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Des groupes israéliens d’extrême droite prévoient de nouvelles violences contre les Palestiniens

Des captures d’écran des discussions de groupes israéliens d’extrême droite sur Signal et WhatsApp révèlent leur projet de nuire aux Palestiniens, tandis qu’Amnesty International dénonce l’inaction du gouvernement israélien
Capture d’un vidéo diffusée par la chaîne publique Kan 11, le 12 mai 2021, qui montre un groupe d’Israéliens d’extrême droite attaquer un Palestinien sur le front de mer à Bat Yam, près de Tel Aviv (Kan 11/AFP)

Les groupes israéliens d’extrême droite prévoient d’organiser d’autres attaques contre des Palestiniens en Israël, selon les messages d’un groupe de discussion qu’a pu consulter MEE jeudi, après une nuit d’agressions, de répression par les forces de sécurité israéliennes et de morts à travers Israël, en Cisjordanie, à Jérusalem et à Gaza.

« Apportez de tout, des couteaux, de l’essence », indique un message dans un groupe de discussion baptisé « The Underground Unit » – qui semble hébergé sur Signal et comporte plusieurs centaines de membres. « N’ayez pas peur, nous sommes les élus. »

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« Bon travail à Bat Yam hier », se félicite un autre message, en référence aux violences qui se sont produites dans cette banlieue de Tel Aviv et au cours desquelles un Palestinien a été violemment attaqué en direct à la télévision israélienne. « Aujourd’hui, on y retourne pour foutre le bordel à 18 h. Rassemblement en bord de mer. »

Des groupes d’extrême droite tels que Lehava et La Familia prévoient également des attaques à Jérusalem selon Haaretz.

Jeudi après-midi, la police israélienne a demandé aux parents d’« assumer leurs responsabilités » vis-à-vis de leurs enfants et de les empêcher de participer aux violences qui secouent le pays, a rapporté le journal.

Dans une autre publication, apparemment sur WhatsApp, d’un groupe baptisé Israel People Alive Haifa, un message transféré donne l’emplacement d’une marche palestinienne à Tel Aviv. « Dès que vous voyez un Arabe, poignardez-le », ordonne le message. « Venez équipés de drapeaux, de battes, de couteaux, d’armes, de poings américains, de planches en bois, de spray au poivre, tout ce qui pourrait les blesser. Nous restaurerons l’honneur du peuple juif. »

Des vidéos postées jeudi soir semblaient confirmer que des Israéliens d’extrême droite se dirigeaient vers les quartiers de Tel Aviv mentionnés dans le groupe.

Jeudi, Haaretz a rapporté que le Shin Bet (les renseignements israéliens) avait reçu des informations concernant des projets d’attaques contre des Arabes dans les villes mixtes d’Israël par des membres de l’extrême droite.

Dans un autre groupe de discussion, également sur WhatsApp, un membre a écrit : « Il nous faut des cocktails molotov. À la mosquée. Pour les faire trembler. Nous brûlerons leurs maisons, leurs voitures, tout. »

Quelqu’un dans le groupe a suggéré de se réunir à Halisa, un quartier de Haïfa, dans le nord du pays.

« Des bouteilles en verre vides, des t-shirts, quelques litres d’essence », a écrit quelqu’un, listant les ingrédients pour constituer un cocktail molotov.

Après la publication d’une kyrielle de captures d’écran de messages similaires sur internet, Amnesty International Israel a envoyé une lettre aux autorités israéliennes jeudi, les exhortant à « agir contre les plateformes qui permettent les incitations aux crimes de haine, notamment les groupes sur les réseaux sociaux et sur les applications de messagerie ».

« La commission de crimes de haine violents voire meurtriers justifie de les considérer comme des plateformes d’incitation à la violence qui doivent être surveillées sinon fermées », écrit Amnesty dans sa lettre, précisant que cela pourrait réduire « les horribles lynchages d’Arabes contre les juifs et de juifs contre les Arabes ».

« Nous nous sommes adressés à la police plusieurs fois déjà mardi », poursuit la lettre, « et nous avons transmis les nombreuses preuves concrètes d’organisation d’actes de représailles contre des Arabes à travers le pays. »

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Par ailleurs, l’ONG de défense des droits humains réclame des autorités qu’elles désignent l’organisation d’extrême droite Lehava – dont les partisans ont initié les récentes violences – comme une organisation terroriste.

Le chef de Lehava, Benzi Gopstein, a appelé ses partisans à se rendre dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est pour « aider » les habitants juifs à se défendre contre des agresseurs palestiniens, signalait Haaretz ce jeudi. Des colons israéliens s’en sont pris à des Palestiniens dans le quartier mercredi soir – 51 personnes ont été hospitalisées.

Fake Reporter, site israélien qui traque la désinformation, a publié hier des captures d’écran de groupes d’extrême droite en train de coordonner des attaques contre des Palestiniens.

Dans un fil sur Twitter, Fake Reporter a écrit : « Ces informations ont été transmises à la police israélienne avant l’explosion des violences le 12 mai. Personne n’a été arrêté préventivement. Les violences de la nuit dernière auraient pu être empêchées. »

« On a observé une bombe à retardement : des groupes visant spécifiquement des civils arabes en Israël, incitant à la violence, rassemblant des armes et des informations sur des commerces tenus par des Arabes et ainsi de suite. »

« Des groupes ont commencé à s’organiser pour se rendre à Ramla, Lod, Bat Yam, Afoula, Haïfa, Tibériade, Jérusalem, et dans d’autres villes dans le but déclaré d’attaquer des Arabes. »

Parmi les captures d’écran de divers groupes de discussion d’extrême droite, figurent les messages suivants : « Aujourd’hui, nous sommes des nazis » ou encore, « aujourd’hui nous sommes shahid », utilisant le terme arabe pour « martyr ».

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Les pires scènes de violences se sont produites dans des villes israéliennes à minorité arabe, où semblent vivre les expéditeurs de message consultés par MEE. De nombreuses vidéos ont circulé sur internet montrant des agressions qualifiées de « lynchages », et des brutalités policières sur fond de manifestations palestiniennes.

Des gangs de jeunes ont jeté des pierres et ont pillé des magasins appartenant à des Palestiniens. Ce genre de scène s’est répété dans plusieurs villes.

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Par exemple, des images virales sur les réseaux sociaux semblent montrer un groupe d’Israéliens qui tente de s’introduire dans une maison palestinienne à Haïfa.

Alors que la famille réussit à repousser l’attaque initiale, la police fait irruption dans la maison et arrête et passe à tabac plusieurs de ses habitants.

MEE n’a pas pu vérifier de manière indépendante ces images, mais il y a eu de nombreux signalements de violences entre Palestiniens et juifs israéliens à Haïfa au cours des derniers jours.

Ailleurs, une vidéo vue par Middle East Eye montre un groupe d’Israéliens, – dont certains portent des drapeaux nationaux – jeter des pierres sur une voiture palestinienne. Une autre montre un groupe d’Israéliens s’en prendre à une ambulance israélienne, qui aurait transporté un Palestinien.

Des images d’Acre montraient quant à elles un groupe d’Israéliens scandant « Mort aux arabes » en hébreu.

Dans une autre vidéo, également d’Acre, des forces de sécurité israéliennes s’éloignent d’un Palestinien immobile au sol, les yeux fixés vers le plafond, dans un immeuble d’habitation.

Attention : la vidéo contient des images susceptibles de heurter la sensibilité des spectateurs.

Le quotidien israélien Haaretz a rapporté que cinq Palestiniens dans la ville avaient sérieusement blessé un trentenaire juif, après que la police eut demandé aux commerçants palestiniens de fermer les magasins en raison des attaques attendues de la part des Israéliens d’extrême droite.

À Bat Yam, une banlieue de Tel Aviv, un Palestinien a été tiré hors de sa voiture et lynché pendant un reportage en direct à la télévision israélienne. L’homme, âgé de 33 ans, a été soigné dans la nuit et son état de santé s’est amélioré selon Haaretz.

Des photos de lui, trop explicites pour être publiées sans son consentement, montrent une profonde plaie par perforation et un énorme œdème au visage.

Fake Reporter a indiqué dans son fil sur Twitter mercredi que les attaques à Bat Yam avaient été organisées sur l’un des groupes Facebook qu’il surveillait. « L’un de ses membres a écrit : ‘’Apportez des poings américains, des clubs de golf, des couteaux, venez préparés’’, ‘’Tuez-les un par un’’ », selon l’organisme.

Les Israéliens d’extrême droite avaient précédemment écumé la ville, attaquant des commerces arabes et scandant des slogans racistes, selon Haaretz.

À Lod, appelée Lydd par les Palestiniens, où un couvre-feu a été annoncé mercredi, une vidéo montre un groupe d’Israéliens brandissant des drapeaux et défilant vers le centre-ville – accompagnés par les forces de sécurité.

Des juifs israéliens ont provoqué des Palestiniens en approchant de la tente dressée pour la veillée funèbre de Moussa Hassouna, un manifestant palestinien abattu lundi soir. Les trois suspects israéliens arrêtés après son meurtre ont été relâchés jeudi ; leur arrestation avait été décriée par d’importants politiciens israéliens.

Toujours à Lod, un juif a été abattu et deux autres ont été poignardés, a rapporté Haaretz, tandis qu’une vingtaine de personnes ont été emmenées au centre médical Shamir. Plus d’une vingtaine de personnes auraient été arrêtées.

La police dit avoir répondu à des incidents violents dans de nombreuses villes, notamment Lod, Acre et Haïfa selon l’AFP.

La correspondante de MEE, Lubna Masarwa, a rapporté que des groupes d’Israéliens tentaient d’attaquer des Palestiniens dans des villages dans le « triangle nord », où vit environ un tiers des citoyens palestiniens d’Israël.

Des troubles ont également été rapportés dans le sud d’Israël. Dix-neuf juifs ont été arrêtés pour trouble à l’ordre public selon Haaretz, ainsi que trois Arabes, après que des centaines de juifs israéliens ont défilé dans la ville de Beersheba, scandant également « Mort aux Arabes ».

Le ministre de la Défense israélien Benny Gantz a ordonné un « renforcement massif » de la police aux frontières à travers le territoire jeudi, affirmant : « Nous sommes en état d’urgence », selon Haaretz.

Les violences ont continué dans la nuit de jeudi à vendredi, des ultra-nationalistes israéliens ont notamment parcouru les quartiers palestiniens de Lod, où ils ont tiré des coups de feu en direction d’une mosquée, alors que les fidèles priaient, et d’un certain nombre de maisons, ce qui a conduit à des affrontements armés avec des Palestiniens, selon des médias palestiniens.

Dans le même temps, à Haïfa, la police israélienne a employé des bombes assourdissantes et du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants palestiniens et a procédé à au moins 30 arrestations – dont celle d’un garçon de 10 ans – de personnes qui étaient rassemblées dans la rue al-Nabi pour parer aux attaques des colons. 

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Des colons en voiture et à moto ont fait irruption dans le quartier de Wadi al-Jamal, dans la ville côtière, où ils ont tiré à balles réelles et lancé des bombes assourdissantes en direction d’habitations palestiniennes, a rapporté Arab48, citant une source locale. La police israélienne a également blessé par balle un Palestinien de 18 ans et violemment dispersé des manifestants à divers endroits de la ville.

Les Palestiniens ont formé des comités populaires et civils à Haïfa pour « défendre les quartiers palestiniens » à la suite des agressions à répétition orchestrées par les colons contre les Palestiniens dans les villes mixtes sous la protection de la police israélienne. 

Par ailleurs, un colon a poignardé et blessé légèrement un Palestinien de 23 ans près de la ville de Kafr Manda, en Basse Galilée.

À Nazareth, les forces de police ont effectué une descente au domicile de la famille Abbas dans le quartier d’al-Safara, tandis que le centre-ville a été le théâtre d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, lors desquels plusieurs Palestiniens ont été arrêtés.

Au cours des dernières 24 heures, au moins 374 Palestiniens ont été arrêtés dans des villes et villages palestiniens en Israël pour avoir pris part à des manifestations, selon des médias palestiniens.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.