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Le fils de Salman al-Ouda dénonce la répression des voix indépendantes en Arabie saoudite

Alors que le religieux saoudien Salman al-Ouda risque la peine de mort, son fils déclare à MEE que la répression des voix modérées ne fera qu’encourager l’extrémisme
Un procureur saoudien a requis la peine de mort à l’encontre du célèbre religieux Salman al-Ouda ce mardi (Twitter)

Le fils de Salman al-Ouda, religieux saoudien de renommée internationale condamné ce mardi à la peine capitale dans le royaume, a déclaré à Middle East Eye que son père avait été pris pour cible pour avoir exprimé des opinions « indépendantes » et refusé de devenir « un porte-parole du gouvernement ».

Salman al-Ouda a été arrêté en septembre 2017 dans le cadre d’une opération menée par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Cette vague de répression, largement perçue comme ayant pour objectif d’écraser toute dissidence, a ciblé des religieux indépendants, des hommes d’affaires, des féministes et des militants des droits de l’homme.

Mardi, un procureur saoudien a prononcé 37 chefs d’accusation contre Salman al-Ouda et a recommandé la peine de mort à son encontre. Deux autres religieux, Ali al-Omari et Awad al-Qarni, ont reçu la même sentence ce jeudi.

Salman al-Ouda est notamment accusé de recevoir des messages qui « incitent à la sédition » contre les dirigeants et de « ne pas prier suffisamment pour le dirigeant »

« Il y a beaucoup d’accusations absurdes », a déclaré Abdullah al-Ouda dans une interview vidéo avec Middle East Eye mercredi. Il est notamment accusé de recevoir des messages qui « incitent à la sédition » contre les dirigeants et de « ne pas prier suffisamment pour le dirigeant ».

Abdullah a déclaré que son père n’avait été informé des accusations portées contre lui qu’au cours du procès de mardi, tenu « secrètement » au Tribunal pénal spécialisé (CSC) de la capitale Riyad.

Alors que le SCC a été créée en 2008 pour juger les affaires de terrorisme, les groupes de défense des droits de l’homme ont réclamé à plusieurs reprises sa suppression, affirmant qu’il était de plus en plus utilisé pour poursuivre des militants pacifiques et que ses procédures violaient habituellement le droit à un procès équitable.

C’est ce même tribunal qui a été chargé des procès de militants et religieux membres de la minorité chiite qui ont été exécutés en 2017.

En Arabie saoudite, les exécutions, le plus souvent par décapitation, ont lieu sur décision du roi, en l’occurrence Salmane ben Abdelaziz al-Saoud. Aucun activiste sunnite n’a encore été exécuté depuis la nomination de Mohammed ben Salmane au poste de prince héritier.

« La décision du procureur saoudien de recommander la peine de mort à l’encontre de trois célèbres religieux fait partie intégrante de la campagne agressive menée par le gouvernement pour utiliser ses lois vaguement formulées dans le but de réduire au silence ses propres citoyens, en particulier ceux qui osent demander des réformes », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’ONG Human Rights Watch.

« Ces cas particuliers montrent comment le gouvernement poursuit son propre programme extrémiste et intolérant sous le couvert absurde d’un ‘’islam modéré’’ », a-t-elle ajouté dans un courriel adressé à MEE.

Un rapport de l’ONU publié en juin indique que le royaume se sert systématiquement de ses lois antiterroristes pour réprimer les défenseurs des droits de l’homme.

« En Arabie saoudite, ceux qui exercent pacifiquement leur droit à la liberté d’expression sont systématiquement persécutés », indique le rapport. « Beaucoup languissent en prison depuis des années. D’autres ont été exécutés à la suite d’erreurs judiciaires flagrantes. »

Abdullah al-Ouda, lui-même membre du Center for Muslim-Christian Understanding de l’Université de Georgetown (États-Unis), a condamné la politique des dirigeants saoudiens actuels, qui consiste selon lui à « adopter [les opinions de] religieux radicaux et [à] exclure les modérés ».

« [...] mon père a été le fer de lance d’une campagne contre l’extrémisme et le terrorisme, tandis qu’al-Fawzan [vénéré par ben Salmane] publiait des fatwas interdisant aux femmes de conduire des motos [...] et qualifiait tous les non-sunnites d’infidèles »

Il a évoqué le fait que son père avait épousé les « mécanismes démocratiques et les libertés civiles », contrairement à des érudits radicaux comme Saleh al-Fawzan, que Mohammed ben Salmane considère comme « un père ».

Al-Fawzan est membre d’un conseil d’universitaires chargé exclusivement d’émettre des fatwas islamiques dans le royaume.

« Au cours des vingt dernières années, mon père a été le fer de lance d’une campagne contre l’extrémisme et le terrorisme, tandis qu’al-Fawzan, lui, publiait des fatwas interdisant aux femmes de conduire des motos, affirmant que c’était ‘‘une imitation des hommes’’, et qualifiait tous les non-sunnites d’infidèles. »

En 2010, l’ancien roi Abdallah a promulgué un décret faisant du Conseil supérieur des intellectuels, parrainé par l’État, le seul organisme autorisé à délivrer des fatwas islamiques.

Abdullah al-Ouda a jugé que s’attaquer à des religieux modérés « ne signifierait rien d’autre que permettre à l’extrémisme de s’épanouir ».

Traduit de l’anglais (original).