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Et si, pour une fois, on parlait des musulmanes comme modèles de réussite ?

Un livre destiné à la jeunesse, sorti le 30 avril, présente 30 portraits de musulmanes pionnières, combattives et audacieuses qui se sont illustrées dans le sport, la science, l’art ou la politique
Élise Saint-Jullian, journaliste spécialisée en droits des femmes et des religions (à droite), et LK. Imany, illustratrice (MEE/Linda Rachdi)
Élise Saint-Jullian, journaliste spécialisée en droits des femmes et religions (à droite), et LK. Imany, illustratrice (Linda Rachdi)
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« Je voudrais qu’en lisant ce livre, on oublie pendant quelques instants le voile que portent certaines femmes musulmanes, qu’on s’intéresse à qui elles sont, à leurs réussites et à ce qu’elles apportent à la société. » Élise Saint-Jullian, journaliste spécialisée en droits des femmes et religions, publie avec l’illustratrice LK. Imany Musulmanes du monde. À la rencontre de femmes inspirantes, aux éditions Faces cachées

Ce livre graphique destiné à la jeunesse – à partir de 11 ans – présente 30 portraits de musulmanes célèbres, comme la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum, la députée américaine Ilhan Omar ou la journaliste yéménite lauréate du prix Nobel de la paix Tawakkol Karman, mais aussi moins connues. 

Musulmanes du monde. À la rencontre de femmes inspirantes (Faces cachées)

On fait ainsi la connaissance de Burçin Mutlu-Pakdil, une astrophysicienne turque ayant donné son nom à une galaxie, ou de Fatima al-Fihriya, une Tunisienne qui fonda la plus ancienne université au monde, au IXe siècle. 

Les héroïnes de ce livre ne sont pas toutes contemporaines. Haifaa al-Mansour, la première femme réalisatrice et scénariste en Arabie saoudite, dont le film Wadjda avait été sélectionné pour les Oscars en 2014, côtoie ainsi de manière inattendue Lalla Fatma N’Soumer, une résistante algérienne qui combattit la France à la fin du XIXe siècle. 

« J’ai choisi des femmes qui viennent d’une vingtaine de pays différents pour montrer la diversité des femmes musulmanes, mais aussi davantage de figures contemporaines, avec lesquelles les jeunes s’identifient plus facilement », explique à Middle East Eye Élise Saint-Jullian. 

Transgresser les codes

Bien qu’elles aient vécu à des époques différentes, ces femmes ont en commun d’avoir voulu à un moment se dépasser pour transcender leur condition et parfois transgresser les codes imposés par leurs sociétés. À l’instar de Touria Chaoui, la première aviatrice marocaine et du monde arabe, qui a non seulement réussi à intégrer une école de pilotage réservée à l’élite coloniale française mais aussi à pénétrer dans le monde de l’aviation, encore largement dominé par les hommes, et d’autant plus à son époque.  

« La plupart du temps, les musulmanes sont ‘’invisibilisées’’ parce que noyées dans une masse d’articles polémiques, notamment autour du voile. Ici, tous ces parcours vont à l’encontre des clichés véhiculés sur les musulmanes », poursuit l’auteure, convertie à l’islam.

« Elles sont actives, elles prennent leur destin en main et elles ne sont oppressées par aucun homme. Oum Kalthoum a même été aidée par son père, qui l’habillait en garçon pour qu’elle puisse monter sur scène et qui l’a accompagnée jusqu’au Caire pour qu’elle fasse carrière ! »

Musulmanes du monde. À la rencontre de femmes inspirantes (Faces cachées)

Alors qu’en Afghanistan, les informations qui nous sont relayées sur les femmes sont souvent dramatiques, l’auteure nous fait découvrir l’histoire de Shamsia Hassani, première street-artiste afghane « qui a redonné vie et couleurs aux murs de Kaboul abîmés par les guerres successives ». Une jeune femme qu’on n’attend pas dans un pays comme celui-ci, souvent montré du doigt concernant les droits des femmes. Shamsia Hassani enseigne aujourd’hui à l’université de Kaboul et a réalisé des graffitis en Italie, en Iran, en Allemagne, en Inde et aux États-Unis.

Si Élise Saint-Jullian tient à déconstruire ces clichés, c’est parce qu’elle en avait aussi, il y a quelques années. Au début du livre, elle raconte ainsi sa « première vraie et belle rencontre avec une femme musulmane ». 

« En 2011, alors étudiante à l’université de Nanterre en humanités, je croise dès la rentrée le chemin de celle qui deviendra ma meilleure amie. Cette camarade d’origine algérienne est musulmane et porte le voile. À ce moment-là, ma tête est remplie de préjugés sur l’islam et les musulmanes. Mais dès les premières discussions avec elle, c’est un coup de foudre amical. Elle est souriante, généreuse, drôle, cultivée, rien à voir avec l’image habituelle de la femme musulmane dressée dans les médias. Nous passons des heures ensemble à refaire le monde et je découvre une jeune femme en paix avec sa foi, qu’elle enrichit avec sa passion pour la philosophie. »

Quelle que soit la discipline dans laquelle elles se sont illustrées – et parfois dans des milieux dits « d’hommes », à l’image de Sarah Ourahmoune, la boxeuse la plus médaillée de France et vice-championne olympique –, elles ont toutes fait preuve « de force et d’audace ». 

« Elles sont courageuses, intelligentes, avant-gardistes, et se sont battues pour arriver à leurs objectifs ! Elles nous donnent l’envie de nous surpasser et nous laissent espérer que rien n’est impossible », écrit l’humoriste et comédienne française Samia Orosemane, qui a préfacé le livre. 

Musulmanes du monde. À la rencontre de femmes inspirantes (Faces cachées)

« Cette estime de soi qu’elles dégagent et cette multiplicité des chemins qu’elles explorent m’ont tout de suite attirée », témoigne l’illustratrice LK. Imany, qui a élu sa mère comme « première femme musulmane inspirante » dans sa vie. 

« Après des études de droit, elle décida de reprendre des études en comptabilité tout en consacrant du temps à ses quatre enfants. Elle m’a transmis le goût du sport, de la nature et celui de raconter des histoires. Son éducation et son amour ont fait de moi une femme musulmane épanouie. Son modèle, loin des clichés rabâchés dans les médias, m’a donné confiance en moi, m’assurant que, quel que soit le chemin que j’emprunte, j’y aurai ma place. »

Élise Saint-Jullian la rejoint : « Il était important pour nous de montrer des pionnières comme la première musulmane ayant reçu le prix Nobel de la paix ou la première maghrébine à avoir escaladé les plus hauts sommets du monde, pour que les jeunes filles qui lisent notre livre se disent qu’elles aussi peuvent y arriver, même s’il n’y a pas eu de modèle avant. »