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Cessez de traiter Israël comme un État au-dessus des lois et mettez fin à l’annexion

Les plans et actions de Trump et Netanyahou ne constituent pas seulement une attaque contre les Palestiniens, mais une attaque contre la communauté internationale dans son ensemble, écrit le secrétaire général de l’OLP pour Middle East Eye
Un manifestant palestinien non armé face à des soldats israéliens au poste de contrôle de Tayasir, près de la ville cisjordanienne de Tubas, le 25 février (Reuters)

À quelques jours du 1er juillet, date à laquelle la coalition gouvernementale en Israël a convenu de déclencher le processus d’annexion de pans de la Cisjordanie occupée, il est devenu clair pour le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et l’équipe du président américain Donald Trump que leur prochaine mission coloniale sera plus difficile à exécuter.

Les campagnes mondiales, la position ferme du monde arabe, les perspectives d’une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) et les efforts sans précédent du Congrès, ainsi que les actions citoyennes importantes aux États-Unis, sont autant d’éléments qui n’ont pas été pris en considération lorsque l’équipe de Trump a établi le plan d’annexion d’Israël.

Même pour certains des plus proches alliés de l’administration américaine actuelle, comme le camp évangélique pro-israélien, l’annexion d’Israël n’est pas une priorité. Les voix évangéliques contre l’annexion aux États-Unis se font de plus en plus entendre. 

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De même, de nombreuses voix juives américaines de premier plan se sont fermement opposées à l’annexion, qui, si elle avait lieu, pourrait compromettre leur soutien sacré et bipartite au lobby israélien à Washington. Il y a quelques jours, plus d’une centaine de membres démocrates du Congrès ont signé une lettre contre l’annexion, tandis que le candidat démocrate à la présidence Joe Biden a exprimé sa propre opposition à ce sujet.

Tous les acteurs régionaux, ainsi que tous les pays arabes ayant des liens étroits avec Washington, ont mis en garde contre les plans d’Israël. Ils ont été clairs sur le fait que l’annexion allait à l’encontre de leurs intérêts nationaux.

Le secrétaire général de la Ligue arabe a joué un rôle important dans les efforts diplomatiques. L’Union européenne a aussi clairement indiqué que l’annexion aura une incidence négative sur ses relations avec Israël. Alors pourquoi les États-Unis et Israël persisteraient-ils dans cette voie ?

« Maintenant ou jamais »

Trump et son équipe ont rejeté le droit international et les résolutions de l’ONU en tant qu’outils pour le rétablissement de la paix et ont soutenu, à la place, certaines des positions les plus dures d’Israël. Pour les partisans de l’annexion, c’est un moment historique et leurs objectifs à court terme sont clairs.

Les élections américaines de novembre poussent ce camp à dire : « C’est maintenant ou jamais. » La cohorte messianique représentée par l’ambassadeur américain David Friedman estime sincèrement que ce moment marquera son héritage.

Dans leurs calculs, il est également possible que le principal partenaire commercial d’Israël, l’Union européenne, ne soit pas en mesure d’imposer des sanctions. Ils comptent sur des gouvernements comme celui de l’Allemagne, qui, tout en déclarant fermement que l’annexion est une violation du droit international, a également demandé à la CPI de ne pas mener d’enquête sur les crimes israéliens.

OLP Palestine
Un manifestant tient une pancarte hostile au président américain Donald Trump lors d’un rassemblement organisé par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), le 22 juin (Reuters)

Alors qu’Israël ne cesse de réitérer son intention d’annexer, aucun pays n’a encore pris de mesures concrètes telles que le rappel de son ambassadeur en Israël ou la convocation des ambassadeurs israéliens sur son territoire. En outre, vendredi dernier, aucun pays de l’UE n’a voté en faveur d’une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU appelant à la prise en compte de principes fondamentaux de justice pour les violations israéliennes en Palestine.

Plusieurs étapes

Notre position reste inchangée : l’arrêt de l’annexion est faisable. Mettre fin à l’illégale occupation de peuplement israélienne est également réalisable. Nous avons pris plusieurs mesures dans cette optique, notamment la fin de tous les accords bilatéraux intérimaires après des années de violations systématiques par Israël.

Notre position reste inchangée : l’arrêt de l’annexion est faisable. Mettre fin à l’illégale occupation de peuplement israélienne est également réalisable

Il y a quelques jours, des milliers de Palestiniens ont été rejoints par des dizaines de diplomates à Jéricho pour dire non à l’annexion et oui à la liberté pour la Palestine : une image puissante qui a montré le rejet unanime de l’annexion en dehors de la bulle Trump-Netanyahou.

La résolution 3414 de l’ONU de 1975 priait « tous les États de cesser de fournir à Israël toute aide militaire ou économique tant qu’il continuera à occuper les territoires arabes et à refuser de reconnaître les droits nationaux inaliénables du peuple palestinien ». En 2004, l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) sur le mur d’annexion a également inclus un ensemble de responsabilités pour la communauté internationale.

Si cela avait été mis en œuvre, Israël ne parlerait pas aujourd’hui de l’annexion. Les appels à l’annexion rappellent la nécessité de rendre des comptes, et de sanctionner.

Notre vision de la paix a été détaillée au Conseil de sécurité de l’ONU et est fondée sur le droit international et les résolutions pertinentes des Nations unies.

Cela exige des mesures audacieuses pour réaffirmer le soutien international à cette formule, y compris la reconnaissance de l’État de Palestine, et cesser de traiter Israël comme un État au-dessus des lois. L’une de nos demandes est la tenue d’une conférence de paix internationale.

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Ni Trump ni Netanyahou ne s’attendaient à des condamnations ou des contestations majeures de leurs plans d’annexion. Mais il est entendu que leurs actions ne sont pas seulement une attaque contre les droits du peuple palestinien, mais une attaque contre la communauté internationale dans son ensemble.

Tandis que le monde se prononce haut et fort contre l’annexion, nous continuerons à travailler en coordination avec les acteurs internationaux, des gouvernements et Parlements à la société civile, pour mettre fin, par des mesures concrètes, aux tentatives d’Israël de perpétuer l’apartheid en Palestine.

- Saeb Erekat est le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le négociateur en chef pour la Palestine.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Saeb Erekat
Dr. Saeb Erekat is the Secretary General of the Palestinian Liberation Organization (PLO) and Palestine’s Chief Negotiator