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Une série de production syrienne sur les écrans saoudiens, une première en dix ans

Riyad n’a toujours pas rétabli ses relations avec Damas, mais certains observateurs voient la fin du boycott des séries syriennes comme un signe vers un rapprochement entre les deux pays
Sur le tournage de la série syrienne Sursis (Maa qaid al-tanfdh) à Ashrafieh al-Wadi, dans la banlieue de Damas, le 29 mars 2022 (AFP/Louai Beshara)
Sur le tournage de la série syrienne Sursis (Maa qaid al-tanfdh) à Ashrafieh al-Wadi, dans la banlieue de Damas, le 29 mars 2022 (AFP/Louai Beshara)
Par
DAMAS, Syrie

Une série télé de production syrienne sur la guerre en Syrie est diffusée depuis le début du Ramadan sur la chaîne saoudienne MBC, marquant la fin d’un boycott datant de la rupture entre Ryad et Damas il y a plus de dix ans.

Les feuilletons de production syrienne ont longtemps été prisés dans le monde arabe, notamment pendant le mois de jeûne musulman.

Après la guerre déclenchée en 2011, ils ont disparu des petits écrans des monarchies du Golfe en raison de la rupture des relations entre le régime de Bachar al-Assad accusé de « crimes contre l’humanité », et l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn et le Qatar, qui ont apporté leur soutien aux opposants et rebelles.

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Le conflit, déclenché par la répression de manifestations prodémocratie, a fait un demi-million de morts et poussé à la fuite des millions de personnes.

Fin 2018 et après les victoires successives du pouvoir syrien aidé militairement par l’allié russe, les signes de rapprochement entre les monarchies du Golfe avec Damas se sont multipliés, culminant en mars 2022 avec la visite de M. Assad aux Émirats, un allié de Riyad.

Malgré la rupture, MBC avait maintenu deux feuilletons syriens mais produits par la chaîne saoudienne, dont le très populaire Bab al-Hara.

Et pour la première fois depuis le début du conflit, MBC diffuse depuis début avril et le début du Ramadan Sursis (Maa qaid al-tanfidh), la série de production syrienne.

« Il s’agit du premier drame social [de production] syrienne diffusé sur une chaîne saoudienne » depuis 2011, a déclaré à l’AFP le réalisateur de la série, Seif el-Sbei, imputant le boycott probable des séries syriennes à des « raisons politiques ». 

Une série sur le conflit syrien

Seif el-Sbei a dit espérer que le retour des feuilletons syriens sur les écrans arabes renforcerait la coopération entre les producteurs syriens et les chaînes du Golfe.

Ali Jaber, directeur général du groupe des chaînes MBC, a déclaré à l’AFP que la télévision n’avait « jamais eu de problèmes avec les séries de production syrienne ou des acteurs syriens. La MBC tient à diffuser des drames syriens sur ses écrans et plateformes », pas seulement pendant le Ramadan, mais durant toute l’année.

Affiche de la série syrienne Sursis (réseaux sociaux)
Affiche de la série syrienne Sursis (réseaux sociaux)

La série Sursis, dont le scénario est rédigé par Ali Wajih et Yamen al-Hajali, a été filmée à Wadi Barada, banlieue de Damas et ancien champ de bataille où se sont affrontés rebelles et forces progouvernementales syriennes.

La série raconte le difficile retour des déplacés chez eux, près de Damas.

Dans l’une des scènes, qui dépeint les premières années du conflit, on voit un sympathisant de l’opposition se faisant interrogé par les autorités avant d’être contraint de révéler l’identité d’un autre sympathisant qui se fait arrêter.

M. Hajali ne cache pas sa joie après la diffusion de Sursis sur « l’une des plateformes les plus importantes du monde arabe ».

« Nous avons souffert du boycott depuis des années »

- Yamen al-Hajali, co-scénariste de la série Sursis

« Nous avons souffert du boycott depuis des années. L’art doit être perçu comme de l’art, loin de la politique », a-t-il dit à l’AFP.

L’Arabie saoudite n’a toujours pas rétabli ses relations avec le régime Assad, mais certains observateurs voient la fin du boycott des séries produites en Syrie comme un signe vers un rapprochement entre les deux pays.

« Les restrictions qui ont été imposées sur le domaine artistique à cause de la politique commencent à s’assouplir », selon le chercheur et journaliste syrien Badih Sanij.

« C’est le début d’un long chemin » vers le rétablissement des relations diplomatiques, a indiqué le producteur de Sursis, Ahmed al-Cheikh.

« Les chaînes du Golfe représentent un soutien [financier] essentiel pour les productions télévisées arabes. Nous sommes au début du chemin, et j’espère que cet élan va perdurer. »

Par Maher Al Mounes.