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Malgré un secteur de la santé en crise, la Tunisie réussit à contenir la pandémie

Conscient des faiblesses de ses infrastructures médicales, le pays a misé sur la prévention et mobilise tous les moyens disponibles
Le pays compte un nombre limité de cas de COVID-19 et de décès : il y en avait respectivement 909 et 38 au 23 avril (AFP)
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TUNIS, Tunisie

Pas d’afflux massif vers les hôpitaux. Un confinement salué par les professionnels. Pas de pénurie en matériel. Après un mois de confinement, la Tunisie, qui a pris très tôt des mesures fortes pour tenter d’empêcher la propagation de la pandémie de COVID-19, réfléchit à l’amélioration d’un système de santé dont la fragilité a aussi été mise en évidence par la crise.

« Il y a des pays, comme certains pays africains, qui n’ont pas suffisamment de moyens. Ce qu’on leur demande, c’est d’optimiser leurs moyens », confiait fin février à Middle East Eye Chokri Hamouda, à ce moment-là directeur général des soins de santé de base, alors que la Tunisie ne comptait aucun cas.

Dès le 24 janvier, une politique de prévention a été lancée avec le suivi des voyageurs en provenance des zones à risque et l’incitation à l’auto-isolement pour éviter l’effondrement des infrastructures médicales, délaissées durant des années.

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« Aucun gouvernement ne s’est intéressé au secteur, les budgets sont de plus en plus réduits », explique à MEE Samira Merai, ministre de la Santé entre 2016 et 2017, qui dirige désormais le service de pneumologie du CHU de La Rabta, à Tunis.

« Mais aujourd’hui on a l’opportunité de lancer des réformes, on est mis à l’épreuve. »

Dans cette crise sanitaire où l’efficacité d’un système de santé est évaluée, entre autres, au nombre de lits de réanimation dont il dispose, la Tunisie peut mieux faire.

Pour rattraper ce retard, de l’aide est venue d’un peu partout. Des artisans ont travaillé gracieusement, des particuliers ont fait des dons, tout cela a permis d’augmenter, en quelques semaines seulement, les capacités de la Tunisie.

« À l’hôpital de La Rabta, on a été aidés par le secteur privé, les hommes d’affaires, pour équiper notre unité COVID », raconte Samira Merai. « On a réaménagé l’hôpital, on a pris les lits du service chirurgie et les respirateurs du bloc opératoire pour recevoir les malades. »

La riposte s’organise et aujourd’hui, le pays compte un nombre limité de cas et de décès. Il y en avait respectivement 909 et 38 au 23 avril.

« Par rapport au mois de mars, il y a une baisse du nombre de personnes qui consultent, du nombre de malades arrivant dans un état grave ou moins grave, une baisse des appels au SAMU et des demandes d’intervention à domicile », souligne le Dr Jalila Ben Khelil, adjointe du chef de service et membre de la commission scientifique conseillant le gouvernement, à l’AFP.

« On ne peut pas dire si on a passé un pic, mais parallèlement à cette diminution, il y a des indices épidémiologiques » évoquant une « maîtrise en cours », affirme-t-elle.

Disparités du système médical

À l’aide d’un plan anti-Ebola créé en 2014, « on a pris des mesures très en amont » et « prenant en considération ce qu’on voyait ailleurs, pour ne pas faire les mêmes erreurs », explique-t-elle.

« C’est une réussite de tout le monde. Les autorités locales ont bien compris la gravité de la situation, le ministère de la Santé a anticipé et le système de santé, qui est basé sur la prévention, a bien réagi. Il y a eu une certaine symbiose entre tout le monde », analyse Mohamed Hedi Souissi, le secrétaire général du syndicat national des médecins, des pharmaciens et des médecins dentistes de la santé publique, relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT).

Il se dit « optimiste », tout en n’étant « pas satisfait à 100 % », et s’il laisse de côté, pour l’instant, les revendications de son secteur, il faudra bien aborder les sujets qui fâchent en sortie de crise, estime-t-il. Et sûrement faire le bilan de la mobilisation du secteur privé, qui a pu sembler réticent à mettre ses moyens à disposition de l’État.

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La pandémie, qui a tendance à renforcer les inégalités territoriales, a également mis en lumière celles liées au secteur de la santé. Entre le littoral développé du nord-est et les zones déshéritées du centre et du sud, les disparités du système médical sont criantes.

Face à cette réalité, les autorités ont opté pour une forme de décentralisation de la prise en charge. Le ministère de la Santé a appelé les autorités de chaque région à mettre en place une structure publique capable d’accueillir les patients gravement atteints, mais les moyens ne suivent pas.

À Sidi Bouzid (centre) par exemple, le docteur Bouderbala Nciri, médecin généraliste et président de la section locale de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), se charge de l’inventaire, rapidement expédié : « On a six lits en réanimation à l’hôpital régional dont seulement deux sont fonctionnels », pour une population de plus de 400 000 habitants au sein du gouvernorat.

« Heureusement, des hommes d’affaires de la région se sont mobilisés et ont fait des dons », explique-t-il à MEE.

« Une clinique privée en cours de construction a mis à disposition un lit tout équipé et une ambulance. Une usine de produits laitiers a fourni deux lits. Des agences bancaires ont donné de l’argent pour aider au financement des infrastructures, surtout en réanimation. »

Le gouvernement a annoncé un allègement à partir du 4 mai des fortes restrictions de sortie qui ont paralysé l’économie.