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L’embarras des pays arabes alliés d’Israël

Alors qu’une réunion de la Ligue arabe est attendue ce mardi, les pays ayant normalisé leurs relations avec Israël tentent de donner le change face à la colère de l’opinion publique
Des familles évacuent un bâtiment visé par les bombardements israéliens à Gaza, le 22 mai 2021 (AFP)
Des familles évacuent un bâtiment visé par les bombardements israéliens à Gaza, le 11 mai 2021 (AFP)
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Gros malaise dans les capitales arabes qui ont acté leur normalisation avec Israël alors que le bilan des victimes des frappes contre Gaza ne cesse de s’aggraver et que se poursuit la répression contre les civils palestiniens à Jérusalem-Est occupée.

Bousculés par la brutalité israélienne, les alliés anciens et nouveaux d’Israël tentent de donner le change face à l’indignation des opinions publiques nationales et internationales.

Les Émirats arabes unis (EAU) et Bahreïn ont fini, le 9 mai, par condamner la descente des forces de sécurité israéliennes vendredi dernier dans la mosquée al-Aqsa, et la répression à l’encontre de fidèles qui cherchaient à en sortir.

Abou Dabi a appelé les autorités israéliennes à « assurer la responsabilité d’une désescalade » de la violence autour de l’esplanade des Mosquées alors que Manama a, de son côté, exhorté le gouvernement israélien à « arrêter ces provocations contre les habitants de Jérusalem ».

Pendant ce temps, l’ambassadeur émirati en Israël, Mohamed al-Khaja, tweete ses activités mondaines, notamment une visite dans un hara israélien le 9 mai.

Traduction : « J’ai fait un voyage inoubliable avec Adel Maarouf, eleveur et propriétaire des écuries Alhav. Ensemble, nous avons passé une journée merveilleuse concrétisant vraiment la noblesse, l’hospitalité et la chevalerie, des symboles très importants dans notre patrimoine et notre culture arabes. »

Et alors que, le 6 mai, plus de vingt Palestiniens ont été blessés lors d’une nouvelle manifestation contre l’annonce de l’éviction de familles palestiniennes de Jérusalem-Est occupée au profit de colons israéliens, Mohamed al-Khaja a donné une interview au quotidien Yediot Ahronot, saluant la normalisation de son pays avec Israël et déclarant aux Israéliens qu’ils « lui donnaient le sentiment d’être chez lui ». 

Manifestation à Rabat 

Autre pays à se retrouver dans l’embarras : le Maroc. Le royaume, dont le souverain est président du Comité al-Qods de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), a déclaré suivre avec une « profonde inquiétude » les violences. Le roi Mohammed VI considère « ces violations comme un acte inadmissible et susceptible d’attiser les tensions ».

En même temps, les autorités marocaines ont tenté d’empêcher une manifestation de soutien aux Palestiniens dans la capitale Rabat, le 10 mai, alors que plusieurs partis politiques dénonçaient, au sein du Parlement, les agissements israéliens.

Traduction : « Des manifestants de Rabat défient l’interdiction [de manifester] en solidarité avec les Palestiniens à Jérusalem. »

Commentant une vidéo du ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, qui racontait comment, avec ses collègues diplomates marocains dans les années 1990 et au début des années 2000 au bureau de liaison marocain en Israël, ils venaient en aide aux marchands ambulants et aux boutiquiers palestiniens face aux tracasseries israéliennes, le journaliste Ali Lmrabet a tweeté : « S’il vous plaît Monsieur Bourita, oubliez cette histoire de marchand ambulant palestinien ayant perdu son outil de travail, et parlez à ceux qui ont attaqué et brutalisé les habitants du quartier de Sheikh Jerrah, et envahi le Haram al-Charif [mosquée al-Aqsa]. »

Au Soudan, le Parti du congrès populaire, fondé par Hassan al-Tourabi, a appelé les autorités à « cesser tout contact et toute normalisation [avec Israël] ».  L’accord de normalisation entre Israël et le Soudan a été annoncé le 23 octobre 2020.

Officiellement, Khartoum a qualifié les mesures prises contre les Palestiniens à Jérusalem-Est occupée de « répression » et d’« action coercitive », et a exhorté le gouvernement israélien à « s’abstenir de prendre des mesures unilatérales diminuant les chances d’une reprise des négociations de paix ».

En Jordanie,  plus de 1 500 manifestant brandissant des drapeaux palestiniens et jordaniens ont réclamé, le 10 mai à Amman, « l’expulsion » de l’ambassadeur israélien. « Ni ambassade ni ambassadeur », « Abandon de l’accord humiliant et honteux de Wadi Araba [l’accord de paix de 1994 entre Israël et la Jordanie] ».

En Irak, le dignitaire chiite Moqtada al-Sadr a tweetté : « Les Israéliens n’ont osé faire ce qu’ils ont fait que grâce à certains pays arabes qui ont normalisé leurs relations [avec Israël]. »

L’Égypte et l’Arabie saoudite ont également condamné les agressions contre les fidèles de la mosquée al-Aqsa, mais les observateurs attendent de voir si la réunion ministérielle d’urgence de la Ligue arabe, prévue ce mardi au Caire, est en mesure de dénoncer de manière forte les dernières agressions israéliennes, et quel consensus délicat s’imposera entre les « normalisateurs » et les autres.