016. Sous sa direction, une infrastructure de surveillance massive a été déployée dans toute la région pour surveiller et contrôler la communauté musulmane.

Les Ouïghours et les Kazakhs de souche sont régulièrement arrêtés s’ils pratiquent leur religion, notamment s’ils font la prière, respectent un mode de vie halal ou portent des vêtements exprimant la foi musulmane.

Le gouvernement chinois a même qualifié l’islam de « maladie idéologique » et détruit certaines mosquées de la région. Dans les camps, les détenus sont obligés d’apprendre le chinois mandarin et de faire l’éloge du Parti communiste chinois. Ils subissent également des sévices psychologiques et physiques.

Des activistes ouïghours affirment que des familles entières ont disparu dans les camps ou ont été exécutées.

La Chine a nié à plusieurs reprises les allégations de persécution à l’encontre de cette minorité, décrivant les camps comme des « centres de formation » destinés à lutter contre l’extrémisme religieux.

Le pays juge également « injustifiées » les préoccupations exprimées par les membres de la communauté ouïghoure et des groupes de défense des droits de l’homme, entre autres, et dénonce une « ingérence dans les affaires intérieures de la Chine ».

« Face au grave défi du terrorisme et de l’extrémisme, la Chine a pris une série de mesures de lutte contre le terrorisme et de déradicalisation dans le Xinjiang, notamment la création de centres d’enseignement et de formation professionnels », poursuivent-ils, soulignant que « la sécurité est revenue » dans la région.

Alger, dont l’économie se détériore, pourrait considérer Pékin comme une véritable alternative au recours au FMI

La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, a demandé une mission d’enquête dans le Xinjiang.

Pékin a répondu qu’elle était la bienvenue, mais le bureau des droits de l’homme a souligné qu’une visite ne serait possible que sous certaines conditions, notamment un accès sans entrave aux sites clés.

Selon les observateurs, le soutien des pays arabes à la Chine était très prévisible, surtout celui de l’Algérie et de l’Arabie saoudite qui voient en Pékin un partenaire d’avenir, aussi essentiel que pourraient l’être les États-Unis ou l’Union européenne.

Alger, dont l’économie se détériore, pourrait considérer Pékin comme une véritable alternative au recours au Fonds monétaire international (FMI) d’autant que la Chine prend peu à peu la place des partenaires traditionnels de l’Algérie à la tête des échanges commerciaux.

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Pour ce qui est de l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, Pékin représente un contre-pouvoir dans le domaine de l’armement et un allié incontournable dans ses programmes de défense stratégique, voire même de son programme nucléaire.

C’est la Chine qui représente l’épine dorsale du programme de missiles balistiques saoudien depuis la fin des années 1980. Il a été relancé récemment avec l’ouverture d’une ligne de production de missiles en Arabie saoudite.

Les drones chinois jouent également un rôle important dans la guerre que mène Riyad au Yémen. La prise de position saoudienne est aussi à mettre sur le compte des rivalités régionales entre Ankara et Riyad.

Jusqu’à présent, la Turquie est le seul pays musulman à avoir fermement dénoncé l’existence des camps dans le Xinjiang, le ministère des Affaires étrangères qualifiant de « honte pour l’humanité » le traitement réservé aux Ouïghours.

Début juillet, lors de son déplacement en Chine, Recep Tayyip Erdoğan a indiqué à ses interlocuteurs qu’Ankara souhaitait que « les Ouïghours puissent vivre dans la paix et la prospérité  » en Chine et « transmis ses points de vue et attentes à ce sujet ».