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Des mercenaires occidentaux ont aidé Haftar dans son offensive contre Tripoli en 2019

Pour des raisons inconnues, le groupe de mercenaires a quitté subitement le pays après quelques jours. Ils étaient détenteurs de passeports britanniques, français, américains et sud-africains
De la fumée s’élève au-dessus de la capitale libyenne Tripoli après un bombardement attribué aux forces de Khalifa Haftar, le 9 mai 2020 (AFP)

Un rapport confidentiel de l’ONU dont Bloomberg s’est procuré une copie fait mention d’une opération d’envergure de mercenaires occidentaux en Libye.

Engagés par deux sociétés militaires privées basées à Dubaï, ces mercenaires sont arrivés en Libye en juin 2019 pour soutenir le maréchal Khalifa Haftar dans son offensive contre la capitale Tripoli, qui avait débuté deux mois plus tôt, face aux forces du Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU et soutenu principalement par le Qatar et la Turquie.

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Pour des raisons inconnues, le groupe de mercenaires a quitté subitement le pays après quelques jours, rapporte Bloomberg en citant le rapport confidentiel.

Le document indique que ces mercenaires affiliés aux entreprises Lancaster 6 DMCC et Opus Capital Asset Limited FZE, toutes deux enregistrées aux Émirats arabes unis, avaient pour mission de « mener une opération militaire privée rondement financée ».

Des sources diplomatiques des Nations unies, citant un document diffusé par le Comité des sanctions du Conseil de sécurité en février, indiquent que Lancaster et Opus prévoyaient également de fournir aux forces de Haftar des hélicoptères, des drones et du matériel informatique par le biais d’un vaste réseau de sociétés offshore.

Il est rapporté qu’un détachement de vingt mercenaires sous le commandement du Sud-Africain Steve Lodge est arrivé en Libye fin juin 2019 et a quitté le pays quelques jours plus tard sur deux bateaux en direction de Malte.

Le rapport n’indique pas l’origine des fonds qui ont permis cette opération mais quelques indices pointent vers les Émirats.

Lodge a refusé de commenter ; ses avocats ont qualifié les allégations du rapport de fausses. Les avocats des autres membres de l’expédition ont déclaré qu’il s’agissait de fournir des services dans l’industrie pétrolière et gazière.

Une opération liée à Erik Prince

Ce qui n’est pas dit dans le rapport de l’ONU et l’article de Bloomberg, c’est que cette opération complexe est liée à Erik Prince, fondateur de Blackwater (aujourd’hui dénommée Academi) et propriétaire, par prête-noms interposés, des deux entreprises.

Lancaster 6 a par exemple figuré dans l’offre de guerre aérienne sur mesure proposée par Prince au gouvernement américain en 2017 pour en finir avec les Talibans en Afghanistan.

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Aujourd’hui, l’avocat de Prince nie l’appartenance de l’entreprise au « seigneur de guerre » américain.

Pourtant, les avions de la constellation d’entreprises militaires privées d’Erik Prince sont depuis plus de quatre ans en Libye, essentiellement des Air Tractors, avions agricoles convertis en véritables camions à bombes.

D’ailleurs, les dirigeants de Lancaster 6 avaient conclu un marché avec Ukrspecexport, organisme ukrainien d’exportations d’armes, pour acheter des avions cargos Antonov 26 et 32 pour les convertir en canonnières volantes en les équipant de bombes, de missiles et de canons.

Quant à Opus Capital Asset Limited, il s’agit d’une entreprise, possiblement liée à Prince, qui se présente comme travaillant avec le gouvernement américain sur des problématiques de géopolitique en Afrique.

En réalité, la mystérieuse entreprise a recruté Federal Associates, un cabinet de lobbying lié à l’administration Trump qui appartient au lobbyiste Michael Esposito, un proche du président américain très critiqué pour avoir défendu la cause du chinois Huawei, accusé par les États-Unis d’avoir contourné les sanctions américaines contre l’Iran.

Enfin, même s’il n’a pas été nommé dans l’article ou dans le rapport, il y a le cas de Starlite Aviation, fournisseur d’avions et d’hélicoptères pour missions « complexes », propriété du mercenaire cité Steve Lodge, ancien pilote d’hélicoptère de combat en Afrique du Sud.

Là aussi, on retrouve un lien avec les activités d’Erik Prince en Afrique australe, en particulier la discrète guerre anti-insurrectionnelle au Mozambique menée par des sociétés militaires privées sud-africaines pour le compte de Prince.

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Pour ce qui est du mode de transport des mercenaires, même s’il n’a pas été cité dans le rapport de l’ONU, il est certain qu’il est lié à la compagnie maltaise Sovereign Charterers Limited, propriété du sulfureux trafiquant d’armes James Fenech, qui est actuellement poursuivi pour violation des sanctions de l’Union européenne en Libye.

La compagnie de Fenech aurait loué deux bateaux semi-rigides de catégorie militaire à une « société ayant pignon sur rue à Dubaï » pour exfiltrer du personnel de Libye.

Vingt-et-une personnes, probablement les mercenaires de Lodge, ont pu regagner Malte. Ils étaient détenteurs de passeports britanniques, français, américains et sud-africains, a affirmé Fenech devant la cour de La Valette en clamant son innocence.

Plus que jamais, la Libye est devenue une zone de non-droit et une plateforme pour des guerriers privés.