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Sahara occidental : Rabat se méfie de Horst Köhler

Les rencontres menées par Horst Köhler, envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara occidental, sont scrutées de près par Rabat, qui craint un élargissement des négociations à l'Union africaine, et souhaite que l'Algérie soit davantage impliquée

L'ancien président allemand Horst Köhler, désormais envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara Occidental, multiplie les rencontres avant la rédaction du nouveau rapport du Conseil de sécurité sur le Sahara Occidental (AFP)

RABAT – À Berlin, où il tient son quartier général, à Bruxelles ou à Addis-Abeba, l'ancien président allemand enchaîne les rencontres bilatérales. Il s'est entretenu avec le président de l'Union africaine (UA) et chef d'État rwandais Paul Kagame, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, président de la commission paix et sécurité de l’UA, l’Algérien Smaïl Chergui, ainsi que la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini. 

L'envoyé spécial de l'ONU a également accueilli une délégation du Front Polisario conduite par Brahim Ghali, président de la République arabe et sahraouie démocratique (RASD), une délégation mauritanienne menée par son ministre des Affaires étrangères Isselkou Ould Ahmed Izidbih, ainsi que le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel.

Abdelkader Messahel a rappelé que la question du Sahara occidental, territoire inscrit depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes était « une question de décolonisation dont le règlement doit se fonder sur l’exercice par le peuple du Sahara occidental de son droit inaliénable à l’autodétermination, conformément à la doctrine et à la pratique des Nations unies en la matière. »

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Grand absent de ces rencontres : le Maroc. En réaction aux spéculations faisant état d'une visite prochaine de l'envoyé spécial de l'ONU au Maroc, ou au déplacement du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita à Berlin, ce dernier a démenti l'une et l'autre option dans un entretien accordé au site d'information marocain Alyaoum24.

La diplomatie marocaine a également fait état, officieusement via différents canaux médiatiques, de son refus de voir les négociations élargies à d'autres parties que celles directement concernées par le conflit

La diplomatie marocaine a également fait état, officieusement via différents canaux médiatiques, de son refus de voir les négociations élargies à d'autres parties que celles directement concernées par le conflit.

En s'asseyant à table avec les différents pays et institutions liés au conflit, Horst Köhler souhaite, durant cette première phase qu'il définit comme étant celle de l'écoute des différentes parties concernées, avoir une vue globale sur le conflit.

Le Maroc veut l'Algérie, le Polisario l'Union africaine

Pour Rabat, l'envoyé spécial devrait se conformer à l'esprit du rapport adopté l'an dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU. Ce premier rapport sur le Sahara occidental adopté sous Antonio Guterres, proposait que le processus de négociation soit relancé « avec une nouvelle dynamique et un nouvel esprit », et considérait que «  l’Algérie et la Mauritanie, en tant que pays voisins, peuvent et doivent fournir une importante contribution à ce processus. »

Brahim Ghali, secrétaire général du Front Polisario (AFP)

La volonté d'Antonio Guterres de relancer les négociations « sur la base des consultations avec les États parties et les États voisins, les membres du Groupe des amis du Sahara occidental et le Conseil de sécurité ainsi que d'autres parties prenantes importantes » avait alors trouvé un écho favorable à Rabat, qui souhaite que l'Algérie soit impliquée dans le processus politique.

De son côté, le Polisario considère l'Union africaine parmi les «  parties prenantes importantes » du conflit, et veut que la question soit traitée conjointement par l’Union africaine et l’ONU.

En demandant à ce que le dossier soit traité par l’Union africaine (UA), le Polisario attire le Maroc sur un terrain dont il ne maîtrise pas encore les rouages et les mécanismes.

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Si le Maroc a réintégré l’UA avec notamment pour objectif de faire entendre sa voix au sein de cette institution, le royaume a longtemps rejeté l'implication de l’institution panafricaine dans ce dossier. Maintiendra-t-il longtemps cette position, maintenant qu’il l’a rejointe ? À priori, un refus serait difficile à maintenir et à justifier.

Mais pour le Maroc, « l’adhésion à l’organisation continentale ne signifie pas pour autant une reconnaissance de la part du royaume d’un quelconque rôle de l’UA dans la solution du différend territorial du Sahara occidental. Rabat a toujours privilégié les efforts des Nations unies en vue d'un règlement pacifique de cette question », déclarait une source diplomatique au site d’information marocain Yabiladi. Pour Rabat, l’Union africaine devrait donc s’aligner sur le processus onusien, et ne pas chercher à jouer un rôle dans le conflit.

Pourquoi le Maroc refuse-t-il que l'Union africaine se saisisse du dossier ? Historiquement acquise à la cause sahraouie, l'UA soutient la solution de l'autodétermination du Sahara occidental

Pourquoi le Maroc refuse-t-il que l'Union africaine se saisisse du dossier ? Historiquement acquise à la cause sahraouie, l'UA soutient la solution de l'autodétermination du Sahara occidental. Et l'activisme du Maroc au sein de l'institution ne risque pas de changer de sitôt une position quasiment inscrite dans l'ADN de l'Union africaine.

Le royaume considère donc que Horst Köhler devrait surtout focaliser ses efforts sur l'implication de l'Algérie.

Défilé militaire au Sahara Occidental pour marquer 40 ans de conflit (MEE/Massina Benlakehal)

Le démenti apporté par le Maroc aux rumeurs relatives à une éventuelle reprise des négociations directes avec le Polisario a été l'occasion, pour la diplomatie marocaine, de réaffirmer son refus de toute négociation sans l'Algérie. La participation de l'Algérie ne semble, jusqu'à présent, pas acquise. Le Polisario, lui, se dit ouvert à des négociations directes avec le Maroc.

« Le Maroc a une position claire là-dessus. Avant de faire participer les ensembles régionaux, il doit faire participer les acteurs réels », expliquait une source diplomatique marocaine au site d’information Le Desk. « Ce n’est pas en élargissant le cercle que l’on parviendra à une solution, c’est en veillant à ce que le tour de table reflète les parties prenantes. »

Quoi qu'il en soit, le Maroc garde un œil sur l’échéance d'avril, quand sera élaboré puis adopté le nouveau rapport du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Sahara occidental. Rabat essaie d'éviter, d'ici là, tout faux pas. Mais toutes les parties ont coopéré avec l'envoyé spécial, à l’exception du Maroc, et cela pourrait le pénaliser.