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Pour le roi du Maroc, difficile équilibre entre sa présidence du Comité al-Qods et le nouveau partenaire israélien 

Rabat a publié samedi 16 avril un communiqué pour condamner « l’agression flagrante » des « forces d’occupation israéliennes » sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est occupée
Rabat « considère que cette agression flagrante et cette provocation méthodique durant le mois sacré du Ramadan ne fera qu’attiser les sentiments de haine et d’extrémisme et réduire à néant les chances de relance du processus de paix dans la région » (AFP)
Rabat « considère que cette agression flagrante et cette provocation méthodique durant le mois sacré du Ramadan ne feront qu’attiser les sentiments de haine et d’extrémisme et réduire à néant les chances de relance du processus de paix dans la région » (AFP)
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Le Maroc, pays arabe ayant normalisé ses relations avec Israël, a dénoncé samedi « l’agression flagrante » des « forces d’occupation israéliennes » sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est occupée, théâtre de violents affrontements la veille entre policiers israéliens et Palestiniens.

Le royaume « exprime sa ferme condamnation et sa forte dénonciation de l’incursion des forces d’occupation israéliennes dans la mosquée al-Aqsa, la fermeture de ses portes et l’agression des fidèles désarmés dans l’enceinte de la mosquée et sur ses esplanades », a indiqué le ministère marocain des Affaires étrangères dans un communiqué.  

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Plus de 150 Palestiniens ont été blessés vendredi lors de ces heurts, et une dizaine de personnes ont été blessées dimanche matin, faisant craindre un embrasement dans les territoires palestiniens. 

Rabat « considère que cette agression flagrante et cette provocation méthodique durant le mois sacré du Ramadan ne feront qu’attiser les sentiments de haine et d’extrémisme et réduire à néant les chances de relance du processus de paix dans la région », est-il ajouté. 

Le roi Mohammed VI, président du Comité Al-Qods, chargé de contribuer à la sauvegarde des lieux saints musulmans à Jérusalem, a ordonné de communiquer cette « condamnation » « directement au chef du bureau de liaison israélien à Rabat », a précisé le ministère. 

Jérusalem, « une ligne rouge »

Le comité pour Jérusalem a été créé en 1975 par l’Organisation de la conférence islamique (OCI), elle-même créée six ans plus tôt à Rabat à la suite de l’incendie qui avait ravagé, en août 1969, la mosquée al-Aqsa. Lors de la dixième conférence islamique des ministres des Affaires étrangères, tenue à Fès en 1979, le Comité Al-Qods a été placé sous la présidence de Hassan II puis, à la mort de ce dernier, sous celle de son fils Mohammed VI.

Mais selon un bilan des vingt dernières années réalisé en 2019 par l’Agence Bayt Mal Al-Qods (BMAQ), bras financier du comité, seules trois sessions ont eu lieu depuis 2000, la dernière datant de 2014.

Au Maroc, il est entendu que Jérusalem « est une ligne rouge », pour reprendre les termes du Parti de la justice et du développement (PJD, islamistes), mais depuis le rétablissement, fin 2020, des relations diplomatiques avec Israël, le royaume se retrouve dans une position d’équilibriste.

Rabat a par ailleurs appelé l’ONU et la communauté internationale « à intervenir d’urgence pour mettre un terme à ces violations et agressions contre le peuple palestinien ».

En février 2020, l’intellectuel Abdelwahab Rafiki rappelait dans Middle East Eye que le Maroc avait toujours soufflé le chaud et le froid sur la question palestinienne.

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« D’un côté, le Maroc est un pays arabe et musulman, qui préside en plus le Comité Al-Qods, sachant que la cause palestinienne bénéficie d’un large soutien populaire au Maroc. De l’autre, le royaume a de bonnes relations avec les différentes puissances internationales qu’il veut maintenir sachant que l’épineux dossier du Sahara [occidental] a besoin d’un soutien international », résumait-il avant même la normalisation, en soulignant que cela avait pour conséquence de produire « des positions ambivalentes ».

Les accords de normalisation n’ont pas abouti à la réalisation de ce qui avait été annoncé par les quatre pays (Bahreïn, Maroc, Soudan et Émirats arabes unis), à savoir que ces conventions seraient une garantie pour arrêter la colonisation et suspendre l’annexion officielle des territoires palestiniens.