Aller au contenu principal

Le coronavirus ou la fin du monde tel qu’on le connaît

La pandémie a imposé une nouvelle réalité. Des évolutions majeures dans le travail, les voyages et la culture mondiale sont à attendre
Les robots remplaceront sans entrave les hommes dans les entreprises et plus d’intérêt et de financement seront probablement consacrés à la recherche et au développement d’un nouvel habitat humain loin de la Terre (illustration Ganzeer)
Les robots remplaceront sans entrave les hommes dans les entreprises et plus d’intérêt et de financement seront probablement consacrés à la recherche et au développement d’un nouvel habitat humain loin de la Terre (illustration Ganzeer)

Une personne contracte un virus en Chine, et soudain, les vols sont suspendus à travers le monde, les villes se confinent et plus de 515 000 personnes meurent. Rien ne saurait indiquer plus clairement que nous vivons au sein d’un même écosystème. Ainsi, trouver de nouveaux moyens d’équilibrer la coopération mondiale n’est pas seulement opportun, mais nécessaire. 

Pourtant, le 14 avril, le président américain Donald Trump a jugé bon de cesser de financer l’Organisation mondiale de la santé.

Les États membres de l’UE ont fermé leurs frontières pour la première fois depuis des dizaines d’années.

Au Maroc, l’état d’urgence sanitaire révèle une fois de plus l’hégémonie du pouvoir central
Lire

Les chefs d’États du monde entier ont étendu leurs pouvoirs jusqu’à des niveaux autocratiques discutables.

Les optimistes aimeraient penser que ces mesures étaient temporaires – pour plusieurs semaines au mieux –, mais il serait insensé d’imaginer que la vie peut continuer comme avant le COVID-19. Selon les experts, la mise au point d’un vaccin pourrait prendre au moins dix-huit mois, puis cela prendrait encore plus de temps pour le diffuser à l’échelle mondiale. 

Ainsi, la vision optimiste de la vie sous les restrictions dues au COVID-19 se chiffre au mieux à deux ans. Deux années de confinement et d’économies à l’arrêt étant impossibles, on doit donc commencer à envisager comment notre monde peut fonctionner, et même prospérer, dans cette nouvelle réalité. 

La vision optimiste de la vie sous les restrictions dues au COVID-19 se chiffre au mieux à deux ans

Le télétravail s’est déjà développé, en grande partie grâce aux progrès des technologies des télécommunications. Il est même devenu si populaire que des lieux de coworking dédiés ont commencé à apparaître dans de nombreuses métropoles du monde entier. 

Pourtant, avec la pandémie de COVID-19, ces espaces deviendront obsolètes. Le domicile deviendra le nouveau lieu de travail et un nombre croissant d’entreprises devront concevoir l’ensemble de leurs activités autour d’une main-d’œuvre se trouvant essentiellement à distance. 

Place aux robots

Pour les tâches qui ne peuvent pas être effectuées à distance, un équipement de protection sera nécessaire, un peu comme dans les industries qui manipulent des substances dangereuses. L’approche la plus sûre et la plus socialement acceptable consisterait à faire appel à des robots.

Des entrepôts intelligents gérés par des robots ont déjà fait leur apparition, tout comme des bars. Le développement de véhicules sans conducteur et de drones de livraison était déjà en cours. On peut s’attendre à voir une accélération du développement de la robotique et une forte réduction des tâches effectuées par l’homme. 

Finies les poignées de main décontractées, les accolades et les bises. Faites place au salut à la japonaise (Illustration de Ganzeer)
Finies les poignées de main décontractées, les accolades et les bises. Faites place au salut à la japonaise (Illustration de Ganzeer)

Nous pouvons également nous attendre à ce que la transition soit relativement fluide, étant donné que de nombreuses personnes ont déjà perdu leur emploi. Il ne s’agira pas de licenciement pur et simple parce qu’un robot prendra leur place. Pendant que nous attendons chez nous que les choses « s’améliorent », les robots seront introduits sans entrave dans les activités des entreprises.

Certains apprécieront ce changement, le considérant comme une mesure d’hygiène qui sauve des vies, mais pas les millions de personnes qui ont perdront leur emploi de conducteurs et de manutentionnaires.

S’asseoir à côté d’un inconnu dans un théâtre rempli d’autres parfaits inconnus ? Oubliez ça. Le cinéma, le restaurant et le café tels qu’on les connaît ne peuvent plus exister. 

La pandémie de coronavirus pourrait remodeler l’ordre mondial
Lire

Tous ces lieux devront être repensés pour mettre en place les mesures de distanciation physique nécessaires : un plafond strict du nombre de clients, moins de sièges et des tables séparées de deux mètres, et peut-être une prolifération de sièges de style cabine – ou peut-être même un retour des automates issus d’un concept allemand (restaurants équipés de distributeurs automatiques qui ont déjà fait un retour en douceur à San Francisco). 

Même comme ça, la fréquentation de ces établissements pourrait toujours être considérée comme un risque grave, de sorte qu’on peut s’attendre à une baisse de popularité de ces activités.

Nouvelle alimentation

Les preuves suggèrent que le COVID-19 aurait pu être transmis par une chauve-souris à un pangolin avant d’être transmis à l’homme. L’interférence humaine a réuni ces espèces, et les experts estiment que le comportement humain, comme la destruction des habitats naturels, a permis la propagation de nouvelles maladies. 

Au fur et à mesure de la prise de conscience de ce fait, nous pourrions voir une augmentation du véganisme. Ceux qui ne peuvent pas abandonner leurs habitudes carnivores pourraient être enclins à dire au revoir aux viandes industrielles et à s’approvisionner à la place dans de petites fermes locales qu’ils connaissent et en lesquelles ils ont confiance.

Des clients sont assis dans un café où du ruban adhésif barre toutes les autres tables pour imposer la distanciation physique à Hong Kong, le 21 avril (AFP)
Des clients sont assis dans un café où du ruban adhésif barre toutes les autres tables pour imposer la distanciation physique à Hong Kong, le 21 avril (AFP)

Pour s’adapter, les grandes marques pourraient devoir transformer leurs installations industrielles en méga-laboratoires où la viande est cultivée au lieu d’être élevée. Ceux-ci seront vantés comme étant plus hygiéniques, respectueux de l’environnement et exempts de cruauté.

Nouvel urbanisme

Les transports en commun seront considérés comme dangereux, tandis que les véhicules individuels deviendront le seul moyen de transport sensé. Le grondement des embouteillages sera bientôt de retour pour ceux qui doivent encore se rendre au travail.

Les banlieues et les lotissements fermés feront leur retour sous forme de bulles idylliques, et les centres-villes, considérés comme sales et dangereux, perdront leur financement et leurs investissements. Cela les rendra à nouveau abordables pour les classes en difficulté. 

Le coronavirus menace les travailleurs informels d’Afrique du Nord
Lire

La diversité des centres-villes en Occident, combinée à la menace mortelle que les villes abritent en tant que cloaques viraux, peut raviver de fausses notions sur les races et les maladies, engendrant le vif retour de la suprématie blanche dans les courants dominants.

En matière de voyages, nous avons connu un siècle de progrès sans précédent. Cela ralentira probablement, car les voyages ne sont effectués qu’en cas de besoin.

À court terme, les compagnies aériennes pourraient commencer à distribuer aux passagers les gants et les masques obligatoires, mais si cela ne suffit pas pour tenir le coronavirus à distance, les avions pourraient être équipés de cabines privées, rendant les voyages en avion très coûteux et réservés uniquement à l’élite. 

Les avions pourraient être équipés de cabines privées, rendant les voyages en avion très coûteux et réservés uniquement à l’élite

Étant donné que les bateaux peuvent accueillir plus de quartiers privés (et du véritable air frais), on pourrait assister à une résurgence des voyages en mer à des fins non professionnelles.

Puisque la plupart des gens télétravaillent de toute façon, cela n’interférerait pas vraiment avec leur temps libre limité. Si vous pouvez faire votre travail depuis chez vous, vous pouvez sans doute le faire sur un navire équipé du wifi.

Nouveau conservatisme

Finies les poignées de main décontractées, les accolades et les bises. Faites place au salut à la japonaise. Cela peut d’abord commencer par un signe de tête, mais avec le temps, ce geste pourrait s’avérer trop désinvolte devant une personne âgée ou une personne digne de plus de respect.

La promiscuité sera jugée trop risquée. Nous pouvons nous attendre à ce que les relations tournent au conservatisme. 

Tout cela s’est déjà produit auparavant. Certains oublient qu’avant les Swinging Sixties (années qui swinguent en référence à la révolution culturelle), il y avait eu les Roaring Twenties (années vrombissantes en référence à cette période de croissance). Les trois décennies entre les deux ? Assez conservatrices. Les années 1980 ont également vu une résurgence du conservatisme après l’apparition du VIH/sida. De tels cycles sexuellement conservateurs coïncident fréquemment avec la propagation de maladies infectieuses.

La propagation de maladies à grande échelle a toujours provoqué les tendances racistes déjà entretenues par les êtres humains

Pendant la peste noire, les Européens ont blâmé les « miasmes » apportés par les vents de l’est et du sud (terres ottomanes). Au XVIIIe siècle, lorsqu’un missionnaire américain stationné en Égypte a été témoin de la peste du Caire en 1781, il a conclu qu’elle avait été introduite par un marchand juif et deux esclaves africains. 

La propagation de maladies à grande échelle a toujours intensifié les tendances racistes déjà entretenues par les êtres humains. Avec un marché en Chine identifié comme la source de COVID-19, on peut s’attendre à la réémergence d’un fossé culturel entre l’Orient et l’Occident. 

Pour Adonis, le néolibéralisme est la « véritable pandémie »
Lire

Tout ce qui est « oriental » sera probablement perçu par un plus grand nombre d’Occidentaux comme menaçant, et l’intérêt autrefois croissant pour la cuisine, les livres et le cinéma orientaux se perdra probablement – même si les Occidentaux adoptent paradoxalement d’autres spécificités par nécessité (le salut à la japonaise, articles jetables en bambou, robots, etc.).

Nouvelle frontière

Plus d’intérêt et de financement seront probablement consacrés à la recherche et au développement d’un nouvel habitat humain loin de la Terre – que ce soit sur Mars ou ailleurs – un(e) « Plan(ète) B » où une partie de l’humanité pourraient vivre et prospérer, loin des nombreux virus présents sur Terre menaçant de nous tuer à tout moment.

La question de savoir si on verra précisément ces changements-là est discutable, mais des changements radicaux sont néanmoins à prévoir. Certains peuvent être préférables à d’autres, mais quoi qu’il en soit, ce sera un monde dans lequel la prochaine génération s’épanouira. Après tout, ce sera le seul monde qu’ils connaîtront jamais.

Ganzeer est un artiste qui navigue entre l’art, le design et la narration ; créant ce qu’il a baptisé « Concept Pop ». Son travail est exposé dans des galeries et des musées d’art du monde entier, comme le Brooklyn Museum à New York, The Palace of Arts au Caire, le Musée national d’art contemporain de Thessalonique ainsi que le Victoria and Albert Museum (V&A) à Londres. Né au Caire, Ganzeer a également vécu à New York, Los Angeles, Denver et Houston (États-Unis), où il réside actuellement.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Ganzeer
Ganzeer is an artist who operates seamlessly between art, design, and storytelling; creating what he has coined Concept Pop. His work has been seen in art galleries and museums around the world such as The Brooklyn Museum in New York, The Palace of the Arts in Cairo, the Greek State Museum in Thessaloniki, and the V&A in London. Born and raised in Cairo, Ganzeer has also lived in New York, Los Angeles, Denver, and Houston, where as of writing this he is now based.