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Libye : Al Jazeera enquête sur l’appui égyptien et émirati à Haftar 

Documents secrets à l’appui, la chaîne qatarie a démontré l’ampleur du soutien logistique et militaire du Caire et d’Abou Dabi au profit de l’offensive du maréchal libyen contre Tripoli 
Le maréchal Khalifa Haftar, commandant de l’autoproclamée Armée nationale de libération (AFP)
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Rares sont les images d’une Libye en guerre perpétuelle. Dimanche 10 novembre, un documentaire exclusif d’Al Jazeera a plongé les téléspectateurs dans les méandres des combats aux alentours de la capitale, Tripoli, qui a subi l’offensive du maréchal Khalifa Haftar et de son Armée nationale de libération (ANL).

« Distance zéro », le documentaire d’Al Jazeera, a surtout révélé un document secret du ministère égyptien des Affaires étrangères, datant du 26 mai 2017, prouvant l’appui de forces armées soudanaises à Haftar. 

Le même document évoque les avertissements du président tchadien, Idriss Déby, à Haftar, le prévenant contre le danger que représente l’emploi de ces milices soudanaises. Selon le document des Affaires étrangères égyptiennes, l’ex-chef de la diplomatie tchadienne, Ibrahim Hassan Taha, a précisé que ces milices avaient rapporté vers le Soudan des blindés militaires du sud libyen.

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Quelques temps après l’offensive de Haftar contre Tripoli, et selon les investigation d’Al Jazeera, des satellites ont repéré, le 23 avril 2019, un important déploiement de véhicules militaires dans la base égyptienne près de la bourgade de Sollum, principal passage vers le voisin libyen. 

Des images satellite ont aussi permis de découvrir une nouvelle route reliant la base militaire égyptienne de Othmane à la ville libyenne de Tobrouk. 

Autre preuve de l’appui égyptien aux opérations militaires de Haftar : la découverte du trajet d’un avion cargo militaire égyptien, un C-130, quittant l’espace aérien libyen le 18 juin 2019. L’avion répétera quatre fois les aller-retours, usant de brouilleurs de radars, entre sa base en Égypte et, probablement, la base de Tamenhent contrôlée par les forces de Haftar. 

Un autre document, secret cette fois-ci, émanant des services de renseignement militaires égyptiens indiquent que des hommes du maréchal Haftar ont bénéficié d’entraînements, sous encadrement russe, dans une base militaire près de la frontière libyenne et de la ville de Sollum.

Des drones de fabrication chinoise

Le ministre de l’Intérieur du Gouvernement d’union nationale (GNA, soutenu par l’ONU), Fathi Bachagha, a confirmé aux enquêteurs du documentaire que le plus gros du matériel militaire de Haftar provenait d’Égypte, notamment les munitions, et que les Émiratis ont, pour leur part, fourni des drones de fabrication chinoise et des missiles. 

Ces drones Wing Loong de fabrication chinoise ont joué un rôle important dans les six mois de l’offensive de Haftar contre Tripoli, confirme l’enquête d’Al Jazeera. 

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En plus de leurs capacités de reconnaissance aérienne, ces drones ont été munis de différents systèmes d’armement, comme les missiles à guidage laser. 

Le 26 juillet 2019, pour rappel, l’aviation du Gouvernement d’union nationale a bombardé la base aérienne d’al-Jafra au centre de la Libye, ciblant les drones émiratis et deux Illiouhcine II-76 servant pour le transport de munitions et de mercenaires au profit des forces du maréchal Haftar.   

En septembre, le ministère libyen des Affaires étrangères a porté plainte à l’ONU contre les Émirats arabes unis les accusant de vouloir renverser le GNA.

Le 7 novembre, un rapport confidentiel d’experts de l’ONU chargés du contrôle de l’embargo sur les armes en Libye a accusé la Jordanie, la Turquie et les Émirats arabes unis de violer cet embargo. 

Les experts onusiens ont aussi identifié « la présence de groupes armés tchadiens et soudanais en soutien aux forces affiliées au GNA et à l’ANL ». « Bien que les capacités militaires des deux parties aient apparemment été renforcées, l’impact des groupes armés étrangers sur le règlement du conflit est resté en réalité limité », précisent toutefois les experts. 

Remis le 29 octobre aux quinze membres du Conseil de sécurité, le rapport assure que « les parties des deux côtés ont reçu des armes et de l’équipement militaire, du soutien technique et des avions de combat non libyens en violation de l’embargo sur les armes ».