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À Hollywood, soirée téquila pour Mohammed ben Salmane !

La star hollywoodienne The Rock a salué sur Instagram une « soirée historique » passée avec le prince héritier saoudien, faite de débats alcoolisés sur les réformes, avant de… modifier sa publication
The Rock et Mohammed ben Salmane se sont rencontrés dans la demeure « bling-bling » de Rupert Murdoch à Hollywood (AFP/montage)
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Ce fut, selon l’acteur et ex-catcheur américano-canadien Dwayne Johnson, alias The Rock, une « soirée historique » au cours de laquelle Mohammed ben Salmane a côtoyé des membres du gratin hollywoodien, à l’occasion de son voyage dans la capitale du cinéma. Mais son célèbre nouvel ami a laissé échapper autre chose : on y a servi de la tequila et le prince héritier d’Arabie saoudite était censé en reprendre lors d’une manche retour à Riyad.

Ce message révélateur publié sur Instagram menaçait de faire dérailler la dernière campagne de relations publiques menée par celui qui est de fait, le dirigeant saoudien. Ébranlé, The Rock a été incité à modifier cette publication. La star a donc changé le contenu en improvisant et en remplaçant le passage où il propose d’apporter de la tequila en Arabie saoudite par : « Heureusement, j’ai amené ma propre tequila ».

Cette visite effectuée mercredi soir s’inscrivait dans le cadre de la tournée de deux semaines de Mohammed ben Salmane aux États-Unis, et visait ostensiblement à conclure des accords à Hollywood pour compléter son entreprise de libéralisation de l’industrie du cinéma en Arabie saoudite. Mais les médias ont surtout porté leur attention sur les personnes aux côtés desquelles il a été aperçu lors d’une fête au domicile du magnat des médias Rupert Murdoch – dont The Rock, Morgan Freeman, le réalisateur James Cameron – et sur ce qu’il a fait.

« J’attends avec impatience ma première visite en Arabie saoudite. Je m’assurerai d’apporter ma meilleure tequila pour la partager avec Son Altesse Royale et sa famille »

– The Rock sur Instagram

La modification en catastrophe de la publication par The Rock a laissé un goût amer à nombreux observateurs préoccupés par le penchant du prince pour la fête. L’alcool est strictement interdit en Arabie saoudite et la possession d’alcool est passible de plusieurs centaines de coups de fouet.

Au sujet de sa rencontre avec le prince héritier, The Rock a décrit mercredi sur Instagram une « soirée historique » au cours de laquelle Mohammed ben Salmane a évoqué « ses vues profondes et modernes sur le monde et sur la croissance positive que connaît certainement son pays ».

Il a d’abord conclu son message en déclarant qu’il attendait avec impatience « [sa] première visite en Arabie saoudite, qui aura lieu bientôt » et au cours de laquelle il « [s’assurerait] d’apporter [sa] meilleure tequila pour la partager avec Son Altesse Royale et sa famille ».

Réouverture du premier cinéma le 18 avril

Johnson a plus tard modifié son message, le remplaçant par : « Heureusement, j’ai amené ma propre tequila », probablement dans le but de dissiper les soupçons quant au fait que Mohammed ben Salmane aurait pu en consommer au cours de la soirée.

Sa publication sur Facebook a néanmoins conservé sa forme d’origine

Mohammed ben Salmane aurait conclu une série d’accords lors de sa visite aux États-Unis, notamment un partenariat entre Saudi Aramco – la plus grande compagnie pétrolière au monde – et Google sur le cloud computing et un accord entre le géant saoudien de l’énergie et le mastodonte de la défense Raytheon.

Le Cirque du Soleil a annoncé cette semaine qu’il se produirait pour la première fois en Arabie saoudite en septembre

C’est néanmoins l’assouplissement des restrictions prévu sur le divertissement en Arabie saoudite qui a éveillé l’intérêt d’Hollywood : les magnats de l’industrie auraient en effet manifesté leur désir de tirer profit d’un marché saoudien inexploité et rempli de consommateurs au pouvoir d’achat élevé.

Selon le Los Angeles Times, Mohammed ben Salmane a notamment rencontré Ari Emanuel, directeur général de l’agence de divertissement et de médias William Morris Endeavor, Bob Iger, PDG de Disney, ainsi que Murdoch à Los Angeles.

On rapporte que le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite devrait acquérir une participation de 10 % dans William Morris Endeavor, évaluée à 325 millions d’euros. Le pays du Golfe est également en quête active d’accords avec des sociétés de divertissement, deux semaines avant l’ouverture prévue du premier cinéma dans le royaume depuis 35 ans.

Un bilan désastreux

AMC Entertainment a obtenu la première licence d’exploitation de cinémas, dont le premier cinéma censé ouvrir à Riyad le 18 avril ; le géant américain a annoncé son intention d’ouvrir 100 cinémas dans 25 villes saoudiennes d’ici 2030,a rapporté mercredi le Los Angeles Times.

Dans le même temps, le Cirque du Soleil a annoncé cette semaine qu’il se produirait pour la première fois en Arabie saoudite en septembre.

Mohammed ben Salmane peut se targuer d’avoir mené une série de réformes sociales, notamment après avoir autorisé les femmes à conduire, et levé l’interdiction des cinémas vieille de 35 ans, alors qu’il tente de pousser l’Arabie saoudite vers une forme d’islam plus « modérée ».

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Toutefois, selon des observateurs et des groupes de défense des droits de l’homme, l’Arabie saoudite a toujours un bilan désastreux en matière de droits de l’homme et est impliquée dans un conflit dévastateur au Yémen. 

Tout le monde n’a pas vu d’un bon œil la tournée de Mohammed ben Salmane à Hollywood : sur les réseaux sociaux, The Rock a notamment été critiqué pour s’être rapproché du prince héritier

« Cela ressemble à une publication de propagande payée par la famille royale saoudienne », a écrit un commentateur sur Instagram, tandis qu’un autre a affirmé : « The Rock, je pensais que vous [étiez] un homme de caractère, mais [vous] avez pris part à un dîner privé avec l’un des régimes les plus oppressifs au monde. »

L’organisation pacifiste Code Pink a organisé des manifestations à Los Angeles pour dénoncer les politiques saoudiennes, notamment au Yémen.

Un montant d’un milliard d’euros, dernière phase en date de ce qui constitue peut-être le plus gros contrat d’armement au monde

Jeudi, les États-Unis ont approuvé un contrat pour la vente à l’Arabie saoudite de 180 systèmes d’artillerie automotrice pour un montant d’un milliard d’euros, dernière phase en date de ce qui constitue peut-être le plus gros contrat d’armement au monde.

En annonçant l’ensemble visé par le contrat d’armement, le département d’État américain a décrit le royaume comme un « facteur majeur de la stabilité politique et du progrès économique au Moyen-Orient ».

Traduction : « Le prince saoudien Mohammed ben Salmane n’a rien de charmant ! Réveille-toi, Hollywood au bois dormant ! Refuse de rencontrer ce criminel de guerre et ce dictateur absolu ! »

« La mécanique la mieux huilée du monde en matière de relations publiques ne saurait escamoter le bilan désastreux de l’Arabie saoudite en termes de droits humains », a déclaré le mois dernier Samah Hadid, directrice des campagnes au sein d’Amnesty International pour le Moyen-Orient.

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« Si le prince héritier Mohammed ben Salmane a vraiment l’intention d’être un “réformateur”, il doit mettre fin à la répression systématique visant les femmes, les minorités et les défenseurs des droits humains, ordonner la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers d’opinion et cesser de recourir à la peine de mort. »

L’Arabie saoudite a connu une légère détente quant aux droits des femmes au cours des dernières années, dans le cadre des efforts déployés par le prince héritier dans le but de présenter un visage plus ouvert à la communauté internationale. Cependant, le nombre d’exécutions a doublé depuis que Mohammed ben Salmane a été nommé prince héritier en 2017, selon le groupe de défense des droits de l’homme Reprieve.

Le royaume a également été accusé d’employer une législation antiterroriste draconienne pour cibler des militants pacifiques et des blogueurs militant pour la démocratie. À l’occasion de la visite de Mohammed ben Salmane à Londres en mars, des activistes ont souligné le cas de Raif Badawi, un blogueur saoudien condamné à 1 000 coups de fouet et dix ans d’emprisonnement pour « insulte à l’islam » en ligne, une question soulevée par la Première ministre britannique Theresa May.

L’Arabie saoudite est également accusée d’avoir tué des milliers de civils au Yémen, où ses forces aériennes ciblent les rebelles houthis depuis trois ans.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.