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Nous, Palestiniens, ne nous laisserons pas décourager face au projet d’annexion israélien

Le projet d’Israël d’annexer 30 % de la Cisjordanie occupée constitue une flagrante violation du droit international – et nous avons l’obligation collective d’y résister
Des Palestiniennes manifestent contre le plan d’annexion d’Israël, dans le nord de Gaza, le 6 juillet (AFP)

Les derniers mots de George Floyd, « Je ne peux pas respirer », ont fait écho aux centaines d’enfants palestiniens criant chaque année sous les décombres des maisons démolies par l’occupation israélienne, qui cherche à détruire les espoirs et les aspirations de la jeunesse palestinienne.

La voie de la résistance au colonialisme reflète la lutte contre toutes les formes d’apartheid. Toutes deux aboutissent au même résultat : la liberté. Les graves atteintes aux droits de l’homme dont sont victimes les Palestiniens et la discrimination raciale qu’ils subissent avec l’approbation des États-Unis ne sont pas nouvelles dans l’histoire des peuples opprimés. 

Il n’y a pas si longtemps, les Sud-Africains autochtones ont été victimes d’atteintes similaires à celles que prône l’« accord du siècle » des États-Unis, qui se présente comme une solution juste au conflit au Moyen-Orient. Il s’agit d’un projet fondé sur une illusion – un projet porteur d’aucune paix, si ce n’est dans sa désignation creuse, et qui adopte pleinement le discours israélien d’atteintes claires et racistes aux droits de l’homme, peut-être même plus brutales que celles de l’Afrique du Sud.   

La vision américaine est une énorme bévue qui ne fait que reprendre le discours israélien et capituler face à sa base politique d’extrême droite

Le projet américain légitime le vol de terres palestiniennes, tue les fondations d’un État palestinien, et accule le peuple palestinien dans des ghettos déconnectés, semblables aux bantoustans réservés aux populations noires indigènes d’Afrique du Sud – loin de leurs habitations et villes traditionnelles, et plus largement loin des yeux, loin du cœur. Les bantoustans, que ce soit en Afrique du Sud ou en Palestine, couvrent un nettoyage ethnique systématique. 

L’« accord du siècle » est une courbette politique désespérée de la part d’une administration américaine remarquable non pas pour ses connaissances sophistiquées et son expérience, mais pour son manque total de compréhension de la dynamique et des aspirations légitimes du peuple palestinien. 

À la barre se trouve le président Donald Trump, que je défie de réciter – sans parler d’expliquer – les contours de l’accord ou la nuance politique et l’histoire de la lutte palestinienne pour l’autodétermination et la justice. 

À ses côtés, un cercle de conseillers incompétents et de membre de sa famille qui ne sont pas plus instruits ou expérimentés que lui en ce qui concerne les questions fondamentales qui exigent une solution équitable, nécessaire avant qu’une résolution juste et pacifique puisse mettre fin à plus de 70 ans de douleur et d’injustice pour les Palestiniens. 

Indifférence flagrante

Que ce soit l’ancien envoyé Jason Greenblatt, avocat dans l’immobilier et ancien conseiller juridique en chef de la Trump Organization ; son remplaçant, Avi Berkowitz, un homme de 31 ans ayant une formation dans l’immobilier et les médias ; ou David Friedman, qui est passé d’avocat spécialiste des faillites à ambassadeur des États-Unis en Israël et à son fan le plus docile ; aucun d’entre eux n’a été engagé à jouer un rôle juste et indépendant dans la poursuite de la paix.  

Enfin, il y a le gendre du président, Jared Kushner. Désigné comme l’architecte et la pierre angulaire de l’accord de « paix », Kushner, une fois de plus, s’est avéré inapte à ce rôle.  

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, écoute le conseiller de la Maison-Blanche Jared Kushner s’exprimer à Jérusalem, en mai 2018 (AFP)
L’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, écoute le conseiller de la Maison-Blanche Jared Kushner s’exprimer à Jérusalem, en mai 2018 (AFP)

Et qu’a fait cette administration pour établir son attachement à la santé, la sécurité et les droits fondamentaux du peuple palestinien, ou son engagement envers le rôle d’arbitre neutre dans la recherche de la paix, qui dure depuis plusieurs décennies ? 

Le monde a vu cette administration écarter, avec une indifférence flagrante, des questions fondamentales telles que le statut de Jérusalem en tant que capitale d’un État palestinien ; la reconnaissance de ses frontières uniques ; les droits fondamentaux des réfugiés palestiniens dans leur propre patrie occupée et dans l’exil imposé de leur diaspora ; et l’expansion constante des colonies illégales dans l’ensemble de nos terres. 

La vision américaine est une énorme bévue qui ne fait que reprendre le discours israélien et capituler face à sa base politique d’extrême droite.

Se faire bien voir sur le plan national

Après avoir vu l’« accord du siècle » rejeté dans tout le Moyen-Orient, les dirigeants israéliens, avec la bénédiction des États-Unis, menacent désormais d’annexer illégalement les terres palestiniennes dans un effort palpable pour se faire bien voir sur le plan national. Nous, Palestiniens, n’accepterons pas cette attaque totale contre notre histoire et notre avenir.

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Israël a l’intention de s’emparer d’environ 30 % de la Cisjordanie occupée et d’y imposer sa « souveraineté », en violation des accords d’Oslo et du droit international. Cette mesure anéantirait la solution à deux États qui se débat pour survivre depuis des années. 

Elle constitue également une violation flagrante de la Charte des Nations unies, qui interdit le contrôle du territoire d’autrui par la force, et de la quatrième Convention de Genève, qui interdit le déplacement des personnes occupées de leurs foyers et l’introduction de colons. Le Conseil de sécurité de l’ONU a réaffirmé à plusieurs reprises l’interdiction de l’accaparement des terres, notamment par le biais de la résolution 242

Bien que les États-Unis aient apporté pendant des décennies un soutien financier et politique à l’occupation israélienne, l’annexion prévue est en contradiction directe avec la position de toutes les précédentes administrations américaines, qui considéraient à juste titre ces colonies comme contraires au droit international.

Malgré un parti pris pro-israélien marqué, les précédentes administrations ont eu le bon sens de comprendre que la résolution du conflit israélo-arabe devait être le résultat de négociations entre Palestiniens et Israéliens. 

Contrecarrer les schémas coloniaux

Pourtant, avec une ignorance aveugle de l’histoire et aucune compassion pour la justice, l’administration Trump estime qu’elle peut mettre fin à la résistance légitime et ininterrompue des Palestiniens par un diktat unilatéral et la force d’Israël. Comme tant d’autres faux pas de Trump à l’étranger, cela continuera à entraîner la région vers des tensions de plus en plus fortes, si ce n’est une explosion pure et simple.

Est-ce que quiconque abandonnerait volontairement sa maison à celui qui cherche à la voler ?

Nous, Palestiniens, ne nous laisserons pas décourager. En utilisant toutes les options à notre disposition, nous poursuivrons notre lutte jusqu’à ce que les projets d’annexion d’Israël – et tous les projets coloniaux qui nous concernent – soient contrecarrés. Ce n’est pas seulement notre droit incontestable, mais notre obligation collective en tant que fils et filles, parents et tuteurs de générations de Palestiniens. 

Nous ne sommes pas différents de tout autre membre de la communauté internationale qui peut légalement résister à un étranger venant à son domicile pour tuer ses enfants ou les déplacer par la force illégale. Est-ce que quiconque abandonnerait volontairement sa maison à celui qui cherche à la voler ? Je ne pense pas, parce que nous sommes tous des êtres humains libres et autonomes.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Moussa Abou Marzouk
Moussa Abou Marzouk est l’un des fondateurs du Hamas. Premier chef de son bureau politique et directeur adjoint, il est un cadre de sa direction et l’actuel directeur des affaires internationales. Né à Gaza de parents chassés de leur maison à Yibna en 1948, Moussa Abou Marzouk a obtenu un doctorat en ingénierie aux États-Unis, où il a vécu et travaillé pendant de nombreuses années. Après qu’Israël s’est vu refuser son extradition au milieu des années 1990 pour des accusations liées à la première Intifada, il est retourné au Proche-Orient.