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Algérie-Arabie saoudite : MBS attendu fin juillet à Alger

La dernière visite algéroise du prince héritier saoudien avait suscité l’hostilité de plusieurs médias, intellectuels et partis politiques du pays. Cette année, l’événement coïncidera avec les préparatifs du sommet de la Ligue arabe qu’accueillera l’Algérie début novembre 2022
Une photo fournie par le Palais royal saoudien, le 26 février 2020, montre le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane rencontrant le président algérien Abdelmadjid Tebboune à Riyad (Bandar al-Jaloud/Palais royal saoudien/AFP)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane rencontre le président algérien Abdelmadjid Tebboune à Riyad le 26 février 2020 (Bandar al-Jaloud/Palais royal saoudien/AFP)
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Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, doit entamer, à partir d’aujourd’hui lundi, une tournée régionale qui le conduira en Égypte, en Jordanie et en Turquie, a indiqué un responsable saoudien samedi à l’AFP.

Mohammed ben Salmane doit effectuer mercredi sa première visite en Turquie depuis l’assassinat à Istanbul du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre 2018, une affaire qui avait refroidi les liens entre les deux puissances régionales rivales.

Lors de cette tournée, le prince saoudien « discutera des principaux dossiers régionaux et internationaux » et « plusieurs accords doivent être signés », notamment dans le domaine de l’énergie, a précisé ce responsable qui a requis l’anonymat.

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La tournée régionale de MBS intervient par ailleurs trois semaines avant une visite du président américain Joe Biden en Arabie saoudite, qui devrait consacrer la réhabilitation internationale du prince après avoir été largement isolé à la suite de l’assassinat de Jamal Khashoggi, lequel aurait été approuvé voire commandité par le prince héritier saoudien selon des rapports de la CIA et de l’ONU.

Selon le responsable saoudien, Mohammed ben Salmane est également attendu en Grèce, à Chypre et en Algérie « vers la fin du mois de juillet ». 

La dernière visite du prince héritier à Alger remonte au 2 décembre 2018, dans le cadre d’une tournée qui l’avait mené dans plusieurs pays arabes.

Son accueil par des intellectuels et des médias algériens avait été hostile alors que les autorités alors présidées par Abdelaziz Bouteflika lui déroulaient le tapis rouge. Une pétition, signée par des membres de la société civile algérienne – près d’un millier de signataires – s’opposait à la visite à Alger de Mohammed ben Salmane.

« À cause des nombreuses victimes qui, comme nos frères du Yémen, doivent ressentir notre solidarité d’Algériens dignes de songer à leur vulnérabilité, les autorités algériennes sont interpellées pour ne pas convenir à des crimes non encore élucidés », soulignait la pétition.

Hostilité de la société civile et de l’opposition

Plusieurs médias algériens et des partis politiques de l’opposition avaient également dénoncé cette visite, rappelant le sort du journaliste Khashoggi quelques semaines plus tôt. Le Parti des travailleurs l’avait qualifiée de « mauvaise blague » et de « grosse provocation », tandis que le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) s’était interrogé sur l’empressement d’Alger à dérouler le tapis rouge à MBS alors que pesaient sur lui des présomptions de culpabilité dans la disparition de Kashoggi.

Proche des Frères musulmans, Abderrazak Mokri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), s’était aussi prononcé contre la venue du prince héritier saoudien, évoquant « la mort d’enfants et de civils au Yémen ». « En vérité, accueillir le prince héritier durant cette période n’est favorable ni à l’image de l’Algérie, ni à sa réputation », avait-il déclaré.

Cette année, la visite algéroise de MBS coïncidera avec les préparatifs du prochain sommet de la Ligue arabe qu’accueillera l’Algérie début novembre 2022.

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Après une longue léthargie diplomatique causée en bonne partie par la maladie du président déchu Abdelaziz Bouteflika, Alger veut marquer de son empreinte ce sommet qui permettra d’aborder notamment l’épineuse question du retour de la Syrie dans le giron de la Ligue arabe, d’où ce pays est exclu depuis 2012.

L’autre sujet que veut imposer Alger est son projet initié en février dernier de concrétiser une véritable union de toutes les factions et organisations palestiniennes. Des réunions entre différents groupes palestiniens ont eu lieu de février à avril à Alger, en toute discrétion, afin de finaliser un accord d’unité qui serait proclamé à l’occasion du sommet de novembre.

La visite de ben Salmane – précédée par celle du secrétaire général de la Ligue, l’Égyptien Ahmed Aboul Gheit, attendu ce lundi à Alger, pour discuter avec les Algériens des préparatifs du sommet arabe – permettra aux deux pays pivots arabes « d’approfondir les discussions » autour de ce rendez-vous, selon des observateurs.

Alger souhaite en outre clarifier ses positions vis-à-vis du Maroc, avec lequel les relations diplomatiques ont été rompues à cause du dossier du Sahara occidental et du rapprochement de Rabat avec Israël.   

Riyad reste en effet un allié de poids du Maroc et a réitéré récemment sa position de soutien à l’option marocaine d’autonomie pour le Sahara occidental, laquelle est rejetée par Alger et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario.

L’Algérie, de son côté, tient à raffermir ses relations avec l’Arabie saoudite. En février 2020, la première visite du président Abdelmadjid Tebboune à l’étranger après son élection avait été consacrée à l’Arabie saoudite.