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Des familles kurdes entament un « jeûne mortel » pour récupérer les corps de leurs enfants

En raison des violences et des couvre-feux, certains corps gisent dans les rues de Diyarbakır depuis presque deux mois
Rozerin Çukur, dont le corps git dans les rues de Diyarbakır depuis presque deux mois (Sertac Kayar)

Un groupe de familles kurdes entament un « jeûne mortel » pour protester contre l’impossibilité de récupérer les corps de leurs enfants dans les rues de Diyarbakır, dans le sud-est de la Turquie, des mois après leur mort.

De nombreuses familles de la ville de Diyarbakır participent à une veillée depuis 37 jours, depuis que leurs enfants ont été tués – par les forces étatiques turques ou des tirs croisés des militants kurdes – à Sur (le quartier historique de la ville), se plaignant d’être dans l’incapacité de récupérer leurs corps.

Mustafa Çukur, dont la fille de 17 ans, Rozerin, git dans les rues de Sur depuis près de deux mois, a prévenu que lui et ses proches jeûneraient jusqu’à la mort si le siège de Sur n’était pas levé et les corps récupérés dans la semaine.

Le service de presse du gouvernorat de Diyarbakır avait auparavant déclaré à MEE qu’il ne pouvait pas vérifier l’état des corps tant que les violences continuaient.

« Tout ce qu’on sait sur la zone du couvre-feu n’est qu’allégation, nous ne pouvons pas entrer et nous ne pouvons pas vérifier si les corps sont dans la rue ou pas », selon le service. « Nous ne pouvons rien dire avant que les terroristes soient éliminés de la région. Après cela, nous pourrons apporter des réponses. »

La famille Çukur avait été chassée de son village du sud-est de la Turquie dans les années 1990 suite à sa destruction par l’armée turque.

Selon l’agence de presse pro-kurde Firat, Çukur a déclaré que tous ceux qui avaient gardé le silence étaient aussi « responsables » des morts et a appelé les habitants de Diyarbakır à se lever et à éviter un « second massacre » dans la ville.

Sur est soumise à un couvre-feu depuis 88 jours, après que des militants kurdes armés appartenant principalement au Mouvement patriotique de la jeunesse révolutionnaire (YDG-H) ont commencé à creuser des tranchées et ériger des barricades dans la ville.

Selon un rapport du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), plus de 80 % des bâtiments de Sur sont totalement détruits et plusieurs bâtiments figurant sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ont été gravement endommagés.

Le rapport indiquait que les affrontements avaient éloigné les habitants de Diyarbakır des institutions de l’État et qu’il y avait de la colère dirigée à la fois contre l’armée et contre le PKK.

Mardi, les forces de sécurité turques ont ordonné aux habitants de quitter Sur et les ont avertis de ne pas utiliser leurs enfants comme boucliers humains.

Depuis des véhicules blindés, la police turque a informé les habitants qu’ils seraient tenus légalement responsables si leurs enfants étaient blessés, selon l’agence de presse officielle Anadolu.

« Nous ne voulons pas que les enfants soient blessés. Nous sommes inquiets à leur sujet. Si les enfants sont blessés, vous serez tenus légalement responsables. N’utilisez pas les enfants comme boucliers humains », ont déclaré les forces de sécurité, qui ont également appelé les « terroristes du PKK » à se rendre.

Les sources de sécurité ont affirmé que 24 civils avaient jusqu’à présent été évacués depuis qu’un « couloir de sécurité » pour sortir de Sur avait été ouvert ce week-end.

Mardi, les co-présidents du Parti démocratique populaire (HDP) pro-kurde, Figen Yüksekdağ et Selahattin Demirtaş, ont publié une déclaration condamnant le couvre-feu de Sur, qu’ils ont décrit comme le « cœur culturel, social, économique et historique de Diyarbakır ».

« Tout ce qui se passe à Sur en ce moment et tout ce qui va se passer dans les prochains jours est une question d’humanité et de dignité humaine », selon le communiqué.

« Nous appelons toutes les institutions et les plates-formes démocratiques nationales et internationales à exprimer une réaction solide contre la crise politique et humanitaire actuelle à Sur et à agir en solidarité avec le peuple de Sur. »

Les violences ont explosé à nouveau en Turquie en juillet 2015, suite à la rupture d’un cessez-le-feu de deux ans entre l’État turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Depuis le lancement de l’insurrection du PKK en 1984, plus de 40 000 personnes ont été tuées dans les combats.

La direction du PKK demande désormais l’autonomie des Kurdes plutôt qu’un État kurde indépendant, bien que des groupes comme les YDG-H – qui seraient indirectement liés au PKK – ont des stratégies à long terme différentes.

 

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.