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Dialogue interlibyen : Paris et Le Caire, proches de Haftar, lancent une nouvelle initiative

La France et l’Égypte s’engagent à « neutraliser » la Turquie dans la crise libyenne, quitte à gêner les processus onusiens de règlement de crise
Certains observateurs s’interrogent sur la pertinence et le timing d’une telle initiative franco-égyptienne (AFP)
Certains observateurs s’interrogent sur la pertinence et le timing d’une telle initiative franco-égyptienne (AFP)
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Paris lancera, avec Le Caire, une nouvelle initiative politique pour la Libye, a annoncé l’ambassadeur français en Égypte Stéphane Romatet.

Dans une interview au journal égyptien Shourouk publiée le samedi 10 octobre, le diplomate explique que « la France considère l’Égypte comme un partenaire principal pour la stabilité de la région et le règlement des conflits ».

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Tout en critiquant la Turquie qui, selon lui, obéit à « un agenda de déstabilisation de la région », Stéphane Romatet évite de commenter les négociations interlibyennes – militaires de Hurghada (Égypte), institutionnelles de Bouznika (Maroc) et politiques de Genève (Suisse).  

Cette nouvelle initiative française coordonnée avec Le Caire devrait, selon l’ambassadeur, pousser toutes les parties libyennes à adopter un agenda politique commun et imposer un cessez-le-feu permanent.

Le Caire accueille depuis dimanche 11 octobre une nouvelle série de pourparlers entre les deux administrations libyennes rivales représentées respectivement par les membres de la Chambre des représentants basée dans la ville de Tobrouk (nord-est) et ceux du Haut Conseil d’État basé à Tripoli (ouest). 

Certains observateurs s’interrogent sur la pertinence et le timing d’une telle initiative franco-égyptienne, d’autant que Le Caire est clairement engagé dans le soutien au maréchal Khalifa Haftar, une des parties au conflit. De son côté, Paris soutient discrètement l’homme fort de l’Est libyen.   

D’autres estiment que le véritable objectif de cette initiative, comme l’analyse le professeur de droit international égyptien Sayyed Abou al-Khir, « est de neutraliser la Turquie et l’éloigner de tout règlement politique ».

Un autre dialogue algéro-tunisien

L’annonce française intervient alors que le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian se rendra jeudi en Algérie pour plaider pour l’organisation d’une réunion des voisins de la Libye.

« Nous avons des canaux de discussion historiques, je pense à la Tunisie, l’Algérie, l’Égypte, le Tchad et le Niger, le Soudan un petit peu pour pouvoir organiser une rencontre des voisins de la Libye qui accompagnerait le processus dit processus de Berlin », a-t-il déclaré le 7 octobre à l’Assemblée nationale. 

Elle intervient aussi alors que Tunis s’est engagé à organiser un dialogue politique interlibyen, début novembre en Tunisie, sous l’égide des Nations unies. 

L’annonce française intervient au moment où Tunis s’est engagé à organiser un dialogue politique interlibyen

Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, qui devra se rendre en Tunisie après le référendum constitutionnel du 1er novembre prochain dans son pays, « a salué l’organisation par la Tunisie du dialogue interlibyen ».

Le dialogue de Tunis, qui débutera le 26 octobre par visioconférence, se poursuivra début novembre en face-à-face.

Il réunira de nombreux membres du Parlement de Tobrouk et du Haut Conseil d’État, ainsi que des participants sélectionnés par l’ONU représentant la « diversité » du pays, selon Stephanie Williams, émissaire par intérim des Nations unies en Libye. « L’objectif de cette réunion est d’arriver à des élections nationales », a-t-elle souligné.

Alger avait annoncé, en juillet, une initiative algéro-tunisienne et réitéré sa vision sur le règlement de la crise libyenne le 10 octobre à l’occasion d’un discours du chef de l’État : « L’Algérie poursuit ses efforts permanents pour aider les frères en Libye à trouver de bonnes solutions politiques qui passent, impérativement, par l’organisation d’élections débouchant sur des institutions souveraines loin des ingérences et des conflits internationaux qui ne feront qu’aggraver la situation dans la région. »

Interrompu à maintes reprises depuis les accords de Skhirat (Maroc) en décembre 2015, le processus politique libyen a été mis à mal par l’offensive militaire du maréchal Haftar qui a tenté, sans succès d’avril 2019 à juin 2020, de prendre le contrôle de Tripoli.