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Enquête pour crimes de guerre en Libye : de nouveaux corps exhumés des charniers de Tarhounah

Des centaines de cadavres ont été récupérés depuis le retrait des forces de Haftar de cette ville de l’ouest du pays, selon les derniers chiffres communiqués par le GNA
Des membres du Croissant-Rouge libyen et de l’Autorité générale pour la recherche et l’identification des personnes disparues récupèrent des corps dans une fosse commune à Tarhounah (Twitter/@Burkanly)
Des membres du Croissant-Rouge libyen et de l’Autorité générale pour la recherche et l’identification des personnes disparues récupèrent des corps dans une fosse commune à Tarhounah (Twitter/@Burkanly)
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Note de la rédaction : cet article contient des images susceptibles de heurter la sensibilité de certains lecteurs. 

En Libye, l’heure est à la découverte de détails plus sombres sur les atrocités qui auraient été commises par des milices alliées au général renégat Khalifa Haftar avant leur retrait le mois dernier de Tarhounah, dans l’ouest du pays.

Des responsables ont indiqué à Middle East Eye que des centaines de corps ainsi que des restes humains avaient été retrouvés depuis que le Gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli a repris Tarhounah à l’Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée de Haftar le 5 juin.

« Ces cimetières comptent des centaines de corps, dont ceux de femmes et d’enfants. Le gouvernement pense que ces victimes ont été tuées par la milice de Haftar », a déclaré un responsable du GNA.

Traduction : « Une autre fosse commune trouvée à #Tarhounah, certaines photos montrent des corps avec les mains liées. Depuis mardi, l’Autorité générale pour la recherche et l’identification des personnes disparues et le Croissant-Rouge libyen, la branche de Misrata, récupèrent des corps. Celui d’une fillette de 12 ans a été retrouvé avec les mains attachées. »

« Du 5 juin au 28 juin, nous avons trouvé 208 corps et les restes d’un nombre inconnu d’autres victimes. »

Des photos datant du 10 juin, consultées par MEE, montrent des corps ensevelis dans le sable à faible profondeur, dont certains semblent avoir été enfouis les mains liées. D’autres photos montrent des parties de corps, notamment des jambes et des bras.

Abdul Aziz al-Jaafari, porte-parole de l’autorité chargée de la recherche et de l’identification des disparus, a indiqué que des examens médico-légaux étaient en cours sur les cadavres et les parties de corps dans le but de les identifier.

Les forces du GNA ont également retrouvé au moins 158 corps, dont ceux de femmes et d’enfants, à l’hôpital de Tarhounah quelques heures après que les forces de Haftar ont fui la ville, selon des responsables du GNA qui ont précisé que ces personnes semblaient avoir été exécutées et que les corps présentaient également des signes de torture.

Le nombre de corps retrouvés augmente de jour en jour.

Possibles preuves de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité 

Lundi, le bureau de presse de l’opération militaire menée par le GNA contre les forces de Haftar, baptisée Burkan al-Ghadab (« Volcan de la colère »), a indiqué que la recherche de sites présumés de charniers se poursuivait.

Vingt-cinq corps ainsi que d’autres restes carbonisés ont été retrouvés dans les quartiers sud de Tripoli attaqués par les forces de Haftar, tandis que cinq corps en décomposition ont été récupérés dans un puits dans le secteur d’al-Awa, a indiqué le bureau de presse.

Selon ses estimations, 221 corps au total ainsi qu’un nombre indéterminé d’autres parties de corps ont été retrouvés.

La découverte des charniers a attiré l’attention de la Cour pénale internationale (CPI).

Dans une déclaration du 22 juin, la procureure de la CPI Fatou Bensouda a déclaré que son bureau avait « été informé de source sûre de l’existence de onze charniers présumés de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants ».

« Il pourrait s’agir de preuves de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité », a-t-elle soutenu. « Je demande aux autorités libyennes de faire le nécessaire pour protéger et préserver ces charniers et veiller à ce que toutes les mesures qu’elles prendront ne nuisent pas à la conduite de futures enquêtes. »

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La déclaration de Fatou Bensouda est intervenue après que le Premier ministre du GNA Fayez al-Sarraj a invité la CPI à envoyer une équipe à Tarhounah pour enquêter sur les allégations de « crimes de guerre » commis par les forces de Haftar.

Human Rights Watch a également demandé à Haftar d’enquêter sur les allégations de violations commises par ses forces, notamment des actes des torture, des exécutions sommaires et la profanation de corps de combattants ennemis.

Les allégations portent sur le comportement des Kaniyat, une milice basée à Tarhounah et alliée à Haftar qui a été officiellement incorporée à l’ANL en tant que 7e brigade, que la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) a liée en mars à des centaines de cas de disparitions forcées, d’actes de torture et d’assassinats signalés dans la ville.

Le commandant local des Kaniyat, Mohsin al-Kani, a été tué lors d’une frappe aérienne en septembre 2019.

Muhammad Abdul Salam Ali affirme que les forces de la milice ont tué ses trois fils, son beau-fils et un ami de la famille (MEE)
Muhammad Abdul Salam Ali affirme que les forces de la milice ont tué ses trois fils, son beau-fils et un ami de la famille (MEE)

Muhammad Abdul Salam Ali, un homme d’une soixantaine d’années, a expliqué à MEE que des miliciens non identifiés étaient entrés chez lui et avaient tué ses trois fils, son beau-fils et un ami de la famille.

« La milice a tué mes enfants à côté de cette voiture rouge », a-t-il raconté en montrant du doigt une vieille voiture rouge garée dans la cour de sa maison.

« J’étais malade et j’étais assis à l’intérieur, je ne savais pas d’où venaient les tireurs. Ils ont dit qu’ils étaient des militaires sans donner aucune autre information sur eux, puis ils ont emmené mes trois fils dans l’arrière-cour à côté de la voiture et ils les ont tués. »

Ses fils s’appelaient Faraj Mohamed (né en 1984), Abdulsalam Mohamed (né en 1986) et Ammar Mohamed (né en 1990).

Meurtres, pillages et incendies

Les atrocités présumées commises à Tarhounah ne sont pas les premiers agissements des forces de Haftar faisant l’objet d’une enquête de la CPI.

En 2017, elle a émis un mandat d’arrêt contre Mahmoud al-Werfalli, un commandant de l’ANL, que les procureurs accusent d’avoir personnellement commis ou directement ordonné les assassinats de 33 personnes entre 2016 et 2017 dans la ville de Benghazi, dans l’est du pays, ce qu’ils considèrent comme un crime de guerre.

La CPI a émis un second mandat d’arrêt contre Werfalli en 2018 suite à l’exécution présumée de dix personnes à Benghazi en janvier 2018.

Les milices alliées au GNA ont également été accusées de pillages, d’incendies criminels et d’exécutions extrajudiciaires à Tarhounah et dans d’autres secteurs repris le mois dernier à l’ANL.

Des images de tirs sur le domicile familial de Mohsin al-Kani ont été diffusées sur les réseaux sociaux, tandis qu’un activiste local a rapporté à MEE que des combattants du GNA avaient abattu un lion et des gazelles que l’ancien chef de milice conservait dans un zoo privé.

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« Tout ce que vous entendez à propos de ce qui se passe à Tarhounah est vrai – les meurtres, les pillages, les incendies », a déclaré le mois dernier à MEE un habitant qui a fui vers la périphérie de la ville.

« Tout est brûlé et détruit et tout a été volé. Nous nous attendons à ce que toutes les personnes associées à l’ANL qui seront capturées soient assassinées, et il y a déjà eu de nombreuses arrestations. »

Tarhounah a été la base de lancement de l’assaut contre Tripoli de Haftar, établi dans l’est du pays, au début de l’année 2019.

Haftar est soutenu par des pays comme la Russie, les Émirats arabes unis et l’Égypte, mais ses forces ont subi une série de revers depuis que la Turquie a envoyé des forces en novembre pour soutenir le GNA et sont principalement repliées à Syrte, une ville du centre du pays.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.