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Maroc : de nouvelles condamnations font craindre un enlisement dans le Rif

Les familles des détenus ont annoncé qu'elles ne fêteraient pas l'Aïd al-Adha, fête musulmane célébrée vendredi au Maroc, pour protester contre l'incarcération de leurs proches.
Tensions entre manifestants et forces de l'ordre à Al Hoceima, Maroc, le 6 juin 2017 (MEE/Louis Witter)
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Des commentateurs marocains craignaient ce jeudi un enlisement de la crise à Al Hoceima, épicentre d'un mouvement de contestation dans le Rif (nord du Maroc), après des peines allant jusqu'à vingt ans de prison ferme prononcées contre des activistes.

Le tribunal de première instance d'Al Hoceima a prononcé mardi des peines allant d'un an à vingt ans de prison ferme contre neuf activistes du « Hirak », nom donné localement à ce mouvement populaire né en octobre dernier, et a reporté le procès de vingt-trois autres militants.

Certains ont été jugés coupables d'avoir incendié, fin mars, un bâtiment de la police dans la localité voisine d'Imzouren, autre haut-lieu de la contestation dans le Rif.

Interrogé par l'AFP, Abdessadek El Bouchtaoui, avocat et membre du Comité de défense des détenus d'Al Hoceima, a dénoncé des « peines sévères », « signe d'un procès inéquitable ».

Il a aussi fait état d'un « sentiment de colère » chez les habitants de cette région enclavée et historiquement frondeuse du nord du royaume.

EN IMAGES : À Al Hoceima, la colère ne dort pas la nuit

La presse locale s'est étonnée jeudi du verdict, en particulier de la peine la plus sévère prononcée contre un activiste de 18 ans jugé pour « entrave et gêne de la circulation », « mise à feu volontaire d'un bien d'autrui » et « violences ou voies de fait envers un agent des forces de l'ordre au cours de l'exercice de ses fonctions ».

« Le dossier du Hirak du Rif se complique davantage », estimait jeudi le quotidien Al Massae, alors que Al Ahdath Al Maghribia faisait état d'un « bouillonnement » à Al Hoceima.

« La crise dans le Rif se poursuit, 360 jeunes ont été arrêtés et sont menacés de condamnation à de lourdes peines », écrivait jeudi le quotidien Akhbar Al Yaoum dans un éditorial.

« Depuis des siècles, la justice pénale est aux mains du pouvoir central, elle l'est toujours », a accusé sur Facebook le politologue et historien Mohamed Ennaji.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur indignation, faisant le parallèle avec les condamnations souvent « clémentes » prononcées par la justice marocaine à l'encontre des « pédophiles et des violeurs ».

Les familles des détenus ont annoncé qu'elles ne fêteraient pas l'Aïd al-Adha, fête musulmane célébrée vendredi au Maroc, pour protester contre l'incarcération de leurs proches.

Après un mois de relatif apaisement, la situation s'était de nouveau tendue début août à Al Hoceima, où les appels à manifester se sont multipliés après la mort d'un manifestant.