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L’Égypte saisit des stocks de sucre alors que les pénuries commencent à se faire durement sentir

Pendant que les appels à manifestations se multiplient pour protester contre le manque d’aliments de base et la crise économique, l’entreprise Pepsi Cola est ciblée par le gouvernement
Dans un contexte de pénurie nationale, les Égyptiens achètent du sucre subventionné à l’arrière d’un camion (Reuters)

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Alors que le gouvernement égyptien vient de saisir l’équivalent de plusieurs semaines d’approvisionnement en sucre, dans un contexte de pénurie nationale, la plupart des entreprises agroalimentaires ont suspendu leur production.

Parmi ces entreprises figurent Pepsi et Edita, le plus grand groupe agroalimentaire du pays qui produit les célèbres en-cas américains Twinkies.

Dimanche, une usine d’Edita, dans la ville de Beni Suef, au nord, a été mise hors service pendant quatre jours, a déclaré le président en dénonçant une opération au cours de laquelle les représentants du gouvernement ont saisi les provisions de sucre censées couvrir les trois prochaines semaines.

L’Égypte a annoncé avoir saisi un total de 2 000 tonnes de sucres chez Edita. « Notre sucre a été acheté légalement via un fournisseur certifié de longue date », a déclaré Hani Berzi dans un talk show populaire. « Je voudrais savoir ce que nous avons fait de mal ».

Pepsi Cola a suspendu la production dimanche après une opération similaire, a rapporté le quotidien égyptien al-Masry al-youm.

On ne sait pas ce que sont devenues les provisions de sucre saisies.

Samedi, Mustafa Bakri, député et personnalité médiatique, a distribué quatre tonnes de sucres à la foule rassemblée autour d’un camion dans la banlieue du Caire.

Traduction : « Avec mon collègue Hani Marjan, j’ai distribué quatre tonnes de sucre (subventionné) du ministère du Ravitaillement »

Dans la soirée, Mustafa Bakri a promis aux téléspectateurs de son talk-show diffusé sur une chaîne par satellite que les gens allaient « manger » les manifestants qui ont prévu de descendre dans la rue le 11 novembre.

Le député a déclaré que « les foules » allaient « réduire à néant » tout personne appelant à des manifestations.

« Nous défendrons ce pays avec notre sang », a-t-il déclaré à la télé. « Tout criminel qui viole ce pays sera détruit par les Égyptiens. »

Le mouvement Ghalaba, c’est à dire le mouvement des marginalisés, a appelé à des manifestations massives le 11 novembre dans un contexte de troubles de plus en plus nombreux causés par les pénuries de biens et les coupes dans les subventions.

L’identité de ceux qui appellent aux manifestations n’est pas connue mais les appels ont été soutenus par les groupes d’opposants, dont les Frères musulmans.

Mustafa Bakri a averti que ceux qui se joindraient aux manifestations du 11 novembre risquaient de « se faire manger » par les opposants.

« Avant même les services de sécurité, la foule s’occupera de ceux qui encourageront les autres à manifester », a-t-il prévenu.

Il a également mis en garde contre une « cinquième colonne » (traîtres infiltrés pour le compte d’un autre État) présente en Égypte, représentée par des organisations de la société civile qui auraient reçu des fonds des États-Unis et d’autres pays occidentaux.

Dans une diatribe populiste, Bakry s’est directement adressé au président Abdel Fattah al-Sissi en le mettant en garde contre « une conspiration » qui menace de le renverser.

« Pourquoi restez-vous silencieux ? Fâchez-vous ! Fâchez-vous M. le président ! Nous sommes fatigués. »

« Je vous dis cela du fond de mon cœur : vous avez besoin de rassembler votre peuple. Erdoğan a rassemblé son peuple en cinq minutes », a-t-il rappelé en faisant référence au coup d’État raté contre le président turc en juillet qui a poussé des millions de gens dans les rues pour prendre sa défense.

« Vous-mêmes, vous avez mis en garde contre une conspiration. Maintenant cette conspiration est en face de vous. »

Le gouvernement a dénoncé les pénuries de sucre dans les usines locales et chez les spéculateurs, accusés de faire de la rétention de stocks pour faire flamber les prix.

L’Égypte importe environ un million de tonnes de sucre chaque année, mais une sévère pénurie de dollars a arrêté le flux de sucre importé par les privés, laissant le marché à court de sucre pendant que le gouvernement tentait en urgence de remplir le manque.

Les Égyptiens se sont retrouvés à faire la queue pendant des heures pour acheter des provisions de sucre subventionné à l’arrière des camions.

Traduit de l’anglais (original).