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Comment Israël voit le monde de l’après-coronavirus

La diplomatie israélienne prévoit un monde post-coronavirus en crise d’où émergeront quelques opportunités comme l’exportation des technologies de surveillance
Un médecin israélien montre un échantillon de test COVID-19 prélevé sur un conducteur au service d’urgence national Magen David Adom (AFP)
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La pandémie de coronavirus impliquera plus de risques terroristes dans l’avenir, plus d’instabilité dans la région du Moyen-Orient, un changement des règles du commerce mondial… mais offrira de nouvelles opportunités à Israël. C’est, en somme, les prévisions du ministère israélien des Affaires étrangères, contenues dans un document élaboré par une vingtaine d’experts et de diplomates en février 2020, sous la direction d’Oren Anolik, chef du bureau de planification politique du ministère, et révélé par le journal israélien Israel Hayom

« Le village mondial de libre-échange ne survivra pas à la pandémie »

- Oren Anolik, chef du bureau de planification politique du ministère des Affaires étrangères israélien

Même si le coordinateur de ce travail, Oren Anolik, concède que « les choses changent chaque jour » et qu’« il y a plus de questions que de réponses », il n’en demeure pas moins que certaines certitudes se dégagent de ce document interne, comme par exemple le fait que « le village mondial de libre-échange ne survivra pas à la pandémie ».

« Le monde se dirige vers une crise économique qui rappellera la Grande Dépression [des années 1930] et le PNB mondial a déjà baissé de 12 %. La crise économique pourrait entraîner une baisse de la demande de gaz naturel, ce qui porterait un coup sérieux au secteur des exportations sur lequel Israël comptait s’appuyer au cours des prochaines années », peut-on lire. 

Le commerce international va changer

Dans les années à venir, les gisements de gaz naturel exploités par Israël sont appelés à devenir une part essentielle de son économie, expliquait dans Middle East Eye le journaliste et blogueur israélien Dimi Reider. 

Par ailleurs, et « selon les experts, la crise économique entraînera une concurrence plus intense entre les pays, en particulier pour les articles liés aux soins sanitaires. La demande mondiale d’équipements liés aux soins devrait se poursuivre et pourrait devenir une source de tension internationale ». 

Les diplomates et experts israéliens prévoient que « la combinaison de cette tension et de la détresse économique internationale, ainsi qu’une industrie aéronautique paralysée, créera de nouvelles règles dans le commerce international ». 

D’après le document des Affaires étrangères israéliennes, « le commerce international va changer, les nations tirant les ponts-levis et recréant leurs propres chaînes de fabrication et d’approvisionnement, en particulier dans les domaines essentiels à la sécurité nationale, malgré les coûts que cela entraînerait ». Et ce, tout en réduisant massivement ou en rendant plus coûteuses les exportations de biens vitaux tels que les équipements médicaux.  

Dans ce contexte, Israël devra se concentrer sur cette nouvelle donne : le fait que la crise sanitaire soit devenue « un catalyseur de l’essor de la Chine en tant que puissance mondiale ». 

« Bien que la Chine ait ‘’exporté’’ le virus, elle a été la première nation à s’en remettre, ce qui lui a donné un avantage sur les États-Unis. L’aide internationale que la Chine a accordée aux pays souffrant d’épidémies de coronavirus, combinée à la répugnance des États-Unis à agir en tant que gendarme du monde, donne un coup de pouce à la Chine », analyse le rapport interne. 

L’obsession iranienne

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Les experts et diplomates israéliens conseillent de poursuivre la « relation spéciale » avec Washington, « une priorité diplomatique » selon eux, tout en tirant partie des opportunités, notamment économiques, avec Pékin. 

Quant à la sphère géostratégique immédiate d’Israël, le rapport avertit que « les voisins pacifiques, comme « la Jordanie ou l’Égypte », qui connaissent déjà des difficultés économiques, « pourraient souffrir de déstabilisation ». 

Une autre inquiétude rejoint l’obsession israélienne : l’Iran. « La crainte est de voir l’Iran, où le coronavirus décime ce qui reste de l’économie, puisse se précipiter pour fabriquer des armes nucléaires afin de maintenir le régime en place. »

L’autre crainte des Israéliens, relevée dans le rapport, est « que la crise mondiale renforce les rangs d’organisations terroristes comme l’État islamique ou al-Qaïda ».

Il y aurait néanmoins, au milieu de ce tableau apocalyptique, « quelques points lumineux » du point de vue israélien : « Le ministère prévoit une augmentation de la demande mondiale de produits de haute technologie, en particulier dans le domaine de la gestion à distance et de la surveillance à distance. Cela pourrait être une aubaine pour Israël, avec son secteur de haute technologie bien développé. »

« La flexibilité du marché israélien et sa capacité à s’adapter à de nouvelles situations ont également été citées comme des avantages. L’utilisation par Israël de méga-datas et de la technologie pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, sans violations graves des libertés individuelles, pourrait offrir à Israël une perspective attrayante », conclut le quotidien Israel Hayom.