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Le démon que l’on ne connaît pas : Trump n’est pas qu’une mauvaise nouvelle pour le Moyen-Orient

Un populiste incapable qui manque d’appréciation face aux nuances régionales pourrait être beaucoup moins destructeur qu’une connaisseuse qui sait comment les choses fonctionnent

L’élection de Trump n’est peut-être pas forcément le désastre absolu tel qu’il est dépeint actuellement – du moins pas forcément pour le Moyen-Orient.

De nombreuses régions du Moyen-Orient pourraient pousser un soupir de soulagement précisément en raison du discours plus isolationniste de Trump

De nombreuses régions du Moyen-Orient pourraient même pousser un soupir de soulagement précisément parce que le discours plus isolationniste de Trump, si celui-ci devait être mis en pratique, dévierait nettement des antécédents bellicistes et interventionnistes de Clinton.

Bien qu’il ne soit en aucun cas une colombe, Trump a exprimé publiquement son inquiétude face à la propension des États-Unis à élargir leur dispositif de sécurité à travers le monde pour s’assurer des alliés que Clinton aurait été plus disposée à protéger avec le sang et les deniers des États-Unis – même au prix d’un soutien à des dictatures peu recommandables aux dépens des populations qu’elles gouvernent.

Un manuel déchiré ?

Le président Obama a eu de sérieux problèmes avec le manuel de politique étrangère de Washington, alors qu’avec Clinton, les choses auraient continué comme si de rien n’était pour des pays comme l’Arabie saoudite, un pilier clé de la politique étrangère et sécuritaire américaine dans la région.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Saoud al-Fayçal (à droite), la secrétaire d’État américaine H Clinton et le ministre koweïtien des Affaires étrangères, Sabah al-Khaled al-Hamad al-Sabah, discutent lors d’une rencontre en 2012 2012 à Riyad AFP

Avec Trump, nous devrons attendre et observer, mais nous savons bel et bien qu’il a des problèmes non seulement avec le manuel de Washington, mais aussi avec l’ensemble de l’establishment.

Un vif échange sur Twitter datant de décembre dernier pourrait être un signe avant-coureur des de choses à venir entre le président Trump et le monde arabe.

Al-Walid ben Talal, magnat des affaires saoudien et membre de la famille royale, a fustigé Trump en le décrivant comme « une honte, non seulement pour le GOP [Parti républicain], mais aussi pour toute l’Amérique ». Le lendemain, Trump a répondu en critiquant un « abruti » de prince qui « veut contrôler nos politiciens américains avec l’argent de papa. Il ne pourra pas le faire quand je serai élu. »

Ces propos paraissent encore plus visionnaires après qu’il a été révélé que la Fondation Clinton a accepté un don d’un million de dollars du Qatar lorsque Clinton était secrétaire d’État.

Apprendre à partager

Cependant, une attitude américaine moins interventionniste donnerait à d’autres puissances émergentes comme la Russie – dont le parlement a applaudi le résultat des élections – davantage de confiance pour combler le vide et, pire encore, encouragerait les pouvoirs régionaux qui sont actuellement engagés dans un jeu à somme nulle à intensifier et à alimenter encore plus les conflits s’ils pensent que les États-Unis ne sont plus aussi pertinents qu’auparavant en tant que partie prenante.

Lorsqu’Obama a appelé les géants régionaux que sont l’Arabie saoudite et l’Iran à apprendre à « partager » la région, Trump a lui-même appelé à une coopération plus étroite avec la Russie – qui a consolidé son empreinte militaire après l’intervention désastreuse de l’Occident en Syrie –, et il peut être temps pour les États-Unis d’apprendre également à « partager » le Moyen-Orient avec les autres puissances internationales.

Bien que Trump ait condamné publiquement l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, certains estiment que son élection sera bien accueillie à Téhéran dans la mesure où elle ouvrira des perspectives pour davantage de discussions secrètes et de collaboration à l’écart des projecteurs des médias.

L’option la moins destructrice ?

Cela dit, nous ne devrions pas voir de changement radical dans la politique américaine au Moyen-Orient, car il existe un jeu puissant de pouvoirs et de contrepouvoirs institutionnels qui limite le rôle du commandant en chef à l’intérieur du pays et à l’étranger.

Comme nous l’avons vu avec la Syrie, il arrive que ces départements agissent les uns contre les autres, et ceux-ci continueront probablement de le faire avec Trump à la Maison Blanche.

De la fumée s’élève à une cinquantaine de kilomètres au nord de Raqqa, capitale de facto du groupe État islamique, après que l’alliance des FDS a lancé ce mois-ci une offensive pour reprendre le bastion du groupe (AFP)

Trump pense que la région est « un gros bourbier » avec lequel les États-Unis devraient se garder d’interférer. Cette prudence du président élu sera un changement bienvenu pour de nombreux habitants du Moyen-Orient qui en ont marre de l’ingérence des États-Unis dans leurs affaires intérieures.

En fin de compte, un populiste incapable qui manque d’appréciation face aux nuances régionales pourrait s’avérer beaucoup moins destructeur pour la région en elle-même qu’une connaisseuse qui sait comment les choses fonctionnent.

Hayder al-Khoei est directeur de recherche au Centre for Academic Shi’a Studies de Londres et membre invité du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord du Conseil européen des relations internationales. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @Hayder_alKhoei.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : le candidat républicain aux élections présidentielles américaines Donald Trump, entouré de membres de sa famille, s’adresse à ses partisans lors de la soirée électorale au New York Hilton Midtown, à New York, le 9 novembre 2016 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.