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EXCLUSIF : Les ressortissants du Moyen-Orient alimentent une manne de plus d’un milliard de dollars en échange de la citoyenneté turque

Selon des chiffres obtenus par MEE, près d’un millier de personnes, originaires pour la plupart de pays de la région, ont profité du nouveau système de « citoyenneté par investissement » d’Ankara depuis septembre
Un nombre croissant de ressortissants des pays voisins de la Turquie profitent de son système de « citoyenneté par investissement » (AFP)
Par
ANKARA, Turquie

Middle East Eye est en mesure de révéler que près d’un millier de ressortissants étrangers, originaires pour la plupart des pays du Moyen-Orient, ont obtenu la citoyenneté turque en échange d’un investissement dans le pays depuis septembre dernier.

Les statistiques du ministère turc de l’Intérieur montrent que plus d’un milliard de dollars ont été investis en Turquie par le biais de dépôts en espèces ou d’achats de propriétés, ce qui a facilité la naturalisation de ressortissants de ses voisins du Moyen-Orient.

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En juillet, 1 700 demandes supplémentaires étaient en attente, la plupart d’entre elles émanant de ressortissants iraniens, irakiens, yéménites, afghans, syriens, palestiniens, jordaniens et égyptiens.

Conformément à la loi turque, les étrangers peuvent déposer 500 000 dollars sur un compte bancaire turc en s’engageant à y laisser cet argent pendant au moins trois ans ou acheter un bien d’une valeur supérieure à 250 000 dollars.

Des responsables turcs ont déclaré à MEE qu’après une vérification minutieuse de leurs antécédents et des questions relatives à la sécurité (ce qui peut prendre jusqu’à cinq mois), les demandeurs obtiennent un certificat de naturalisation.

Le gouvernement turc a ratifié une nouvelle loi l’année dernière pour attirer des liquidités dans le pays, qui a récemment connu une récession. Des experts préviennent que le pays pourrait retomber en récession plus tard cette année, mais des statistiques récentes montrent que le programme d’investissement a mieux fonctionné que prévu.

Les chiffres de l’Institut turc de la statistique (TUIK) indiquent que les achats de biens par des étrangers ont également augmenté au cours des six premiers mois de 2019 par rapport à l’année précédente. Les citoyens irakiens et iraniens, qui pourraient utiliser ces achats pour obtenir la citoyenneté, arrivent en tête de liste avec des augmentations respectives de 90 % et de 150 %.

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« Les ressortissants des pays du Moyen-Orient s’intéressent de plus en plus à l’acquisition de la citoyenneté », déclare à Middle East Eye Muhammet Yasir Taflan, avocat basé à Istanbul et spécialisé dans l’immigration par investissement.

« Les Irakiens veulent immigrer parce qu’ils pensent que leur pays ne se normalisera jamais. Les Iraniens n’aiment pas l’oppression dans leur pays d’origine – ils veulent la liberté culturelle et économique. 

« La plupart des gens veulent devenir citoyens turcs parce que, d’une manière ou d’une autre, ils pensent que la Turquie est une société ouverte et plus européanisée », ajoute-t-il.

Les étrangers obtenant la citoyenneté turque dans le cadre du programme « citoyenneté par investissement » ont les mêmes droits et devoirs que tout citoyen turc, à la seule différence qu’ils doivent attendre cinq ans avant de pouvoir voter.

Concernant le service militaire, obligatoire en Turquie pour les jeunes hommes, la loi stipule que les personnes âgées d’au moins 21 ans au moment où elles ont obtenu la citoyenneté sont considérées comme ayant satisfait à leur obligation en la matière, tandis que les plus jeunes ont la possibilité d’être exemptés s’ils prouvent qu’ils ont accompli leur service militaire dans leur pays d’origine.

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Bien que beaucoup dans la région considèrent la Turquie comme un refuge, des articles indiquent qu’un boycott d’Ankara est déjà en cours en Arabie saoudite en raison des conséquences du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul par un commando saoudien.

L’ambassade saoudienne à Ankara a averti mercredi les voyageurs que le vol de passeport et la petite délinquance augmentaient dans le pays.

Les arrivées de visiteurs saoudiens en Turquie ont chuté de 30 % au cours des cinq mois de 2019.

Les données obtenues par MEE montrent toutefois que plus d’une douzaine de Saoudiens ont obtenu la citoyenneté turque par le biais d’investissements et que d’autres attendent que les contrôles de sécurité soient terminés.

« Les Saoudiens veulent la citoyenneté turque parce qu’ils ont peur du prince héritier [Mohammed ben Salmane] », affirme Maître Taflan. « Ils sont vraiment mécontents du climat politique dans le pays. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.