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Au Liban, les cas de choléra explosent à travers le pays

Selon les autorités sanitaires, l’épidémie est bien pire que ce qu’indiquent les chiffres officiels et les hôpitaux de la région pauvre du Akkar sont submergés
Le personnel médical soigne une enfant souffrant de choléra dans une salle d’une mosquée convertie en hôpital à Bebnine, dans le Nord du Liban, le 26 octobre 2022 (AFP)
Le personnel médical soigne une enfant souffrant de choléra dans une salle d’une mosquée convertie en hôpital à Bebnine, dans le Nord du Liban, le 26 octobre 2022 (AFP)
Par
BEBNINE, Liban

La première épidémie de choléra en 30 ans au Liban ne cesse de se propager, alors que cette maladie grave et potentiellement fatale se transmet via l’ingestion d’eau et d’aliments contaminés.

Le ministère de la Santé recensait mercredi soir dans son rapport quotidien 41 nouveaux cas et 3 décès supplémentaires dus au choléra en 24 heures, portant le total à 346 cas confirmés et 14 décès.

La majorité des cas sont enregistrés dans le Akkar et la Bekaa, deux régions qui accueillent des milliers de réfugiés venus de Syrie, où une épidémie de choléra balaie des villes telles qu’Idleb et Alep.

Mais des patients sont également hospitalisés dans les villes de Beyrouth et Tripoli ainsi que dans la plupart des autres régions du pays. Des tests effectués sur des échantillons d’eau confirment que le choléra est présent partout au Liban, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 

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Selon un responsable et médecin local, la région septentrionale du Akkar, la plus pauvre du pays, est le foyer de l’épidémie.

« Rien qu’à Bebnine, on dénombre 200 cas par jour », rapporte à Middle East Eye Kifah el-Kasser, maire de la ville et médecin au centre médical al-Iman.

Il prévient que le taux de contamination pourrait en réalité être bien plus élevé que les chiffres du ministère de la santé.

« Rien que cette semaine, on a soigné 1 200 patients », déclare-t-il.

Selon ces estimations, le Liban pourrait compter des milliers de cas sur le plan national, bien au-delà des chiffres officiels. 

Des schémas similaires sont constatés à Halba, le seul hôpital public du Akkar, où 120 patients étaient soignés rien que pour la journée de samedi.

« Nos services sont déjà très tendus et il nous faut accroître nos capacités rapidement pour suivre le rythme des contaminations », confie le directeur de l’hôpital, Mohammad Khadrine, à MEE.

Les services d’urgence sont soumis à une forte pression car les patients arrivent dans un état critique. Le choléra provoque des diarrhées aiguës et des vomissements, les patients sont vite déshydratés. Sans traitement, ils peuvent perdre jusqu’à 50 % de leurs fluides corporels et mourir en l’espace de quelques heures.

« Aux portes de la mort »

Au premier étage de l’hôpital de Halba, les lits sont occupés par des hommes, des femmes et des enfants.

« Ma fille était aux portes de la mort, sa peau avait changé de couleur et ses yeux étaient enfoncés dans leurs orbites », raconte à MEE Qyada Ahmad Murrha, Libanaise originaire de Bebnine.

Heureusement, une simple intraveineuse avec une solution de réhydratation permet généralement aux patients de guérir rapidement.

« Les cas les plus graves peuvent quitter l’hôpital après quelques heures », explique à MEE une infirmière, qui souhaite rester anonyme.

Depuis deux ans, Le Liban est en proie à la pire crise économique de son histoire. Son système de santé, qui était parmi les meilleurs de la région, a aujourd’hui du mal à faire face aux épidémies successives.

Le ministre de la Santé par intérim, Firas Abiad, s’est rendu à l’hôpital public de Halba plusieurs fois ces dernières semaines.

« [L’établissement] est sur le front », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse à l’hôpital samedi, promettant des vaccins pour le personnel hospitalier et 5 millions de tablettes de chlore pour la région afin que les habitants puissent désinfecter leur eau potable. Il a également souligné le « déclin effrayant » du niveau des services essentiels dans le Akkar.

Sur les 145 stations de pompage que compte le Nord du Liban, seules 22 fonctionnent avec l’électricité fournie par le réseau public, a-t-il déclaré, les autres fonctionnent avec une alimentation privée ou sont à l’arrêt. Toutes les rivières du Akkar sont polluées par les déchets et les eaux usées, offrant un environnement idéal pour la propagation du choléra, selon l’OMS

Des enfants autour d’une femme qui fait la vaisselle dans une bassine en plastique dans un camp de fortune pour les réfugiés syriens à Talhayat dans le Akkar, dans le Nord du Liban, le 26 octobre 2022 (AFP)
Des enfants autour d’une femme qui fait la vaisselle dans une bassine en plastique dans un camp de fortune pour les réfugiés syriens à Talhayat dans le Akkar, dans le Nord du Liban, le 26 octobre 2022 (AFP)

Avec un taux de pauvreté de 92 % selon les chiffres de l’ONU, le Akkar est laissé à l’abandon par l’État depuis des décennies, alors que les financements destinés au développement vont principalement à Beyrouth et d’autres grandes villes.

« Il n’y a qu’un seul hôpital et une seule société de ramassage des ordures. Les routes sont en mauvais état et de nombreuses personnes n’ont pas l’eau courante », énumère Nadine Sabah, fondatrice d’Akkar Network for Development, une ONG locale.

« Certaines maisons ont récemment été reliées à l’électricité pour la première fois », ajoute-t-elle.

Camps de réfugiés

Dans les camps de réfugiés syriens, les désastreuses conditions sanitaires font que les eaux usées contaminées vont dans les cours d’eau et contaminent les terres agricoles voisines.

« Nos toilettes ne sont rien de plus qu’un trou dans le sol », indique Hoda Ismail*, Syrienne originaire de Qousseir qui vit dans l’un des camps de réfugiés du Akkar.

« Lorsqu’il pleut, les eaux usées s’écoulent dans les rues où jouent nos enfants. »

« Nos toilettes ne sont rien de plus qu’un trou dans le sol. Lorsqu’il pleut, les eaux usées s’écoulent dans les rues où jouent nos enfants »

Hoda Ismail*, réfugiée syrienne

Dans le quartier de Wadi Jamous à Bebnine, des infections sont signalées dans presque chaque famille.

« Mes cinq enfants sont malades, ma femme également et moi-même je vais mieux après une semaine de diarrhée aiguë », témoigne Mohammad Ibrahim (62 ans), également originaire de Qousseir.

Il ne pouvait payer qu’un seul traitement et a envoyé sa femme à l’hôpital de Halba.

« Je peux à peine payer le loyer de ma tente, alors vous nous imaginez aller voir le médecin tous les sept ? », interroge-t-il.

Le gouvernement s’est engagé à payer les frais de traitement de chaque Libanais malade du choléra tandis que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés couvre les coûts du traitement des ressortissants syriens.

Cependant, la plupart des patients qui se confient à MEE affirment qu’on leur a demandé de payer les tests pour le choléra ou leur admission à l’hôpital.

« Si vous ne pouvez pas payer, ils vous laissent mourir à leur porte », dénonce Hoda Ismail.

* Le nom de la personne interviewée a été modifié à sa demande.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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