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Lehava : le groupe d’extrême droite hostile aux Palestiniens qui gagne en influence dans la politique israélienne

Jérusalem a connu une flambée de violence à la suite d’une manifestation anti-arabe organisée par l’organisation suprémaciste juive Lehava. Opposée aux mariages mixtes, demandant l’expulsion des Palestiniens et l’interdiction de Noël, celle-ci a désormais ses représentants à la Knesset
Des partisans de Lehava protestent lors d’un mariage mixte, le 17 août 2014 (AFP)

Expulser les Palestiniens vers les pays arabes, annexer la Cisjordanie occupée à Israël, interdire Noël, exhorter une mannequin israélienne de confession juive à ne pas épouser Leonardo DiCaprio : ce ne sont là que quelques-unes des revendications les plus accrocheuses de Lehava. Les partisans de cette organisation israélienne d’extrême droite hostile aux Palestiniens se sont rassemblés récemment à Jérusalem-Est occupée, hurlant « Mort aux Arabes ».

Ces manifestations à Jérusalem ont une fois de plus attiré l’attention sur ce groupe, fondé en 2005 par des partisans de l’ancien député et fondateur du parti extrémiste Kach, le rabbin Meir Kahane.

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Lehava, qui signifie « flamme » en hébreu, est l’acronyme de « Prévention de l’assimilation en Terre sainte ». Comme son nom complet l’indique clairement, l’objectif principal du groupe est d’empêcher « l’assimilation juive » et la « mixité » – mariages ou relations entre juifs et non-juifs, qu’ils soient Palestiniens, musulmans, chrétiens ou autres.

Cette organisation – et son fondateur, Bentzi Gopstein (51 ans) – fait partie d’un mouvement religieux extrémiste en plein essor qui forme le bloc politique du Parti sioniste religieux, entré triomphalement à la Knesset après les élections législatives de mars. Le Parti sioniste religieux ayant remporté six sièges, Lehava est examiné à la loupe en raison de son influence croissante en Israël.

Inspiration kahaniste

Les idées et les croyances de Lehava découlent directement de l’idéologie de Kahane. Né dans une famille juive orthodoxe à New York en 1932, Kahane croyait en un État juif homogène dirigé conformément à la Torah.

Il réclamait l’expulsion pure et simple des Palestiniens par la force et l’annexion de la Cisjordanie occupée. Les partisans de Kahane croient que la Cisjordanie – occupée par Israël depuis 1967 en violation du droit international – et les versants orientaux du Jourdain appartenaient aux royaumes bibliques de Judée et Samarie.

Allant encore plus loin, Kahane croyait également en la conception sioniste d’un Grand Israël, considérant la péninsule du Sinaï, le Liban, la Syrie et les terres qui s’étendent jusqu’à l’Euphrate en Irak comme la « patrie du peuple juif ». 

À ce jour encore, les kahanistes s’opposent au mariage entre juifs et non-juifs, ainsi qu’aux droits des LGBTQ, considérant qu’ils vont à l’encontre des textes religieux juifs. Les disciples du rabbin appellent à la destruction de la mosquée al-Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem – laquelle a été construite, selon eux, là où se trouvait autrefois le second temple juif – afin d’y construire un troisième temple.

Kahane a été assassiné en 1990 à New York, mais son héritage en a inspiré plus d’un. En 1994, son disciple Baruch Goldstein, né aux États-Unis, a pris d’assaut la mosquée Ibrahimi dans la ville de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. Il y a tué 29 Palestiniens priant à l’aube pendant le Ramadan avant d’être tué sur place.

Kahane et Goldstein ont été idéalisés par les colons israéliens d’extrême droite : la tombe de Goldstein dans la colonie illégale de Kiryat Arba est fréquemment visitée par les colons pendant les fêtes nationales.

Un colon israélien lit un livre intitulé « Baruch le sauveur » sur la tombe de l’extrémiste Baruch Goldstein dans la colonie illégale de Kiriyat Arba, en Cisjordanie occupée, le 29 décembre 1999 (AFP)
Un colon israélien lit un livre intitulé « Baruch le sauveur » sur la tombe de l’extrémiste Baruch Goldstein dans la colonie illégale de Kiriyat Arba, en Cisjordanie occupée, le 29 décembre 1999 (AFP)

Le département d’État américain a placé Kach et Kahane Chai (deux factions issues du parti Kach de Kahane) sur sa liste des organisations terroristes étrangères à la suite du massacre de la mosquée Ibrahimi. Le gouvernement israélien lui a emboîté le pas, interdisant et déclarant les deux organisations comme « terroristes ».

Kahane était un loup solitaire à la Knesset lorsqu’il a été élu député en 1984 pour un mandat. Aujourd’hui, ses partisans du Parti sioniste religieux ont remporté six sièges à la Knesset, adoubés par le Premier ministre Benjamin Netanyahou dans le but d’affaiblir son opposition et de former un gouvernement de coalition nationale.

Gopstein, leader d’une croisade contre les « vampires »

Bien que formée quinze ans après sa mort, Lehava continue d’être directement inspirée par Kahane. Depuis son émergence, l’organisation est principalement connue pour son programme ouvertement hostile à la mixité, que ce soit par le biais de tracts, de manifestations ou d’actes de violence contre les Palestiniens en couple avec des Israéliens juifs.

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Une des actions les plus médiatisées de Lehava a été la protestation organisée contre le mariage de Mahmoud Mansour, citoyen palestinien d’Israël, et Morel Malka, juive convertie à l’islam, qui a fait grand bruit en Israël en 2014.

Les partisans du groupe ont campé à l’extérieur de la salle où le couple célébrait son mariage, criant « Arabes, méfiez-vous, ma sœur n’est pas une proie idéale », et « Pas d’existence avec les Arabes ». Gopstein, le fondateur de Lehava, a interpellé la mariée avec un haut-parleur : « Dieu pleure dans le ciel pour vous, Morel. Nous vous appelons, rentrez chez vous. »

En 2015, Gopstein, qui vit dans une colonie illégale en Cisjordanie, a réclamé l’interdiction des célébrations de Noël en Israël, qualifiant les chrétiens de « vampires ».

« Noël n’a pas sa place en Terre sainte », écrivait-il alors. « La mission de ces vampires et suceurs de sang demeure. Si les juifs ne peuvent pas être tués, ils peuvent être convertis. Nous devons éliminer les vampires avant qu’ils ne boivent notre sang une fois de plus », ajoutait-il.

Le leader de Lehava Bentzi Gopstein participe à une manifestation contre le défilé de la Gay Pride à Jérusalem, le 21 juillet 2016 (AFP)
Le leader de Lehava Bentzi Gopstein participe à une manifestation contre le défilé de la Gay Pride à Jérusalem, le 21 juillet 2016 (AFP)

Il a été interrogé par la police israélienne en 2015 après avoir justifié l’incendie d’églises en Israël, après un incendie criminel à l’église de la Multiplication sur les rives de la mer de Galilée, dans le nord d’Israël.

Gopstein avait fait valoir que les attaques de ce genre étaient conformes au commandement juif ordonnant la destruction des idoles.

La même année, trois membres de Lehava ont été accusés d’avoir incendié une école judéo-palestinienne à Jérusalem et d’avoir inscrit des graffitis sur les murs qui affirmaient : « Pas de coexistence possible avec le cancer. » Gopstein soutenait son groupe et leurs tactiques à l’époque.

« N’épousez pas Leonardo DiCaprio »

Mais Gopstein n’est pas la seule figure de proue du mouvement. Itamar Ben-Gvir, l’avocat qui défend les près de 10 000 partisans de Lehava à travers Israël, a une influence considérable sur le mouvement.

Récemment élu à la Knesset, Ben-Gvir est également le chef d’Otzma Yehudit (« pouvoir juif »), un parti fondé en 2012 par des partisans de Kahane et de Kach. Otzma Yehudit est membre du Parti sioniste religieux, aux côtés de l’Union nationale-Tkuma de Bezalel Smotrich et du parti Noam d’Avi Maoz.

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Netanyahou a encouragé ces partis à former une alliance avant les élections de mars dans le but d’affaiblir son opposition et de former un gouvernement de coalition d’extrême droite. Mais le Premier ministre a échoué à former un gouvernement dans les délais prévus, ce qui pourrait mettre Israël sur la voie d’une cinquième élection en un peu plus d’un an. 

Michael Ben-Ari, ancien membre de la Knesset et l’un des étudiants de Kahane, et Baruch Marzel, un leader des colons de Hébron, sont d’autres cadres de Lehava.

En 2012, Ben-Ari, qui est membre de l’Union nationale-Tkuma, s’est vu refuser l’entrée aux États-Unis en raison de ses liens avec Kach. 

Marzel, quant à lui, a exhorté en 2010 la mannequin israélienne de confession juive Bar Refaeli à ne pas épouser son petit ami de l’époque, l’acteur Leonardo DiCaprio, élevé dans la foi catholique. 

Marzel, qui est bien connu à Hébron pour ses appels en faveur du nettoyage ethnique des Palestiniens, a envoyé à Bar Refaeli une lettre au nom de Lehava lui demandant de revenir à la raison.

« N’épousez pas Leonardo DiCaprio. Ne nuisez pas aux générations futures », a-t-il écrit, selon The Jerusalem Post. « Votre grand-mère et sa grand-mère avant elle ne rêvaient pas qu’un jour l’une de leurs descendantes enlèverait les générations futures de la famille au peuple juif. L’assimilation a toujours été l’un des ennemis du peuple juif. »

Financement mystérieux

Après seize années d’existence, le réseau de financement de Lehava reste un mystère.

Le journal israélien Haaretz a révélé en 2011 que Lehava n’était pas officiellement enregistrée en tant qu’organisation à but non lucratif (OBNL), bien que ses membres et militants soient liés à Hemla, une OBNL israélienne qui aide les jeunes filles juives de foyers brisés et « en danger de conversion forcée ».

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Gopstein, qui est à la fois président de Lehava et directeur des relations publiques de Hemla, aurait reçu un salaire annuel de 40 000 shekels (10 200 dollars) par an de la part de cette dernière.

Hemla – qui fournit également une assistance à un autre groupe de colons d’extrême droite, les Jeunes des collines – a reçu des fonds du ministère israélien des Affaires sociales, selon Haaretz.

Depuis 2005, Hemla a reçu entre 600 000 et 700 000 shekels (152 950 – 178 470 dollars) de financement gouvernemental, ce qui représente environ la moitié de son budget annuel.

Puisque des hommes politiques liés à Lehava ont gagné du terrain, les idées suprémacistes juives du groupe pourraient influencer davantage le pays et ceux qui le gouvernent.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.