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Réponse de l’OMS à l’article du Dr Annie Sparrow sur son travail en Syrie

Un porte-parole de l’OMS répond à l’essai du Dr Annie Sparrow dans lequel elle soutient que l’agence est devenue l’apologiste du gouvernement syrien
Elizabeth Hoff, représentante de l’OMS en Syrie, informe le Conseil de sécurité des Nations unies en novembre 2016 (AFP)
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Le 16 janvier, l’édition anglaise de MEE a publié un essai du Dr Annie Sparrow, qui critique l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour avoir donné la priorité aux « relations cordiales avec le gouvernement syrien pour répondre aux besoins les plus urgents du peuple syrien ».

Avant sa publication, nous avons offert à l’OMS la chance de répondre aux commentaires de Sparrow dans son article. Voici les réponses d’un porte-parole de l’organisation :

Middle East Eye : Sparrow soutient que l’OMS est bien consciente du fait que le gouvernement syrien a utilisé la maladie, en laissant notamment la polio se propager, et la privation des soins de santé dans le cadre de sa stratégie de guerre, mais que l’OMS s’applique à ne pas le reconnaître publiquement.

OMS : En ce qui concerne la polio, l’OMS soutient le système d’alerte précoce et de réaction afin de détecter rapidement les épidémies et d’y réagir à travers le pays.

C’est ce même système qui a détecté la propagation de la polio en 2013 et a permis l’élimination rapide de la maladie. Depuis, le système de surveillance des maladies a été renforcé, et il existe désormais plus de 1 600 sites dans tout le pays (1 110 soutenus par l’OMS en Syrie et 535 depuis le centre de Gaziantep), notamment des établissements de santé publics, des médecins libéraux et des services de santé des ONG.

L’accès des convois interorganisations à 18 zones assiégées et 164 zones difficiles d’accès et prioritaires est facilité par le bureau du Coordonnateur humanitaire et le BCAH [Bureau de la coordination des affaires humanitaires].

De janvier à novembre 2016, l’OMS a participé à 64 convois interorganisations vers des sites assiégés et difficiles d’accès en Syrie, fournissant 250 tonnes de fournitures médicales et sanitaires, y compris des trousses sanitaires standard, des médicaments vitaux et essentiels pour le traitement des maladies chroniques, des instruments et équipements médicaux.

Grâce à 29 missions transversales distinctes dans des endroits difficiles d’accès, l’OMS a pu fournir 35 000 traitements supplémentaires, principalement pour les maladies chroniques (insuline, séances de dialyse, trousses de secours).

En outre, les 68 ONG partenaires de l’OMS continuent de fournir des services essentiels de soins primaires, secondaires et post-traumatiques, en particulier dans les zones difficiles d’accès.

Dans sa communication sur la Syrie, l’OMS demande sans cesse un accès sans entrave aux zones assiégées et difficiles d’accès. Le 16 janvier, par exemple, une déclaration conjointe a été publiée par plusieurs agences des Nations unies, dont l’OMS.

MEE : Sparrow soutient que, contrairement aux conclusions de l’avocat de l’OMS, Gian Luca Burci, exprimées dans un courriel du 25 juin 2013, l’OMS a subventionné le ministère syrien de la Défense en achetant des kits de transfusion sanguine, des tests de dépistage des maladies transmises par le sang et du matériel depuis 2014. Non seulement ces biens vitaux ont été remis dans les mains d’un gouvernement qui a longtemps ignoré les principes humanitaires, mais en les fournissant, l’OMS a libéré des fonds du ministère de la Défense permettant leur utilisation pour cibler les hôpitaux, les infrastructures civiles ainsi que l’incarcération et la torture des médecins, actes qui vont à l’encontre des priorités de l’OMS en matière de santé publique.

OMS : L’OMS ne travaille pas directement avec le ministère de la Défense : l’OMS a distribué des kits sanguins et des poches de sang à la Banque nationale du sang par l’intermédiaire du ministère de la Santé et du ministère de l’Enseignement supérieur.

Tous les hôpitaux publics et privés syriens comme ceux tenus par les ONG reçoivent des poches de sang de la Banque nationale du sang par le biais de ses agences dans les gouvernorats. La Banque nationale du sang est la seule entité en Syrie qui est entièrement et exclusivement responsable de la sécurité du sang et des produits sanguins.

Le rapport d’un consultant indépendant datant de décembre 2016 observait « les défis actuels à résoudre pour assurer la disponibilité et la sécurité des transfusions sanguines pour les patients dans le besoin, tant dans les zones gouvernementales que dans les zones tenues par l’opposition, et pour reconnaître les nombreuses lacunes et faiblesses observées qui nécessitent une gouvernance et un leadership compétents afin de s’y attaquer et de les combler. L’assistance fournie jusqu’à présent par l’OMS a grandement contribué à assurer la disponibilité et la sécurité de l’approvisionnement en sang dans le pays. »

Le rapport a également observé « la nécessité urgente de poursuivre le soutien technique et en nature que l’OMS a fourni pour soutenir et développer davantage la disponibilité et la sécurité souhaitées du sang et son utilisation clinique à Damas et dans le pays conformément aux normes et recommandations internationales. »

Les directions responsables du ministère de la Santé et du ministère de l’Enseignement supérieur préparent des plans de distribution mensuels qui indiquent le nombre total de poches de sang requises par les établissements de santé (y compris les hôpitaux publics et ceux gérés par des ONG) pour le mois à venir.

La Banque nationale du sang (par l’entremise de nos partenaires : le ministère de l’Éducation supérieure, le ministère de la Santé et les ONG) fournit à l’OMS des données trimestrielles sur les poches de sang testées et distribuées.

L’OMS lance de nouvelles commandes d’approvisionnement en sang sur la base de ces données. Le personnel de l’OMS visite régulièrement les établissements de santé et interroge le personnel et les patients sur la disponibilité des services de transfusion sanguine et sur la source des approvisionnements en sang. Cette information est comparée aux données fournies par la Banque nationale du sang.

Quand il s’agit de zones assiégées, le besoin en sang sûr est essentiel parce que ces endroits voient souvent un grand nombre de blessures liées au conflit. L’OMS exige systématiquement que le sang préparé par la Banque nationale du sang soit envoyé dans ces régions mais, malheureusement, les fournitures chirurgicales, y compris le sang et les produits sanguins, sont systématiquement rejetées.

MEE : Sparrow se demande si l’OMS a aidé le gouvernement syrien à dissimuler la raison pour laquelle des jumeaux siamois, nés dans la Ghouta orientale en juillet 2016, sont morts le mois suivant. Elle en arrive à cette conclusion parce qu’elle affirme que l’OMS n’a pas rectifié le diagnostic officiel (insuffisance cardiaque) du gouvernement qui, selon elle, était cliniquement incompatible avec leur état à l’époque, n’a pas demandé d’autopsie ni encouragé une évacuation internationale et a plutôt blâmé les parents des jumeaux. Elle affirme qu’il est probable que les jumeaux soient morts après une séparation chirurgicale bâclée.

OMS : Dans le cas des jumeaux siamois, l’OMS a facilité leur évacuation et est ensuite restée en contact étroit avec le Croissant-Rouge arabe syrien, le personnel hospitalier et la famille des enfants.

L’OMS intervient dans plus de 40 pays pour faire face aux situations d’urgence sanitaire humanitaire allant des épidémies aux conflits et aux catastrophes naturelles. Son rôle dans les situations d’urgence est de faciliter et d’appuyer l’action efficace, efficiente et opportune du secteur de la santé afin d’aborder les priorités de santé publique dans le but de sauver des vies et de réduire les souffrances. Elle est chargée de soutenir les ministères de la Santé, de coordonner l’engagement des partenaires sanitaires dans les différents pays, de collecter et d’analyser les informations sanitaires pour éclairer la prise de décisions, et de fournir des recommandations de santé officielles aux autorités sanitaires nationales et aux partenaires sanitaires.

En tant qu’organisme de santé publique, elle ne fournit pas de soins médicaux directs aux personnes.

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.