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La base de données sur les propriétés volées par Israël est un rappel de l’ampleur des injustices infligées aux Palestiniens

Une base de données exhaustive recensant les propriétés privées appartenant aux réfugiés palestiniens dans le territoire occupé par Israël en 1948 a récemment été rendue publique
Un Palestinien passe devant une peinture murale représentant des réfugiés palestiniens sur le mur d’une rue de Gaza, le 8 novembre (AFP)

Si la politique étrangère du président américain Donald Trump a fortement œuvré contre le multilatéralisme et les principes de base d’un ordre mondial fondé sur des règles communes, son approche s’est révélée encore plus vicieuse en ce qui concerne Israël et la Palestine.

Trump ne s’est pas simplement contenté d’adopter les positions pro-israéliennes, il a pleinement approuvé une vision extrémiste favorable à l’annexion, présentant un plan qui perpétue le déni par Israël des droits nationaux palestiniens. Cela a non seulement encouragé les colonies de peuplement illégales, mais a également contribué à nier les droits des réfugiés palestiniens.

Les États-Unis ont cherché à imposer leurs solutions à plusieurs questions relevant du statut final, notamment Jérusalem, les colonies et les réfugiés, allant même au-delà des positions israéliennes officielles.

Nier les droits des Palestiniens signifie nier les principes de base sur lesquels l’ONU a été établie, et représente l’un des plus grands échecs du système multilatéral mondial

Tenter de démanteler l’UNRWA, l’agence des Nations unies qui vient en aide aux réfugiés palestiniens, a constitué un élément clé de la stratégie des membres de l’équipe Trump. Mais ils n’avaient pas réalisé à quel point les droits des Palestiniens étaient solidement ancrés dans le système des Nations unies – en particulier les droits des réfugiés.

Cela a commencé dès mai 1948 avec la nomination par l’ONU de son premier médiateur, le suédois Folke Bernadotte, assassiné à Jérusalem quatre mois plus tard par des terroristes israéliens. Son héritage le plus important est peut-être la résolution 194, approuvée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies, qui établit une commission de conciliation pour la Palestine comprenant les États-Unis, la France et la Turquie en vue d’aider les parties à parvenir à un règlement final.

Bien que la commission n’ait pas atteint son objectif principal, elle est parvenue à établir une base de données exhaustive des propriétés privées palestiniennes appartenant aux réfugiés, aux églises et aux donations islamiques (waqf), ainsi qu’à des propriétaires non palestiniens dans le territoire occupé par Israël en 1948.

Pendant de nombreuses années, la base de données a été classée secrète. Des copies de ce travail ont toutefois été distribuées à Israël, la Jordanie, l’Égypte, la Syrie, la Ligue arabe et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Le travail de la commission a été mis à jour et numérisé après que l’ONU a appelé le secrétaire général à « prendre toutes les mesures appropriées […] pour protéger et administrer les biens, les avoirs et les droits de propriété arabes en Israël et pour conserver et moderniser les archives existantes ». La copie qui en a résulté a été remise à la Mission de Palestine auprès des Nations unies, que je dirigeais alors.

La responsabilité de la communauté internationale

C’est dans le contexte des terribles agressions américaines contre les droits de notre peuple que nous avons décidé de rendre la base de données publique via la Fondation Yasser Arafat. Si l’équipe du plan Trump pour le Moyen-Orient s’est montrée suffisamment arrogante et ignorante pour rejeter le droit international, les résolutions de l’ONU et même l’histoire diplomatique des États-Unis, nous pensions qu’il y avait peut-être ainsi une chance qu’ils comprennent la valeur de la propriété privée et des droits des propriétaires individuels.

Nous avons donc décidé d’ouvrir les archives pour que chaque Palestinien puisse s’informer sur sa propriété et, dans certains cas, obtenir les documents y afférents.

École gérée par l’ONU dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans la bande de Gaza, le 8 août (AFP)
École gérée par l’ONU dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans la bande de Gaza, le 8 août (AFP)

Quiconque accède à cette base de données réalisera non seulement les terribles injustices infligées au peuple palestinien, mais également combien Israël a profité des biens des réfugiés palestiniens. La base de données, constituée principalement à l’aide des registres fonciers et fiscaux britanniques, dénombre 210 000 propriétaires et 540 000 parcelles de terrain. Elle comprend environ 6 000 cartes montrant les emplacements de chaque parcelle.

En d’autres termes, nous pouvons correctement parler de 5,5 millions de dounams (mètres carrés) de propriétés privées palestiniennes dans ce qui est maintenant Israël, à l’exclusion du Naqab (Néguev), cette région n’ayant pas fait partie du travail de la commission.

Les droits des réfugiés palestiniens sont solidement inscrits dans le droit international et les résolutions relatives de l’ONU. La communauté internationale, qui a décidé de procéder à la partition de la Palestine, ne peut continuer à ignorer les résultats de ses actions.

En l’absence d’une solution politique juste et durable réglant toutes les questions conformément au droit international, la réalisation des droits inaliénables du peuple palestinien, y compris à l’autodétermination, continuera de relever de sa responsabilité.

Une approche vouée à l’échec

Trump a déclaré qu’en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, il retirait la question « de la table des négociations ». Son gendre, Jared Kushner, a utilisé une logique analogue dans sa campagne d’étranglement de l’UNRWA, visant similairement à « retirer la question des réfugiés ».

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Mais leur approche a échoué. Cela devrait servir de leçon à ceux qui continuent de chercher à nier les droits des Palestiniens. Nier les droits des Palestiniens signifie nier les principes de base sur lesquels l’ONU a été établie, et représente l’un des plus grands échecs du système multilatéral mondial. La grandeur de la cause palestinienne est la raison pour laquelle Trump a échoué.

Quand Israël est devenu membre de l’ONU en 1949, le nouvel État s’est engagé à respecter la Charte des Nations unies et ses résolutions. Soixante-douze ans plus tard, il ne l’a toujours pas fait.

L’administration Biden ne servira pas la cause de la paix en tentant de répéter les formules qui cherchent à conforter l’impunité d’Israël et à nier les droits des Palestiniens. Elle ferait mieux de s’associer à d’autres membres de la communauté internationale en vue de réparer les échecs antérieurs, comprenant que le droit international ne peut être contourné, pas plus que les droits de millions de réfugiés palestiniens.

La base de données sur les biens des réfugiés que nous avons rendue accessible au public devrait servir de rappel de l’ampleur de ce qui a été fait au peuple palestinien.

- Nasser al-Qidwa est le directeur de la Fondation Yasser Arafat et un membre du Comité central du Fatah. Dentiste de formation, il est l’ancien représentant permanent de la Palestine auprès des Nations unies et ancien ministre des Affaires étrangères. Il a dirigé l’équipe palestinienne à la Cour internationale de Justice dans l’affaire contre le mur construit par Israël dans le territoire palestinien occupé (2004).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original).

Nasser Qudwa
Dr Nasser Qudwa is the head of the Yasser Arafat Foundation and member of the Fatah Central Committee. He is the former permanent representative of Palestine to the United Nations and foreign minister. He led the Palestinian team at the International Court of Justice in the case against the wall built by Israel in the occupied Palestinian territory (2004).