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La France doit s’« attaquer au séparatisme islamiste », juge Emmanuel Macron

Le président français a donné ce vendredi un discours plusieurs fois repoussé sur ce qu’il dénonce comme un « projet conscient » qui vise à « créer un ordre parallèle » et « nier la République »
L’islam est « une religion qui vit une crise aujourd’hui partout dans le monde », selon le président français Emmanuel Macron (AFP)

La France doit s’« attaquer au séparatisme islamiste », un « projet conscient » qui vise à « créer un ordre parallèle » et « nier la République », a déclaré vendredi le président français Emmanuel Macron lors d’un discours aux Mureaux, une banlieue sensible en région parisienne.

« Il y a dans cet islamisme radical […] une volonté revendiquée d’afficher une organisation méthodique pour contrevenir aux lois de la République et créer un ordre parallèle d’autres valeurs, développer une autre organisation de la société », a-t-il ajouté, estimant par ailleurs que l’islam est « une religion qui vit une crise aujourd’hui partout dans le monde ».

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« Je veux qu’il n’y ait aucune confusion ni aucun amalgame », a insisté le président français, mais « force est de constater qu’il y a un islamisme radical qui conduit à nier la République », a-t-il dit en citant notamment la « déscolarisation des enfants », le « développement de pratiques sportives et culturelles » communautaristes, « l’endoctrinement, la négation de nos principes comme l’égalité homme/femme ».

Le président français a annoncé dans la foulée plusieurs mesures comme l’obligation pour toute association sollicitant une subvention publique de signer une charte de la laïcité, un encadrement renforcé des écoles privées confessionnelles, une limitation stricte de l’instruction scolaire à domicile.

Le président français a toutefois estimé que les autorités avaient leur part de responsabilité en ayant laissé se développer la « ghettoïsation » de quartiers. « Nous avons concentré des populations en fonction de leurs origines, nous n’avons pas suffisamment recréé de mixité, pas assez de mobilité économique et sociale » et, « sur nos reculs, nos lâchetés, ils ont construit leur projet », a-t-il dit.

Ce discours, très attendu et plusieurs fois repoussé, intervient dans un contexte pesant après l’attaque au hachoir mené une semaine plus tôt à Paris par un jeune Pakistanais et le procès de l’attaque du magazine Charlie Hebdo, dont la rédaction a été décimée en 2015 par un attentat revendiqué par al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA).

« Libérer l’islam en France des influences étrangères »

Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé ce vendredi son intention de « libérer l’islam de France des influences étrangères », en mettant fin au système de formation des imams à l’étranger, en promouvant une labellisation des formations d’imams et en renforçant le contrôle sur les financements des cultes.

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Afin de construire « un islam qui puisse être en paix avec la République », il est d’abord nécessaire de « libérer l’islam en France des influences étrangères », a assuré le chef de l’État.

Pour renforcer le contrôle des financements des lieux de culte, il a affirmé qu’il entendait « inciter » les associations cultuelles musulmanes, qui sont majoritairement constituées sous le régime de l’association loi 1901 « à basculer » dans le régime de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État (fondement de la laïcité à la française) moins souple sur le plan des obligations comptables.

En outre, pour les mosquées qui souhaitent rester sous le régime 1901, « nous allons répliquer […] les contraintes qui existent dans le cadre la loi de 1905 », a-t-il ajouté. « C’est la fin d’un système d’opacité ».

« Il ne s’agit pas d’interdire les financements » étrangers, « mais de les encadrer », a-t-il insisté.

Emmanuel Macron par ailleurs rappelé une annonce faite en février : mettre fin d’ici quatre ans au système d’imams détachés, ces quelque 300 imams envoyés par la Turquie, le Maroc et l’Algérie dans les mosquées françaises, ainsi que les psalmodieurs envoyés pendant la période du Ramadan.

Pour que la France puisse pallier ce manque, le président français a affirmé avoir « convenu avec le Conseil français du culte musulman [CFCM] », principal interlocuteur des pouvoirs publics en France, « que, d’ici à 6 mois au plus tard, ce dernier finalise un travail de labellisation des formations d’imams dans notre pays ».

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Il s’agira pour le CFCM d’« assumer une responsabilité cultuelle », celle de « la certification des imams ». Le président français a aussi évoqué la rédaction d’« une charte, dont le non-respect entraînera révocation des imams ».

Il a aussi assuré avoir « conduit un très gros travail avec l’Arabie saoudite pour réglementer » le pèlerinage du hadj.

Enfin, Emmanuel Macron a annoncé la création d’un Institut scientifique d’islamologie et la création de « postes supplémentaires dans l’enseignement supérieur pour là aussi continuer le travail […] en matière de recherche sur la civilisation musulmane, mais aussi sur le Maghreb, le bassin méditerranéen, l’Afrique ».

Les responsables de culte recevront le 15 octobre un texte portant sur la stratégie de l’exécutif contre les « séparatismes » et un projet de loi sera présenté le 9 décembre en conseil des ministres, a précisé le chef de l’État.

« Les musulmans de France sont des citoyens comme les autres »

Sur franceinfo, Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a confirmé vendredi que combattre la violence au nom de l’islam était une priorité, tout en regrettant la terminologie employée.

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« Il faut combattre des personnes, des extrémistes qui veulent asseoir leur pouvoir sur les consciences et les comportements. Ils tentent de prendre le pouvoir dans certains quartiers. Il est de notre devoir, en tant que citoyen, de défendre la République et ses valeurs, de défendre notre religion qui est dévoyée, utilisée pour assassiner nos concitoyens et s’attaquer à notre pays », a-t-il déclaré.

Toutefois, a-t-il tenu à souligner, « les musulmans de France sont des citoyens comme les autres, ils ont à cœur de défendre la République et ses valeurs. Ils doivent être respectés comme des citoyens à part entière. Je ne suis pas pour ne pas mettre des mots sur une réalité. Mais quand on dit des extrémistes se réclamant de l’islam, on marque déjà une distance nécessaire. »