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« On dirait une zone de guerre » : affrontements à Sheikh Jarrah avant des expulsions massives de Palestiniens

Les habitants protestent contre une vague d’expulsions affectant une quarantaine de Palestiniens, dont une dizaine d’enfants
Affrontement entre des Palestiniens et les forces israéliennes qui tentent de disperser une manifestation à Sheikh Jarrah, le 5 mai (AFP)

De violents affrontements ont éclaté entre la police israélienne et des jeunes palestiniens dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est occupée. Les habitants protestent contre une vague d’expulsions ordonnée par un tribunal, laquelle devrait chasser une quarantaine de Palestiniens, dont une dizaine d’enfants, de leurs maisons. 

Les policiers israéliens, dont certains à cheval, ont tenté de repousser les manifestants à l’aide de gaz lacrymogènes, de grenades étourdissantes et d’« eau puante », rapporte une correspondante de Middle East Eye présente sur place. 

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« On dirait une zone de guerre », confie un manifestant à MEE.  

Par ailleurs, la police a battu plusieurs manifestants avec des matraques et en a arrêté au moins cinq, dont trois ont été identifiés : Seif Hammoda, Ahmad Abbasi et Siwar Qasim.

Une dizaine de Palestiniens au moins ont été blessés, a signalé le Croissant-Rouge palestinien juste avant minuit heure locale. Six des blessés ont inhalé des gaz lacrymogènes, trois ont été touchés par des balles en caoutchouc et un autre a subi un traumatisme contondant, énumère l’organisation. 

Les familles palestiniennes restées chez elles ont déclaré à MEE que le nuage de gaz lacrymogène était devenu si épais qu’il avait pénétré chez elles. 

« On ne pouvait pas respirer chez nous à cause des gaz lacrymogènes qui entraient », indique un habitant.

La correspondante de MEE a également vu les forces israéliennes asperger les maisons alentours avec de l’eau puante. Cette eau, absolument naturelle et non toxique selon Israël, sent les eaux usées – une odeur qui perdure parfois pendant des semaines. La puanteur du liquide, même après séchage, se ravive quand on applique de l’eau fraîche – ce qui rend le nettoyage des zones affectées difficile. 

Un jeune Palestinien est blessé et arrêté par les forces israéliennes lors des manifestations à Sheikh Jarrah, le 5 mai (AFP)
Un jeune Palestinien est blessé et arrêté par les forces israéliennes lors des manifestations à Sheikh Jarrah, le 5 mai (AFP)

Pendant ce temps, les colons israéliens dans le quartier ont scandé des slogans racistes tels que « Mort aux arabes » et ont appelé à l’expulsion de l’ensemble des Palestiniens de Sheikh Jarrah. 

Si ce quartier de Jérusalem proteste fréquemment contre les campagnes d’expulsions d’Israël qui ont lieu depuis des décennies, les manifestations se sont intensifiées cette semaine après que la Cour suprême israélienne a confirmé l’expulsion le 6 mai des familles, qui comprennent une trentaine d’adultes et une dizaine d’enfants.

La cour a accordé aux familles Hammad, Dagani et Daoudi, qui vivent dans la même zone, jusqu’au 1er août pour partir.

Depuis le début de l’année dernière, les tribunaux israéliens ont ordonné l’expulsion de treize familles palestiniennes de Sheikh Jarrah, un quartier résidentiel à moins d’un kilomètre des murs de la vieille ville de Jérusalem.

« Nous n’allons pas partir »

Plus tôt cette semaine, Abdel Fattah Iskafi, l’une des personnes affectées par les expulsions à venir, confiait à MEE que sa famille vivait dans cette maison depuis des décennies.

Iskafi rapportait que les forces spéciales israéliennes avaient « assiégé Sheikh Jarrah » après l’avis d’expulsion, ne laissant personne entrer, « en particulier les militants solidaires ». 

Malgré l’étroit cordon militaire autour du quartier, des activistes ont réussi à se frayer un chemin pour atteindre les maisons concernées par les avis d’expulsion, entretenant ainsi les manifestations.  

Iskafi, qui vit avec quatorze membres de sa famille étendue, y compris ses enfants et petits-enfants, a indiqué que lui et les siens prévoyaient de rester à Sheikh Jarrah malgré l’ordonnance de la Cour suprême.

Map Sheik Jarrah

« Nous n’allons pas quitter notre maison. Nous resterons jusqu’à notre dernier souffle. Personne ne peut effacer mes souvenirs et mon cœur de cette maison. Nous n’allons nulle part et malgré le stress et les conditions difficiles, nous essayons de poursuivre notre routine habituelle », assurait-t-il à MEE.

Sa famille est l’une de celles vivant dans des maisons construites à Sheikh Jarrah en 1956 avec l’approbation de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) et des autorités jordaniennes qui dirigeaient la Cisjordanie et Jérusalem-Est entre 1948 et 1967, date à laquelle Israël s’est emparé des deux.

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Depuis la prise de Jérusalem-Est lors de la guerre des Six-Jours, les organisations de colons israéliens réclament la propriété des terrains de Sheikh Jarrah et, depuis 1972, ont déposé avec succès de multiples recours pour chasser les Palestiniens du quartier. 

En 2002, 43 Palestiniens ont été expulsés du quartier et des colons israéliens ont pris leurs propriétés. En 2008, les familles Hanoun et Ghawi ont été expulsées et en 2017, la famille Shamasneh a été chassée de sa maison par des colons israéliens.

Israël occupe militairement la Cisjordanie y compris Jérusalem-Est, qui comprend notamment le quartier de Sheikh Jarrah et la vieille ville, depuis la guerre des Six Jours en 1967.

Les dernières expulsions surviennent alors que Jérusalem connaît des tensions accrues ces dernières semaines, tandis que des Israéliens d’extrême droite organisent des marches anti-palestiniennes, scandant « Mort aux Arabes », et que les autorités israéliennes poursuivent leurs efforts de longue date visant à étendre les colonies (considérées illégales au regard du droit international) à Jérusalem-Est.

La Cour suprême israélienne a reporté ce jeudi sa décision d'expropriation des familles palestiniennes au milieu des récentes tensions.

Latifa Abd Altif a contribué à ce reportage.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.