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Mansour Abbas, le leader islamiste qui pourrait devenir faiseur de roi en Israël

Mansour Abbas a appelé les Palestiniens en Israël à repenser leurs alliances politiques et à s’ouvrir aux partis juifs
« Puisque je veux la paix et que Netanyahou ne veut pas la guerre, nous pourrions discuter », a déclaré Mansour Abbas en janvier (AFP)

« Puisque je veux la paix et que Netanyahou ne veut pas la guerre, nous pourrions discuter », a déclaré Mansour Abbas en janvier (AFP)

Mansour Abbas, chef de la Liste arabe unie, parti islamiste conservateur également connu sous son sigle hébreu Raam, pourrait être le nouveau faiseur de roi en Israël.

Les quatrièmes élections israéliennes en l’espace de deux ans se sont conclues, une fois de plus, sans vainqueur clair. Le Likoud du Premier ministre Benyamin Netanyahou devrait remporter 30 des 120 sièges du Parlement israélien, la Knesset, mais a besoin d’en avoir 61 pour former un gouvernement de coalition.

Si Netanyahou parvient à bricoler une coalition de droite, les cinq sièges qui devraient revenir à Raam pourraient amener le Premier ministre actuel à franchir ce seuil au Parlement et lui offrir un autre mandat à la tête du gouvernement.

Mansour Abbas, qui est né en 1974 dans la petite ville galiléenne de Maghar, dans le nord d’Israël, se considère avant tout comme un citoyen israélien – quelqu’un d’origine musulmane issu d’un milieu religieux et culturel arabe vivant dans l’État d’Israël.

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Par le passé, il a appelé les citoyens palestiniens d’Israël à repenser leurs alliances politiques et à s’ouvrir aux partis juifs, qu’ils soient nationalistes, religieux ou ultra-orthodoxes, si leurs politiques servaient les intérêts de leur communauté.

Abbas, qui a étudié la médecine dentaire à l’Université hébraïque de Jérusalem, a été élu à la Knesset en septembre 2019 sur la Liste unifiée, une alliance politique qui représente les citoyens palestiniens en Israël, lesquels constituent 20 % de la population du pays.

En 2007, il a été élu cadre au sein du Mouvement islamique (antenne du sud), avant de prendre la tête de Raam, le groupe politique du Mouvement islamique, pour se présenter aux élections israéliennes. Cette année-là, Raam a tout juste passé le seuil des 3,5 % des suffrages, remportant 149 000 voix, soit seulement 7 000 de plus que le seuil requis.

Mansour Abbas a fait sortir Raam de la Liste unifiée en janvier dernier, laquelle était devenue le 3e et 4e plus important bloc politique à la Knesset depuis 2015. Les sondages de sortie des urnes montrent que la Liste unifiée a subi un revers politique en raison de la faible participation de l’électorat dans les villes palestiniennes, ne remportant que 6 sièges par rapport au 15 obtenus lors des élections de 2020.

« Aucun engagement envers un bloc ou candidat quelconques »

En octobre 2020, Mansour Abbas a fait un premier pas vers le bloc de Netanyahou et le Likoud. À la Knesset, il a voté en faveur du blocage de l’enquête parlementaire sur l’une des affaires de corruption impliquant Netanyahou.

Il s’est aussi montré chaleureux envers les partis juifs ultra-orthodoxes, tandis qu’il s’en est pris aux partis israéliens de gauche : « Qu’est-ce que j’ai à voir avec la gauche ? … [en ce qui concerne la religion], je suis de droite », a-t-il déclaré.

Cependant, Abbas a affirmé mercredi que Raam n’avait « aucun engagement envers un bloc ou candidat quelconques […] Nous ne sommes dans la poche de personne, que ce soit à droite ou à gauche. »

Il a toutefois précisé qu’il avait plus en commun avec les partis juifs ultra-orthodoxes conservateurs tels que Shas et Judaïsme unifié de la Torah qu’avec les partis socialistes et libéraux tels que Meretz.

« La plupart du temps, les partis arabes se classent automatiquement à gauche, sans considération pour les sujets d’importance », a confié Abbas au Jerusalem Post.

« Nous devons nous repositionner vis-à-vis de l’ensemble de l’échiquier politique israélien et non d’un seul côté. Nous ne sommes pas dans la poche de la gauche ou de la droite »

Mansour Abbas, leader de Raam

« Pour moi, cette approche n’est pas la bonne et nous devons nous repositionner vis-à-vis de l’ensemble de l’échiquier politique israélien et non d’un seul côté. 

« Nous ne sommes pas dans la poche de la gauche ou de la droite. Nous devons agir dans l’intérêt de la société arabe qui nous a choisis », estime-t-il. 

Il appelle les Palestiniens d’Israël à se faire embaucher aux plus hautes fonctions du service public et réclame une meilleure politique de logement ainsi que la reconnaissance des villages bédouins « non reconnus » du Néguev. Il critique l’inaction de la police israélienne vis-à-vis de la criminalité et des gangs armés

En matière de politique étrangère, Mansour Abbas soutient la solution à deux États et s’est prononcé contre les accords de normalisation israéliens avec les Émirats arabes unis et Bahreïn, expliquant qu’il le faisait pour « insister sur le fait qu’il ne s’agit pas d’accord de paix avec les Palestiniens ».

Il pense que « quand il y aura un véritable accord avec les Palestiniens, il y aura de véritables accords avec les 55 pays musulmans ».

Toutefois, Mansour Abbas a flirté avec la controverse en février lorsqu’il a qualifié de « terroristes » les prisonniers politiques palestiniens dans les geôles israéliennes. L’Autorité palestinienne a condamné ces déclarations, les qualifiant d’« embarrassantes et honteuses », et défendant les prisonniers palestiniens, symboles de « l’honneur, de l’héroïsme et de la fierté ».

Inclinaison vers Netanyahou

En décembre, Netanyahou a tenté de nouer un partenariat arabo-juif afin de remporter les suffrages dans les villes palestiniennes en Israël. 

Mansour Abbas a fait l’éloge de Netanyahou le mois suivant, affirmant qu’ils avaient suffisamment de choses en commun pour nouer un dialogue. « Puisque je veux la paix et que Netanyahou ne veut pas la guerre, nous pourrions discuter », a-t-il indiqué.

Cette semaine, Mansour Abbas a indiqué que son parti « cherchait une représentation significative des Arabes israéliens » de façon à « pouvoir influencer la prise de décision ».

Interrogé sur l’éventualité de rejoindre un gouvernement formé par Netanyahou ou le dirigeant de l’opposition, Yaïr Lapid, il a répondu : « Nous travaillerons avec quiconque nous tend la main. Je n’exclus pas cette possibilité. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.