Aller au contenu principal

« Yes we Khan » : Londres élit son premier maire musulman

Malgré les coups bas du parti conservateur britannique, le candidat travailliste Sadiq Khan a remporté les élections pour la mairie de Londres

Même avant l’annonce formelle de la victoire de Sadiq Khan aux élections municipales de Londres, les récriminations allaient bon train chez les dirigeants conservateurs.

Andrew Boff, dirigeant conservateur de l’assemblée de Londres, a déclaré sur Newsnight que la campagne du rival conservateur de Khan, Zac Goldsmith, « avait causé un réel préjudice » aux relations entre le parti conservateur et les musulmans de Londres.

Dans une critique cinglante, Andrew Boff a affirmé que la campagne de Goldsmith avait cherché à « faire passer des personnes aux vues religieuses conservatrices pour des sympathisants du terrorisme ».

Andrew Boff est l’un des conservateurs les plus haut gradés et les plus respectés de Londres. Ses opinions ont du poids et je sais sur la base de conversations personnelles qu’elles reflètent celles d’une douzaine de militants et députés conservateurs, qui ont été ulcérés par le ton et le style de la campagne de Zac Goldsmith pour les municipales de Londres.

Goldsmith s’est focalisé sans relâche sur une campagne négative et a ciblé Sadiq Khan à multiples reprises en tant que musulman, le stigmatisant sur la base de ses soi-disant connexions avec ce qu’il appelle des radicaux.

Comparativement, la campagne de Goldsmith a minimisé les questions qui affectent véritablement les Londoniens – comme le logement et le transport – dans ses attaques contre le candidat travailliste.

De façon cruciale, cette focalisation sur la politique sectaire semble avoir été menée depuis le sommet du parti conservateur.

Lors d’une intervention très dérangeante, le secrétaire à la Défense Michael Fallon a notoirement suggéré que Sadiq Khan pourrait porter atteinte à la sécurité de Londres. En parallèle, le Premier ministre David Cameron s’est acharné sur les supposées connexions « extrémistes » de Sadiq Khan lors de la séance de questions au Premier ministre.

Essayant de nuire à la campagne des travaillistes, Cameron est même outrageusement allé jusqu’à affirmer que Suliman Gani, un imam de la circonscription de Sadiq Khan à Tooting, était un « partisan de l’EI ». Downing Street refuse toujours de retirer cette accusation extrêmement dommageable et fausse.

Jeudi, les électeurs de Londres ont rejeté de manière écrasante cette politique de sectarisme et division du camp conservateur. L’échelle de la victoire de Sadiq Khan représente une humiliation pour Zac Goldsmith – et un avertissement pour la machine conservatrice.

J’espère que cela poussera les dirigeants conservateurs à l’introspection, surtout que les résultats de jeudi soir se sont avérés bien pires pour les conservateurs à Londres que dans toute autre région de la Grande-Bretagne.

Le parti conservateur a progressé en Écosse et a tenu bon partout en Angleterre. C’est seulement à Londres qu’il s’est effondré.

Je pense que les élections du maire de Londres 2016 marqueront l’histoire comme l’une des campagnes politiques les plus toxiques des temps modernes.

Elles ont déjà inspiré des comparaisons avec les tristement célèbres élections partielles de Bermondsey en 1983, durant lesquelles le candidat travailliste Peter Tatchell avait été attaqué sur la base de son homosexualité. Une comparaison plus ancienne remonte à 1964, quand les conservateurs menèrent une campagne raciste contre les immigrés noirs à Smethwick.

Il est paradoxal que Zac Goldsmith se soit forgé une réputation de député de Richmond particulièrement impartial et respectable. Je continue de croire qu’il est, au fond, un homme respectable. Mais s’il veut sauver sa réputation, il est urgent qu’il présente ses excuses pour sa répugnante campagne.

Mais, nous, Londoniens, pouvons être fiers de nous-mêmes. Sadiq Khan sera le premier maire musulman de notre grande ville. C’est un moment historique parce que Khan a remporté son poste avec le soutien du plus grand électorat disponible dans la démocratie britannique. Il sera le politicien le plus visible du pays après le Premier ministre.

Nous, Londoniens, l’avons porté à ce poste, ignorant les rances dénigrements du camp conservateur. Aujourd’hui, Londres – et La Grande-Bretagne – ont largement de quoi célébrer. Quant aux conservateurs de David Cameron, ils se sont avilis et doivent réfléchir à leur comportement crasse et hideux. Nous, Londoniens, avons donné à M. Cameron une leçon de décence élémentaire.

- Peter Oborne a été élu Chroniqueur britannique de l’année en 2013. Il a récemment démissionné de son poste de chroniqueur politique du quotidien The Daily Telegraph. Il a publié de nombreux livres dont Le triomphe de la classe politique anglaise ; The Rise of Political Lying ; et Why the West is Wrong about Nuclear Iran.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : le candidat du parti travailliste britannique aux élections municipales de Londres Sadiq Khan s’adresse à la foule rassemblée dans le Parc olympique de la reine Elizabeth, à l’est de Londres, le 28 avril 2016 (AFP).

Traduction de l’anglais (original).