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Indignations dans le monde contre le décret anti-immigration de Trump

Le décret anti-immigration du président américain Donald Trump interdisant l'entrée aux Etats-Unis de ressortissants de sept pays majoritairement musulmans a été critiqué, plus ou moins directement, par de nombreux dirigeants dans le monde
Des manifestants rassemblés à l'aéroport de Dallas-Forth Worth pour dénoncer le décret du président Trump interdisant une certaine immigration (AFP)

Alors qu’une juge américaine a suspendu l’expulsion des musulmans interpellées depuis vendredi en vertu du décret interdisant l’entrée aux États-Unis de sept pays du Moyen-Orient, le monde exprime son indignation.

Ann Donnelly, la juge fédérale de Brooklyn, a pris sa décision samedi, ordonnant aux autorités d’arrêter l’expulsion de réfugiés et d’autres voyageurs bloqués dans les aéroports américains.

La puissante Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), dont les avocats avaient attaqué le gouvernement en justice a tweeté « Victoire ! ». « Nos tribunaux ont aujourd’hui joué leur rôle de rempart contre les abus du gouvernement ou contre les ordres et les politiques anticonstitutionnelles. »

Selon l’ACLU, ce répit devrait aider 100 à 200 personnes avec un visa ou un statut de réfugié, qui se sont vues arrêtées pendant leur transit ou dans les aéroports américains.

Cette décision survient alors que la colère a gagné les États-Unis et le monde après le décret radical signé par Trump vendredi, qui suspend l’arrivée des réfugiés pour au moins 120 jours et interdit les visas aux voyageurs en provenance de sept pays majoritairement musulmans (Irak, Iran, Yémen, Libye, Syrie, Soudan et Somalie) pour trois mois.

Des milliers de personnes ont manifesté dans tous les États-Unis pendant le week-end, en particulier dans les aéroports, appelant à ce que les réfugiés et les migrants musulmans soit autorisés dans le pays.

Une foule est apparue à l’aéroport JFK de New York, une ville où la présidence de Trump a habituellement peu de soutien : les manifestants chantaient « Laissez-les entrer » et portaient des pancartes condamnant à la fois le décret anti-musulmans et le projet de construction d’un mur le long de la frontière avec le Mexique.

Traduction : « Une foule incroyable à l'aéroport JFK, à l'extérieur des arrivées internationales, pour soutenir les réfugiés et les personnes interpellées et protester contre le #MuslimBan de Trump »

Les chauffeurs de taxi dans la ville ont aussi annoncé qu’ils suspendaient leurs services pendant une heure en solidarité avec les immigrés provisoirement empêchés d’entrer le pays.

Des manifestations similaires ont aussi été organisées (ou devaient avoir lieu) devant les ambassades américaines dans le monde.

« Un jour très triste »

Dans le monde, les dirigeants se sont alignés ce week-end pour condamner la politique de Donald Trump.

La chancelière allemande Angela Merkel a condamné dimanche les restrictions à l’immigration imposées par le président américain, les qualifiant d’« injustifiées ».

« Elle est convaincue que même dans le cadre de la lutte indispensable contre le terrorisme il n'est pas justifié de placer sous une suspicion généralisée des gens en fonction de leur origine ou croyance », a déclaré Steiffen Seibert, son porte-parole, dans un communiqué.

Au Royaume-Uni, après la pression mise par les politiques britanniques dont certains de son propre parti, la Première ministre Theresa May a confirmé dimanche qu’elle n’était pas « d’accord » avec les mesure de Trump et qu’elle « interviendrait » auprès du gouvernement américain si cette politique avait un « impact » sur les citoyens britanniques.

« La politique d'immigration des États-Unis est l'affaire du gouvernement des États-Unis, comme celle de notre pays doit être fixée par notre gouvernement », a déclaré un porte-parole de Downing Street.

Mais samedi, lors d'une visite officielle en Turquie, Theresa May avait refusé de critiquer l'initiative américaine, déclenchant une vive polémique au Royaume-Uni.

Une pluie de critiques s'est aussitôt abattue sur la cheffe du gouvernement conservateur, accusée jusque dans son propre camp de renier les droits de l'homme au profit de la « relation spéciale » avec Washington.

Nadhim Zahawi, député conservateur né en Irak, a lui annoncé que les restrictions à l'immigration décrétées par Washington l'empêchaient désormais de se rendre aux États-Unis malgré son passeport britannique. Sur Twitter, il avait écrit avoir eu « confirmation que le décret s'applique à [lui] et [son] épouse car [ils sont] tous deux nés en Irak ».

« Un jour très triste lorsqu'on se sent un citoyen de seconde classe ! Triste jour pour les Etats-Unis », a-t-il ajouté.

Le ministre indonésien des Affaires étrangères, dont le pays n’est pas concerné par le décret, a qualifié la politique de Trump de « profondément regrettable ».

« Elle pourrait affecter la lutte globale contre le terrorisme et la gestion des réfugiés », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Arrmanatha Nasir. « Il est faux de lier l'extrémisme et le terrorisme à une religion en particulier. »

L’ambassade d’Indonésie à Washington a prévenu ses ressortissants vivant aux États-Unis de rester en alerte et de s’informer sur leurs droits auprès de l’ACLU.

Dans le Yémen en guerre, les rebelles chiites houthis à Sanaa ont dénoncé le décret de Donald Trump, jugeant qu'il était « illégal et illégitime » de « classer le Yémen et ses citoyens comme étant source de terrorisme ou d'extrémisme ».

Mesures de réciprocité

Des politiques d’Iran et d’Irak, deux autres pays concernés par le décret, ont appelé leur pays à appliquer la réciprocité.

« Nous avons clairement demandé que le gouvernement irakien agisse réciproquement dans tous les domaines avec les Etats-Unis », a déclaré à l'AFP Hassan Chwairid, directeur-adjoint de la commission des Affaires étrangères au parlement irakien.

« L’Irak est la ligne de front de la guerre contre le terrorisme et il est injuste que les Irakiens soient traités de la sorte ».

Dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères a précisé que les Américains qui avaient déjà un visa iranien pouvaient entrer dans le payx même si l’Iran comptait appliquer le principe de réciprocité aux voyageurs américains.

« Contrairement aux États-Unis, notre décision n’est pas rétroactive. Toutes les personnes avec un visa iranien valide seront accueillies avec joie », a dit Mohammad Javad Zarif sur Twitter.

Avec plus d’un million d’Iraniens installés aux États-Unis, les restrictions ont déjà causé des perturbations pour les étudiants, les hommes d’affaire et les familles.

Selon les statistiques du Département d’État américain, les Iraniens comptent pour un quart des 31 804 visas accordés l’an dernier aux citoyens des sept pays visés par le décret.

Parmi les milliers d’entre eux qui se sont retrouvés en difficulté, une famille irakienne a été empêchée, samedi, de prendre un vol depuis le Caire pour rejoindre New York.

« J’ai mis ma maison, ma voiture, et mes meubles en vente. J’ai démissionné de mon travail et ma femme en a fait autant. J’ai aussi enlevé mes enfants de l’école », raconte Fuad Sharef, 51 ans, à l’AFP.

« Donald Trump a détruit ma vie. La vie de ma famille. Je pensais que l’Amérique était un pays d’institutions, mais c’est comme si c’était une dictature. »

Traduit partiellement de l'anglais (original).