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La stabilité est la clé pour stopper l’expansion de l’EI en Libye, selon les analystes

Des spécialistes ont déclaré à une commission spéciale de députés britanniques qu’il fallait donner une marge de manœuvre au gouvernement libyen afin qu’il puisse réussir
Un manifestant brandit une pancarte lors d’une manifestation de soutien à l’armée et contre le gouvernement d’unité soutenu par l’ONU dans la ville de Benghazi, le 18 mars 2016 (AFP)
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Des experts ont averti le Parlement britannique que la Libye pourrait devenir une autre base pour le groupe État islamique (EI) si la stabilité politique n’est pas instaurée dans le pays.

Les analystes de l’International Crisis Group (ICG) ont été prompts à souligner que même si les militants venaient à être vaincus en Syrie et en Irak, le groupe pourrait « se transformer » en autre chose si la menace n’était pas également neutralisée en Libye, qualifiant l’EI d’« hydre à certains égards ».

Cependant, ils se sont empressés d’avertir le Royaume-Uni de ne pas « malmener » la fragilité libyenne, craignant que toute intervention militaire contre l’EI ne maintienne en fait le groupe à flot et « porte atteinte à une réalité politique très fragile ».

Mercredi, les analystes de l’ICG ont été interrogés par une commission spéciale sur l’avenir de l’EI au Moyen-Orient et la forme que devrait prendre l’implication britannique. Alors que l’enquête concernait initialement la participation du Royaume-Uni à la coalition militaire contre l’EI en Syrie et en Irak, les questions ont rapidement dévié vers la Libye.

Le député conservateur James Gray était focalisé sur ce qui se passerait pour le groupe si celui-ci subissait de lourdes défaites et perdait beaucoup de terrain en Syrie et en Irak, et si cela signifierait la défaite totale du groupe.

« Imaginons que l’EI soit vaincu. Que se passe-t-il ensuite ? Vont-ils attendre ? Iront-ils en Libye ? S’installeront-ils ailleurs ? », a-t-il demandé.

« Si nous pensons que, en les éliminant à Mossoul et Raqqa, malgré d’énormes destructions et pertes humaines, si nous croyons que cela permettra de gagner la guerre, mon Dieu, faisons-le. Si en revanche, tout ce que nous ferions serait de le propager ailleurs dans le monde, alors ne le faisons pas. »

Richard Atwood, directeur des affaires multilatérales à l’ICG, a répondu qu’une perte considérable de territoire affaiblirait le groupe EI, sans le détruire pour autant.

« Nous pensons que la défaite est encore lointaine et il faudrait déterminer ce qu’on entend par défaite, mais malgré tout cela, l’identité du mouvement changerait », a-t-il indiqué.

« À certains égards, c’est une hydre mais ses bases sont sans aucun doute en Irak et en Syrie. Il se transformerait en quelque chose d’autre parce que les conditions qui lui ont permis d’émerger ne changent pas, mais il est difficile de prédire ce à quoi le mouvement ressemblerait. »

C’est néanmoins l’avenir de la Libye qui semble être la clé pour savoir si oui ou non une défaite en Syrie et en Irak laisserait l’EI sans base de pouvoir décisive.

Claudia Gazzini, spécialiste de la Libye, a indiqué à la commission que l’EI contrôlait actuellement un tronçon de 200 km depuis Syrte en Libye, bien que ce ne soit pas un bastion traditionnel de groupes militants dans le pays.

« L’expansion qu’ils ont connue en Libye est considérable dans le sens où ils contrôlent un territoire d’environ 200 km le long de la côte libyenne depuis Syrte. Personne n’aurait cru qu’ils y arriveraient il y a deux ans », a-t-elle expliqué.

« [L’EI] s’est renforcé ici en raison d’une série de facteurs locaux – la crise locale leur a ouvert des portes. »

Elle a ajouté que la présence de l’EI en Libye ne dépendait pas du financement des principaux bastions du groupe en Syrie et en Irak : « Ils sont également en mesure de lever des impôts et de sécuriser des fonds grâce à leurs entreprises locales dans leur petit territoire local. »

« Sa survie ne dépend pas entièrement de ce qui se passe dans son pays d’origine ; dans cette zone périphérique, sa survie dépend d’un état permanent de crise. Tant qu’il existe une crise en matière de sécurité politique, l’EI existera et restera [en Libye], même s’il est vaincu dans son pays d’origine. »

La spécialiste a ajouté que l’actuel comité présidentiel soutenu par l’ONU en Libye était toujours confronté à un certain nombre de défis, notamment à un manque de soutien politique unifié, l’absence d’appui militaire uni et la faiblesse de l’économie libyenne.

« Il existe un risque que le soutien militaire étranger au nom de la lutte contre le terrorisme dans la phase actuelle non seulement ligue diverses personnes contre elle, mais porte aussi atteinte à une réalité politique très fragile », a-t-elle prévenu.

« Certes, l’arrivée à Tripoli de sept membres du conseil présidentiel sur neuf est un signe positif, ils y ont été accueillis par les habitants. Toutefois, cela ne devrait pas nous inciter à penser que cette transition politique est aisée. Elle est encore très contestée en Libye. Les efforts de votre pays devraient consister à soutenir cette autorité soutenue par l’ONU, pas à la bousculer, à l’intimider lui faisant prendre des décisions irréfléchies. Pour l’instant, nous constatons une trop grande précipitation. »

Frappes aériennes

L’efficacité des frappes aériennes en tant qu’outil contre l’EI a également été soulevée par un député de la commission qui a demandé si « détruire le refuge de [l’EI était] une bonne idée ».

« Le Printemps arabe s’est transformé en hiver arabe de grand mécontentement », a déclaré le député conservateur Bob Stewart.

« Les frappes aériennes des Britanniques et des autres… ces frappes aériennes ont-elles aidé les gens à éviter certains excès de Daech ? », a-t-il demandé.

Atwood n’a toutefois pas tardé à souligner que les frappes aériennes ont eu un impact mitigé et qu’elles ne pouvaient pas empêcher les excès de l’EI.

« Les frappes aériennes dans certains endroits peuvent rendre la vie difficile à une unité armée », a-t-il dit. « Dans les zones urbaines, vont-elles empêcher l’EI d’opérer, vont-elles changer le lien que l’EI a avec la communauté dans ses zones de contrôle, vont-elles contribuer à créer les conditions favorisant une solution politique ? Non, ce n’est pas le cas. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.