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Les attaques israéliennes contre les sites nucléaires iraniens indiquent une nouvelle phase du conflit

Le conflit permanent d’intensité moyenne entre Israël et l’Iran renforce l’argument de Netanyahou selon lequel il est le mieux placé pour protéger les intérêts de son pays
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le 5 juillet (Reuters)
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le 5 juillet (Reuters)

Au cours de la semaine écoulée, de mystérieuses explosions et incendies ont ravagé des infrastructures majeures liées au programme nucléaire iranien de Natanz et Partchine, des installations clés engagées dans l’enrichissement de l’uranium et la production de combustible de fusée pour les missiles balistiques.

Les États-Unis et Israël ont accusé l’Iran d’enfreindre les résolutions de l’ONU et l’accord sur le nucléaire en testant de nouvelles technologies en matière de missiles balistiques. Bien que le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ait nié à plusieurs reprises toute intention de créer des armes nucléaires, allant même jusqu’à émettre une fatwa à leur encontre, les ennemis de l’Iran sont convaincus qu’il envisage de « passer au nucléaire ». 

Les récentes attaques semblent être la tentative d’un État hostile de nuire à ce programme et de retarder la capacité de l’Iran à envoyer potentiellement de telles armes contre des cibles situées hors d’Iran. Téhéran a déclaré qu’une cyberattaque pourrait être à l’origine de l’explosion à Natanz, laquelle a détruit un bâtiment soupçonné par certains d’abriter un système de centrifugeuse avancée pouvant augmenter la vitesse d’enrichissement jusqu’à 50 fois

Une entreprise risquée

Selon le New York Times, un « responsable du renseignement au Moyen-Orient au fait de cet épisode » a déclaré qu’Israël était responsable de l’attaque de Natanz. « L’explosion a été provoquée par un engin explosif placé dans les locaux », a rapporté le Times, citant des informations d’une source au sein des renseignements. L’explosion « a détruit en grande partie les éléments hors-sol des locaux où de nouvelles centrifugeuses – des dispositifs délicats qui tournent à des vitesses supersoniques – sont calibrées avant d’être mises en service ».

Avigdor Lieberman, un rival du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, accuse le chef du Mossad Yossi Cohen d’être cette source. Dans une interview à la radio, il a déclaré que cette fuite était une tentative délibérée d’embellir le CV de Cohen au détriment de la sécurité nationale israélienne, au moment où il se prépare à quitter le Mossad pour embrasser une carrière politique en tant que successeur possible de Netanyahou à la tête du Likoud.

Ce n’est qu’une question de temps avant qu’une ou plusieurs des parties ne fasse basculer accidentellement ou intentionnellement la situation dans une flambée massive et sans limite du conflit

Selon le Times, « si les enquêteurs ont examiné la possibilité que Natanz ait été frappé […] par un missile de croisière ou un drone, ils considèrent qu’il est plus probable que quelqu’un ait placé une bombe dans le bâtiment ». Un membre non identifié des Gardiens de la révolution a déclaré au Times que, si la façon dont les explosifs ont été introduits reste obscure, « l’attaque a clairement démontré une faille dans la sécurité du complexe ».

Ceci, ainsi que le fait qu’un groupe anti-régime jusqu’ici inconnu, Homeland Cheetahs, ait contacté la BBC Persian quelques heures avant que l’attentat ait été rendu public pour le revendiquer, indique l’implication possible de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (MeK), anti-régime. Israël est connu pour avoir exécuté des opérations d’assassinat conjointes avec des tueurs du MeK sur le terrain par le passé.

Selon le média koweïtien Al-Jarida, un avion furtif israélien F-35 a été utilisé pour bombarder le complexe de Partchine. Bien que cela soit possible, faire voler un avion d’Israël vers l’Iran pour une telle attaque serait une entreprise techniquement complexe et risquée. Al-Jarida a également indiqué que l’incendie de Natanz était le résultat d’une cyberattaque visant les commandes de compression de gaz.

L’attaque Stuxnet

Il y a dix ans, les efforts conjoints américano-israéliens ont abouti au développement du ver Stuxnet, qui avait infecté Natanz et avait été envoyé par inadvertance dans le monde entier. Stuxnet aurait été livré via une clé USB. On ne sait pas quelle méthode aurait pu être utilisée cette fois, mais sans doute les attaquants auraient cherché à exploiter des lacunes similaires dans la cybersécurité iranienne.

Un éventuel facteur de motivation aurait pu être la cyberattaque déjouée contre six usines d’eau israéliennes en avril, laquelle visait à provoquer un mauvais fonctionnement des systèmes. Selon un article du Times of Israel, qui cite une information de la chaîne Channel 13, cette attaque « a été considérée comme une escalade significative par l’Iran et le franchissement d’une ligne rouge parce qu’elle visait des infrastructures civiles ».

Les dommages infligés au complexe iranien de Natanz photographiés le 2 juillet (Iran Atomic Organization/AFP)
Les dommages infligés au complexe iranien de Natanz photographiés le 2 juillet (Iran Atomic Organization/AFP)

Ainsi, les dernières attaques contre l’Iran pourraient être, au moins en partie, des représailles israéliennes et un avertissement du prix que l’Iran paiera pour de tels méfaits. Cela dit, l’ampleur des attaques indique une escalade significative des hostilités. L’Iran pourrait supposer également, probablement à juste titre, qu’Israël a informé son plus proche allié militaire de sa mission, et donc considérer ces actes comme des opérations conjointes américano-israéliennes. 

Cela pourrait expliquer la dernière attaque de missiles contre les installations diplomatiques et militaires américaines en Irak. Dans un geste sans précédent, les troupes irakiennes ont arrêté le mois dernier un groupe de combattants soutenus par l’Iran qui auraient fomenté une nouvelle attaque contre la zone verte à Bagdad. Washington a accusé les milices pro-iraniennes d’avoir visé ces derniers mois les troupes américaines à travers l’Irak.

Israël et l’Iran ont déjà exprimé leur rivalité en Irak. L’Iran cherchera sans aucun doute à se venger sur des ressources israéliennes ou américaines partout où il pourra en trouver. Ce n’est plus un jeu du chat et de la souris ; ce n’est qu’une question de temps avant qu’une ou plusieurs des parties ne fasse basculer accidentellement ou intentionnellement la situation dans une flambée massive et sans limite du conflit. 

Le procès pour corruption de Netanyahou

Ces développements pourraient s’avérer extrêmement opportuns pour Netanyahou, empêtré dans un procès pour corruption. S’il est reconnu coupable, Netanyahou pourrait être contraint de démissionner, mettant peut-être fin à sa carrière politique. Étant l’un des politiciens israéliens les plus rusés, Netanyahou n’hésiterait probablement pas à monter des attaques pour étayer l’idée qu’il est un dirigeant indispensable, qui protège la sécurité d’Israël en éliminant les menaces graves, telles que celles posées par l’Iran.

En outre, le grand plan de Netanyahou d’annexer 30 % de la Cisjordanie occupée a suscité une tempête d’opposition dans le monde entier. Dénonciations et avertissements ont été formulés par des dirigeants politiques, des diplomates internationaux et des organisations de défense des droits de l’homme. L’administration Trump, que l’on pensait entièrement favorable au projet, semble maintenant quelque peu hésitante, avec des partisans de la ligne dure tels que l’ambassadeur David Friedman soutenant l’annexion et le conseiller Jared Kushner appelant en revanche à la prudence

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L’ancien président israélien de la Knesset Avraham Burg a même déclaré à un journal italien que les États-Unis étaient responsables de la suspension (temporaire) de l’annexion. S’il a raison, alors les explosions en Iran seraient exactement ce qu’il fallait pour détourner l’attention du public d’un nouvel échec de Netanyahou à mettre en œuvre des politiques privilégiées par son électorat ultranationaliste.

Ces attaques sont également caractéristiques de la stratégie d’Israël pour éviter des solutions globales à des questions insolubles et s’engager plutôt dans des demi-mesures, judicieusement désignées par l’expression idiomatique israélienne « tondre la pelouse ».

Les analystes et experts nucléaires iraniens affirment que ces attaques ne modifient pas fondamentalement la trajectoire de l’Iran s’il cherche à développer des capacités nucléaires ; au mieux, elles retardent les progrès de quelques mois ou un an. Il n’y a aucun moyen, à moins d’un changement de régime ou d’une invasion armée, que des pays puissent dissuader des rivaux déterminés à se procurer des armes nucléaires. 

Des sources israéliennes bien informées ont déclaré à plusieurs reprises que Netanyahou n’avait jamais eu l’intention d’attaquer l’Iran à l’échelle nécessaire pour porter un coup massif à son programme nucléaire. Au mieux, ces opérations ne font que retarder l’inévitable – et c’est peut-être exactement ce que désire Netanyahou. Le conflit permanent d’intensité moyenne entre Israël et l’Iran renforce son argument selon lequel il est la seule personnalité capable de protéger les intérêts israéliens.

- Richard Silverstein est l’auteur du blog « Tikum Olam » qui révèle les excès de la politique de sécurité nationale israélienne. Son travail a été publié dans Haaretz, Forward, le Seattle Times et le Los Angeles Times. Il a contribué au recueil d’essais dédié à la guerre du Liban de 2006, A Time to speak out (Verso), et est l’auteur d’un autre essai dans la collection, Israel and Palestine: Alternate Perspectives on Statehood (Rowman & Littlefield). (Photo prise par Erika Schultz/Seattle Times).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Richard Silverstein
Richard Silverstein writes the Tikun Olam blog, devoted to exposing the excesses of the Israeli national security state. His work has appeared in Haaretz, the Forward, the Seattle Times and the Los Angeles Times. He contributed to the essay collection devoted to the 2006 Lebanon war, A Time to Speak Out (Verso) and has another essay in the collection, Israel and Palestine: Alternate Perspectives on Statehood (Rowman & Littlefield) Photo of RS by: (Erika Schultz/Seattle Times)