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Les perspectives pour la paix en Turquie s’assombrissent, a affirmé un dirigeant du HDP

L’homme politique de gauche expérimenté Ertuğrul Kürkçü a déclaré à la commission britannique des Affaires étrangères que les « élites turques » avaient érodé les institutions démocratiques du pays
Sebahat Tuncel (2e en partant de la droite), co-présidente du Parti démocratique des peuples (HDP), Ertuğrul Kürkçü (à gauche), député de Mersin et Sırrı Süreyya Önder, député d’Istanbul (2e en partant de la gauche), marchent aux côtés d’autres manifestants

Le président honoraire du Parti démocratique des peuples pro-kurde a averti des députés britanniques que les mesures visant à réprimer son parti ruinaient les perspectives de paix entre l’État et les militants kurdes.

Ertuğrul Kürkçü, turc d’origine et homme politique de gauche expérimenté, a déclaré mardi à la commission britannique des Affaires étrangères que les « élites turques » avaient « ruiné l’équilibre des pouvoirs » dans le pays et laissé un pouvoir absolu entre les mains du président Recep Tayyip Erdoğan.

Les tribunaux turcs ont arrêté plus de 35 000 personnes sous un état d’urgence imposé à la suite du coup d’État manqué du 15 juillet, qui avait pour but de renverser le gouvernement du Parti pour la justice et le développement (AKP) d’Erdoğan.

Dix députés du HDP ont été emprisonnés ce mois-ci, dont les codirigeants Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ. La grande majorité des députés du HDP risquent maintenant d’être arrêtés en raison de liens présumés avec le groupe militant kurde du PKK, après que le parlement a décidé en mai de priver les parlementaires de leur immunité.

La situation a suscité des protestations à l’étranger, certains y voyant une érosion continue de la démocratie turque.

« Un parlementaire en prison est un oxymore, a déclaré Kürkçü à la commission. Ce n’est pas quelque chose que nous devrions combattre nous-mêmes. »

Il a également critiqué les deux autres partis principaux au parlement – le Parti républicain du peuple (CHP) laïc-nationaliste et le Parti d’action nationaliste (MHP) ultra-nationaliste – pour s’être joints à l’AKP afin de priver les députés de leur immunité.

Le gouvernement prétend depuis longtemps que le HDP est une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui est engagé depuis 1984 dans un conflit de guérilla avec l’État turc qui a coûté plus de 40 000 vies.

Le HDP soutient toutefois qu’il est indépendant de l’organisation et qu’il recherche une solution pacifique à la « question kurde ».

Kürkçü a déclaré que l’existence du HDP résultait des « conditions relativement démocratiques » qui existaient en Turquie, « notamment entre 2011 et 2015 ».

« Le PKK et le HDP tirent tous deux leur énergie et leur soutien populaire du peuple kurde », a-t-il expliqué.

« Les familles kurdes qui votent pour le HDP peuvent également avoir des filles et des fils qui combattent dans les montagnes » aux côtés du PKK, a-t-il indiqué.

Il a toutefois souligné que cette situation n’influençait pas les choix politiques du HDP.

« Nous avons inclus une ligne pacifique, démocratique et participative depuis le début [...] Nous n’avons pas incité à la haine entre les gens », a-t-il précisé, ajoutant que « les Turcs comme les Kurdes ont bénéficié de la paix et du cessez-le-feu » établi en 2013 qui s’est effondré en juillet 2015.

Kürkçü est impliqué dans la politique de gauche en Turquie depuis les années 1960 et a été membre de la Fédération de la jeunesse révolutionnaire de Turquie (Dev Genç), qui a pris les armes contre le gouvernement militaire imposé en 1971 dans un contexte de tensions politiques de plus en plus graves.

Il a passé 14 années en prison entre 1972 et 1986 après avoir été capturé par les forces de sécurité. Parmi ses activités en prison, il a traduit plusieurs livres en turc, dont une biographie de Karl Marx.

Les relations entre les gauchistes et le mouvement de libération kurde ont souvent été tendues au fil des décennies, et Kürkçü a été impliqué dans certaines des premières tentatives réussies visant à combler le fossé politique entre les deux au cours des années 2000. Ces efforts ont finalement entraîné la fondation du HDP.

Kürkçü a averti la commission parlementaire que les Kurdes n’accepteraient pas moins que le partage de pouvoir au niveau national parce qu’ils avaient « fait beaucoup de progrès et beaucoup de gains » et que la situation en Turquie devenait si fragile que même « les Turcs qui ont des aspirations différentes de celles des dirigeants turcs [...] choisiss[aient] d’émigrer ».

Depuis la rupture du processus de paix en juillet 2015, plus de 2 300 personnes auraient été tuées et des étendues entières de villes du sud-est de la Turquie ont été réduites en ruines.

Le président du HDP a déclaré qu’il était impératif que les gouvernements internationaux placent les « droits de l’homme » avant le « droit au profit » et qu’ils prennent des mesures contre la Turquie. Dans le cas contraire, a-t-il prévenu, la violence se poursuivra inévitablement.

« Sans égalité des chances et sans une meilleure situation démocratique, nous ne pouvons pas avoir la paix », a-t-il déclaré.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.