Aller au contenu principal

Muna et Mohammed al-Kurd, célèbres militants palestiniens de Sheikh Jarrah, interpellés

Les jumeaux sont devenus des icônes de la lutte palestinienne contre l’expansion des colons israéliens à Jérusalem-Est occupée
Muna et son frère Mohammed al-Kurd ont promis de s’opposer à l’ordonnance imminente d’un tribunal israélien les obligeant à quitter leur domicile à Jérusalem (MEE & AFP)
Muna et son frère Mohammed al-Kurd ont promis de s’opposer à l’ordonnance imminente d’un tribunal israélien les obligeant à quitter leur domicile à Jérusalem (MEE & AFP)
Par

Les forces israéliennes ont interpellé dimanche la militante et journaliste Muna al-Kurd, 23 ans, à son domicile du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, selon des images publiées en ligne par ses amis, avant de la relâcher après plusieurs heures d’interrogatoire.

« Leur intimidation ne nous fera pas peur », a-t-elle déclaré aux journalistes après sa libération. « C’est [une tentative de] museler les voix. »

Traduction : « Les premiers instants de l’arrestation de l’icône palestinienne Muna al-Kurd par les forces israéliennes, après une prise d’assaut de sa maison à Sheikh Jarrah ce matin. »  

Son frère Mohammed al-Kurd, qui compte plus de 550 000 abonnés sur Instagram et 180 000 autres sur Twitter, était absent au moment de l’interpellation mais a reçu une convocation et s’est présenté dans l’après-midi à un commissariat de Jérusalem-Est occupée.

Traduction : « Mohammed al-Kurd doit être interrogé par la police. Il ne sera pas réduit au silence et nous continuerons à défendre nos maisons, nos familles et toutes les personnes arrêtées ! N’oubliez pas que l’audience du tribunal au sujet des maisons se tient dans deux jours, nous n’avons pas confiance en leur système judiciaire, continuez à faire pression ! »

Nasser Odeh, l’avocat de la famille, a confirmé que la police avait arrêté Muna al-Kurd pour « troubles à l’ordre public », incluant participation à des « émeutes », et indiqué que son frère était toujours sous enquête.

Muna et Mohammed, dont la famille vit sous la menace d’une expulsion imminente, à Karm al-Jaouni dans le quartier Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est occupé, sont devenus des icônes de la lutte palestinienne contre l’expansion des colons israéliens. 

Ils mènent chaque jour, en anglais et en arabe, une intense campagne sur les réseaux sociaux autour du hashtag #SheikhJarrah afin d’attirer l’attention du monde sur le sort de familles palestiniennes menacées d’expulsions ou déjà expulsées de leurs maisons.

« Faire taire la voix des jeunes »

Dans des déclarations à l’agence de presse palestinienne Wafa, Nabil al-Kurd, le père, a déclaré que les forces israéliennes avaient pris d’assaut leur maison « de manière provocante » avant d’arrêter sa fille Muna et de délivrer un mandat d’arrêt contre son frère Mohammed al-Kurd, qui n’était pas à la maison au moment de l’arrestation.

Il a ajouté que les forces israéliennes avaient emmené sa fille au poste de police dans le centre de Jérusalem et que cette arrestation « fait partie d’une opération qui vise à terroriser les parents et faire taire la voix des jeunes qui se sont élevées dans le quartier. »

En réponse à une demande de commentaire de Middle East Eye, le porte-parole du département de la police israélienne à Jérusalem a déclaré : « La police a arrêté en vertu d’une ordonnance du tribunal un suspect de 23 ans, une résidente de Jérusalem-Est, soupçonnée d’avoir participé à des émeutes et à des manifestations violentes qui ont eu lieu récemment dans le quartier de Sheikh Jarrah. La suspecte a été emmenée au poste de police pour une enquête plus approfondie. »

Cette arrestation survient alors que samedi soir, la correspondante arabophone d’Al Jazeera Givara Budeiri et le photographe Nabil Mazzawi ont été interpellés et retenus plusieurs heures par la police israélienne alors qu’ils couvraient les manifestations dans le quartier de Sheikh Jarrah à l’occasion du 54e anniversaire de la Naksa.

Traduction : « Les forces israéliennes ont attaqué des journalistes d’Al Jazeera, et retenu la correspondante Givara Budeiri, samedi après-midi, alors qu’ils couvraient les événements dans la banlieue de Sheikh Jarrah. »

La reporter, qui portait une veste pare-balle siglée du mot « press » au moment de son interpellation, a rapporté avoir été libérée à la condition de ne pas retourner dans le quartier de Sheikh Jarrah dans les quinze prochains jours.

« Le ciblage systématique de nos journalistes est en violation complète des conventions internationales », a réagi le directeur général par intérim de la chaîne, Mostefa Souag.

Au cours des dernières semaines, plusieurs journalistes, dont un photographe de l’AFP, ont fait état de violences contre la presse à Jérusalem-Est occupée. 

Vendredi, au moins 23 personnes auraient été blessées à la suite d’une répression par les forces israéliennes contre des participants à un marathon qui s’est déroulée à Jérusalem-Est occupée.

Traduction : « « Les forces d’occupation israéliennes ont blessé de nombreux Palestiniens aujourd’hui. Ils ont été généreux avec les grenades assourdissantes et les ont jetées entre nos jambes. Parmi les blessés se trouvait un infirmier. Les colonisateurs ciblent et continuent de cibler les médecins. »

« Je ne quitterai pas ma maison »

S’adressant à MEE à la suite des tensions du mois dernier, Muna al-Kurd a affirmé qu’elle refusait l’ordonnance du tribunal.

« Je m’enchaînerai dans ma chambre s’ils venaient à faire une descente dans notre maison pour nous expulser de force », a-t-elle déclaré. « Je ne quitterai pas ma maison à Sheikh Jarrah. »

La famille Al-Kurd est confrontée au harcèlement israélien depuis 2001, trois ans après la naissance de Muna, lorsqu’une partie de sa maison a été fermée et ses clés confisquées en prélude à l’installation des colons. La moitié de la maison familiale est occupée par des colons depuis 2009.

« Nous ne partirons pas » : les femmes de Sheikh Jarrah tiennent tête aux Israéliens
Lire

Le quartier historique de Sheikh Jarrah est habité par des descendants de réfugiés palestiniens expulsés de leurs villes et de leurs villages par les milices sionistes lors de la Nakba palestinienne de 1948. 

Au moins treize familles ont reçu l’ordre de quitter leurs maisons depuis mai. Parmi elles, 58 personnes sont menacées d’expulsion de leurs maisons où elles vivent depuis des générations.

Les forces israéliennes ont violemment réprimé les manifestations de solidarité à Sheikh Jarrah et dans d’autres villes palestiniennes d’Israël le mois dernier, et ont attaqué la mosquée al-Aqsa. 

En représailles, le Hamas a tiré des roquettes sur Israël et Israël a bombardé Gaza.

Au moins 248 Palestiniens ont été tués par les bombardements israéliens sur Gaza, tandis que 29 ont été tués en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est par les forces israéliennes. Deux autres citoyens palestiniens d’Israël ont été tués par des tirs israéliens au cours de la même période.

En Israël, des roquettes tirées depuis Gaza ont tué au moins douze personnes.

Traduit de l’anglais (original).