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Mon grand-père, Nelson Mandela, a aidé à mettre fin à l’apartheid. Faisons de même pour la Palestine

Ne rien faire équivaut à se rendre complices du maintien du régime d’oppression israélien contre le peuple palestinien
Une statue de l’icône anti-apartheid Nelson Mandela à Paarl, Afrique du Sud, le 23 janvier (AFP)

Le 11 février dernier a marqué le 30e anniversaire de la libération de prison par le régime d’apartheid sud-africain de mon grand-père, Nelson Mandela.

Six ans après son décès, mon grand-père reste un symbole de notre victoire sur l’apartheid et une inspiration mondiale pour la lutte contre le racisme institutionnalisé.

Alors que le racisme et la xénophobie se renforcent à travers le monde, soutenus par des dirigeants tels que le président américain Donald Trump, l’héritage de mon grand-père et la lutte contre le racisme restent des préoccupations mondiales.

Légitimer le vol de terres

L’ONU a choisi le 21 mars pour célébrer la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale parce que c’était le jour où la police sud-africaine a abattu 69 manifestants sud-africains noirs non armés à Sharpeville. Cette année, nous avons commémoré le 60e anniversaire de ce terrible massacre.

Même l’ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud lors de la chute de l’apartheid, Alon Liel, a qualifié le plan de Trump « d’imitation du modèle de bantoustans »

Aujourd’hui, c’est en Palestine occupée que les échos de l’apartheid sud-africain sont les plus forts. Nous, les Sud-Africains, nous remémorons Sharpeville en voyant les atrocités commises par l’armée israélienne et ses tireurs d’élite contre des Palestiniens non armés manifestant pour leurs droits dans la prison en plein air qu’est Gaza. En une seule journée en 2018, les forces brutales d’occupation israéliennes ont massacré au moins 58 manifestants.

La consolidation permanente du régime d’apartheid israélien est un objectif de Donald Trump et du Premier ministre israélien d’extrême droite Benyamin Netanyahou. Le « plan de paix » dévoilé en janvier par le président américain est une tentative tellement effrontée de légitimer le vol de terres, les colonies illégales et la discrimination que les Sud-Africains et d’autres dans le monde entier ont immédiatement vu notre expérience de l’apartheid reflétée dans les enclaves palestiniennes déconnectées que proposait la carte du plan.

Traduction : « Trente ans après la chute de l’apartheid sud-africain, Trump et Netanyahou imposent leur propre plan d’apartheid aux Palestiniens, avec des colonies isolées uniquement juives construites sur des terres palestiniennes volées. »

Notre président, Cyril Ramaphosa, un leader anti-apartheid, a déclaré que le plan de Trump « rappelait l’horrible histoire que nous, Sud-Africains, avons traversée, alors que le régime d’apartheid imposait un système de bantoustans au peuple sud-africain. »

Même l’ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud lors de la chute de l’apartheid, Alon Liel, a qualifié le plan de Trump « d’imitation du modèle de bantoustans » qui légitime « un nouveau modèle d’apartheid du XXIe siècle ».

Bien que ces comparaisons soient particulièrement suggestives, qualifier les politiques israéliennes d’apartheid ne repose pas uniquement sur une similitude étroite avec les conditions que les noirs ont endurées en Afrique du Sud. L’apartheid est en effet un concept défini par le droit international comme étant « un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur un autre ».

Mouvement BDS

La domination d’Israël sur les Palestiniens correspond à cette définition, notamment son mur d’apartheid, son système de cartes d’identité, ses lois différentes pour les colons et les Palestiniens de Cisjordanie, son emprisonnement de masse des Palestiniens, sa saisie ininterrompue des terres palestiniennes, son refus du droit au retour des réfugiés palestiniens et son institutionnalisation de la discrimination envers les citoyens palestiniens d’Israël par le biais de la loi sur Israël en tant qu’État-nation du peuple juif.

Des collègues palestiniens affirment avoir été inspirés par notre expérience dans la lutte contre l’apartheid. Ainsi, en 2005, la société civile palestinienne a mis en place ce qui est aujourd’hui un mouvement mondial non violent de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) en soutien à la lutte de libération palestinienne, délibérément calqué sur le boycott de l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid.

Un homme assiste à un rassemblement BDS dans le sud de la France en juin 2018 (AFP)
Un homme assiste à un rassemblement BDS dans le sud de la France en juin 2018 (AFP)

L’ancien président Nelson Mandela a été témoin de la façon dont les puissances oppressives travaillent ensemble et a pu constater que les luttes mondiales contre l’oppression étaient interdépendantes, ce qui l’a rendu farouchement solidaire des Palestiniens et des autres peuples opprimés.

Il y a plusieurs années, il a déclaré que la liberté de l’Afrique du Sud était « incomplète sans la liberté des Palestiniens » et que la liberté du peuple palestinien était « le plus grand problème moral de notre temps ». Ses déclarations sonnent toujours vrai de nos jours.

Stimulé par l’exemple de celui qu’on surnommait « Madiba » et par les graves injustices que les Palestiniens continuent de subir, je plaide activement auprès de la société civile sud-africaine et de notre gouvernement pour qu’il agisse en faveur des droits des Palestiniens et du mouvement BDS.

Solidarité mondiale

J’aide également à partager nos expériences à l’échelle internationale. Fin mars, à l’occasion de la Journée pour l’élimination de la discrimination raciale et de la Semaine de l’apartheid israélien, qui se tient chaque année à travers la planète, j’ai exhorté les Européens – par vidéo plutôt qu’en personne, en raison des restrictions imposées aux voyages et rassemblements publics dans le cadre des mesures prises pour lutter contre le coronavirus – à incorporer les droits des Palestiniens dans d’autres mouvements contre le racisme et à soutenir le BDS.

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En effet, l’apartheid israélien ne peut pas être défié efficacement de manière isolée, car le régime d’extrême droite israélien est soutenu par d’autres régimes autoritaires et gouvernements de droite – comme ceux des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Inde et du Brésil – qui partagent les mêmes idéologies racistes et échangent stratégies et outils militaires, policiers et de surveillance afin de perpétuer la répression.

Israël et ses alliés américains et européens se sont également unis pour réprimer le BDS au moyen de lois et de résolutions qui restreignent et diabolisent le mouvement.

Au Royaume-Uni, par exemple, le gouvernement du Premier ministre Boris Johnson a annoncé son intention d’empêcher les autorités publiques de participer aux boycotts et aux désinvestissements, reflétant l’interdiction du boycott imposée aux municipalités britanniques par le gouvernement Thatcher afin de protéger l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Néanmoins, les partisans des droits de l’homme aujourd’hui devraient se sentir encouragés par le fait de savoir que la pression populaire a finalement forcé le gouvernement britannique à rompre avec le gouvernement d’apartheid sud-africain, contribuant ainsi à accélérer sa chute.

S’opposer à l’injustice

De la même manière que vous avez répondu à notre appel à un mouvement mondial anti-apartheid et au boycott du gouvernement sud-africain, j’appelle les personnes, organisations et mouvements sociaux qui s’opposent au racisme et soutiennent la liberté à travers l’Europe à se rassembler pour aider à mettre un terme à l’apartheid israélien, tout comme nous nous sommes unis pour abolir l’apartheid en Afrique du Sud.

Ne rien faire équivaut à se rendre complices du maintien du régime d’oppression israélien contre le peuple palestinien.

De l’Afrique du Sud à la Palestine en passant par l’Europe et tous les endroits où les peuples luttent contre le racisme, nous devons suivre l’exemple donné par notre icône mondiale, Nelson Rolihlahla Mandela, et nous unir contre l’opposition à l’injustice. Parce qu’aucun de nous ne sera vraiment libre tant que nous ne serons pas tous libres.

- Nkosi Zwelivelile « Mandla » Mandela est chef du Conseil traditionnel de Mvezo, petit-fils de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela et député à l’Assemblée nationale d’Afrique du Sud.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.  

Traduit de l’anglais (original).

Nkosi Zwelivelile
Nkosi Zwelivelile “Mandla” Mandela is chief of the Mvezo Traditional Council, grandson of former South African President Nelson Mandela, and a member of Parliament (MP) in the South Africa National Assembly.