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Pressions internationales sur le Hezbollah : du Golfe aux Nations unies

Dans un contexte de multiplication des pressions à l’encontre de l’Iran et de ses alliés, le Hezbollah est une cible de choix. Ses succès politiques au Liban et militaires en Syrie inquiètent Washington et ses alliés moyen-orientaux
Sur la chaîne de télévision du Hezbollah, Al-Manar, le 26 mars 2019, Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, prononce un discours télévisé depuis un lieu tenu secret au Liban (AFP)

Le Hezbollah est un acteur politique libanais né au début des années 1980 de l’avènement de la République islamique en Iran et de l’occupation israélienne. Une telle configuration explique en partie son statut d’acteur régional. 

Mais l’évolution du Hezbollah est complexe. Il a souvent été question de sa « libanisation », c’est-à-dire de son ancrage dans la vie politique libanaise.

Le moment le plus important de cette « libanisation » est sans doute l’accord historique signé en février 2006 entre le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et le général Michel Aoun, alors à la tête du Courant patriotique libre (CPL). 

Le Hezbollah, « l’axe de la résistance » et les adversaires régionaux 

Seulement, parallèlement à son installation dans le paysage politique libanais, la guerre israélo-libanaise de l’été 2006 et, plus généralement, les succès militaires remportés face à Israël ont conféré au Hezbollah une aura internationale et régionale.

En d’autres termes, tout en se « libanisant », le Hezbollah a émergé comme un acteur influent au-delà des frontières libanaises. 

Tout en se « libanisant », le Hezbollah a émergé comme un acteur influent au-delà des frontières libanaises

Le Hezbollah est un acteur non étatique singulier. Non pas seulement parce qu’il s’agit d’un parti politique doté d’une aile militaire, mais parce qu’il participe pleinement à un axe géopolitique régional : le fameux « axe de la résistance », mené par Téhéran et Damas. 

Cette caractéristique le distingue assez nettement des autres partis politiques libanais. Quand Saad Hariri se rend à Riyad, le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas accueilli comme un partenaire.

Le Hezbollah est traité avec plus d’égards par ses parrains régionaux et il le doit en grande partie à son action militaire. 

Après ses succès militaires contre Israël, il s’est de nouveau distingué militairement dans le cadre du conflit syrien aux côtés de l’armée régulière.

Là encore, il est possible d’affirmer que sa lutte contre les groupes djihadistes lui a conféré une certaine aura. Son allié Michel Aoun, devenu président de la République, lui a d’ailleurs apporté un soutien constant. 

Des partisans du Hezbollah défilent à Beyrouth (AFP)

Évidemment, les ennemis du Hezbollah sont aussi au rendez-vous. Les attaques israéliennes en Syrie visent largement la présence iranienne et le Hezbollah. Les attaques saoudiennes sont d’une autre nature.

En 2016, le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) classe le Hezbollah comme organisation terroriste. En 2017, sous pression saoudienne, le Premier ministre libanais Saad Hariri démissionne en montrant du doigt le Hezbollah, avant de revenir sur sa décision une fois rentré au Liban. En 2018, les Saoudiens soutiennent les listes hostiles au Hezbollah lors des élections législatives. 

Répercussions libanaises

Les efforts saoudiens contre le Hezbollah n’ont pas été payants. Après leurs succès électoraux, le Hezbollah et ses alliés participent pleinement au gouvernement formé par Saad Hariri. Ce dernier, fragilisé électoralement (une dizaine de sièges sunnites au Parlement lui échappent désormais), est dans une situation peu confortable. 

D’un côté, ce natif de Riyad et proche de la famille al-Saoud peut difficilement envisager une rupture avec son allié encombrant. De l’autre, il n’a pas les moyens de lui offrir une marginalisation du Hezbollah. 

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Dans ces conditions, et c’est assez cocasse, les Saoudiens semblent désormais s’appuyer principalement sur une formation essentiellement chrétienne : les Forces libanaises de Samir Geagea, renforcées lors des dernières élections. 

Il s’agit du principal concurrent, auprès de l’électorat « chrétien », du Courant patriotique libre de Michel Aoun. L’alliance entre Riyad et Samir Geagea n’est pas nouvelle, mais elle est désormais indépendante du clan Hariri et semble presque plus solide que la relation entretenue entre Hariri et les Saoudiens.

La question de l’armement du Hezbollah 

À la fin du mois d’avril, interrogé sur les sanctions imposées à l’Iran et leurs répercussions sur le Hezbollah, Geagea répondait dans ces termes sur la chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya à une journaliste particulièrement insistante sur le Hezbollah : « La situation du Hezbollah ne peut perdurer […] tant que le Hezbollah est armé, il ne peut y avoir d’État libanais efficace ». 

La question des armes du Hezbollah est une vieille ritournelle. La réponse de Nasrallah et de ses alliés, incluant le président Michel Aoun est claire : il n’y a aucune contradiction entre l’armée et la résistance.

Pour beaucoup de militaires libanais, la résistance menée par le Hezbollah est d’autant plus utile que l’armée libanaise est insuffisamment équipée pour faire face aux éventuelles agressions israéliennes. 

Malgré les propos de Samir Geagea, il faut bien reconnaître que l’hostilité à l’égard du Hezbollah au Liban demeure limitée. Même les débats sur ses armes, naguère très nombreux, sont désormais relativement rares. Les principales attaques viennent de l’extérieur, au-delà même du Moyen-Orient.

Une intensification des sanctions ?

En mars, le gouvernement britannique a décidé de qualifier le Hezbollah (dans son ensemble, et non plus uniquement sa branche armée) de groupe terroriste.

Une telle qualification ne peut qu’intriguer à deux titres : elle fait d’un gouvernement « ami » un gouvernement partiellement terroriste et elle ne correspond à aucune menace terroriste réelle. Il s’agit d’une simple action politique en faveur de trois alliés : l’Arabie saoudite, les États-Unis et Israël. 

Washington et ses alliés veulent une « pacification » du voisinage d’Israël et la fin de « l’axe de la résistance » 

De son côté, au début du mois de mai, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a décidé de relancer le débat sur les armes du Hezbollah, en s’appuyant notamment sur une résolution du Conseil de sécurité de 2004 (la résolution 1559).

Là encore, au Liban, il n’est pas question de désarmer le Hezbollah sans garanties militaires vis-à-vis d’Israël, ce voisin peu enclin à respecter certaines résolutions du Conseil de sécurité. 

Pressions sur « l’axe de la résistance »

Les pires sanctions viennent de Washington. Elles sont parfois indirectes.

Les sanctions infligées à l’Iran l’ont poussé à réduire de moitié les transferts d’argent destinés à la formation libanaise, selon le journaliste Georges Malbrunot. Pour ce dernier, c’est la base sociale qui est ciblée, le but étant de la retourner contre Nasrallah. 

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Les relations entre le Hezbollah et la Russie sont, elles, plutôt bonnes. En Syrie, les deux acteurs sont sur la même longueur d’onde contre le djihadisme.

De ce point de vue, Moscou se distingue nettement de Londres et de Washington en considérant le Hezbollah comme un allié dans la lutte contre le terrorisme plutôt que comme une organisation terroriste.

Seulement, la Russie veut éviter toute escalade entre « l’axe de la résistance » et Israël.

En définitive, les pressions sur le Hezbollah se multiplient. Washington et ses alliés veulent une « pacification » du voisinage d’Israël et la fin de « l’axe de la résistance ».

La stratégie est simple, peut-être grotesque : asphyxier financièrement Téhéran et ses alliés et convaincre les Palestiniens d’accepter n’importe quel « plan de paix » en échange d’un soutien financier de l’axe Riyad-Abou Dabi. 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Adlene Mohammedi
Adlene Mohammedi est docteur en géographie politique et spécialiste de la politique arabe de la Russie et des équilibres géopolitiques dans le monde arabe. Il dirige Araprism, site et association consacrés au monde arabe. Il travaille, par ailleurs, sur la notion de souveraineté et sur les usages actuels du droit international