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Voilà mon numéro : Netanyahou attend toujours l’appel de Biden

L’envoyé israélien à l’ONU a tweeté, à l’attention du président américain, un numéro de téléphone censé appartenir au bureau de Netanyahou
Joe Biden (alors vice-président) et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou prononcent une déclaration conjointe à Jérusalem, le 9 mars 2016 (AFP)
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WASHINGTON, États-Unis

Nous avons tous des amis qui n’appellent pas. Parfois, ils sont occupés. Parfois, ils nous évitent. Et en ce qui concerne les chefs d’État, parfois, ne pas appeler s’apparente à une déclaration géopolitique.

Mercredi, l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon a partagé sur les réseaux sociaux ce qui est ressenti comme un affront en Israël, tweetant ce qui serait le numéro de téléphone du bureau du Premier ministre Benyamin Netanyahou à Joe Biden. Il a fait remarquer que son patron n’était pas sur la liste, qui ne cesse de s’allonger, des chefs d’État contactés par le président américain depuis sa prise de fonction le 20 janvier.

Ce tweet est bien plus qu’un petit « ça fait un bail » entre amis. Après quatre années de soutien américain inconditionnel sans précédent dont a bénéficié Netanyahou sous Trump, il y a une nouvelle administration américaine et des élections à venir en Israël.

Traduction : « @POTUS [présidence américaine]

Joe Biden, vous avez appelé les chefs d’État suivants : #Canada #Mexique #Royaume-Uni #Inde #France #Allemagne #Japon #Australie #CoréeduSud #Russie Il serait peut-être temps d’appeler le dirigeant d’#Israël, le plus proche allié des #États-Unis ? Le Premier ministre est joignable au : 972-2-6705555 »

Directeur général de l’Arab Center Washington DC, Khalil Jahshan estime que les appels du pied atypiques de Danon sur Twitter découlent de la nature inhabituelle des relations entre les deux pays, les Américains traitant Israël comme un « enfant gâté ».

« C’est le comportement typique d’un enfant gâté », assure Jahshan à MEE. « Lorsque vous n’obtenez pas ce que vous voulez – même une chose insignifiante – vous avez l’impression d’être dans un jeu à somme nulle. C’est le seul moyen de replacer ce type de plainte dans son contexte. »

Malgré les protestations israéliennes concernant le camouflet infligé à Netanyahou par Biden, la nouvelle administration américaine s’est montrée on ne peut plus rassurante envers Israël, au grand désarroi des activistes pour les droits des Palestiniens.

Jeudi, la Maison-Blanche a assuré que le président américain parlerait « bientôt » au Premier ministre israélien.

« Attentes maximalistes »

Biden, fervent supporter d’Israël tout au long de sa longue carrière politique, s’est engagé à ne jamais imposer de conditions concernant l’aide militaire américaine à Israël et de laisser l’ambassade américaine à Jérusalem. 

Le secrétaire d’État tout juste confirmé Tony Blinken a également affirmé que l’engagement américain envers la sécurité d’Israël restait « sacro-saint », tandis que l’envoyé de l’administration à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, s’est engagée à protéger Israël des critiques au sein de la communauté internationale. Le conseiller à la sécurité nationale Jack Sullivan a indiqué quant à lui que Washington consulterait Israël sur « tous les sujets relatifs à la sécurité de la région ».  

Malgré un tel soutien, Biden a réaffirmé l’engagement de Washington envers la solution à deux États et a déclaré son intention de reprendre l’aide aux Palestiniens – et de ressusciter l’accord sur le nucléaire avec l’Iran.

Jahshan a déclaré que le gouvernement de Netanyahou avait des « attentes maximalistes de la part de Washington » après la présidence Trump. « Ils ne veulent pas revenir à une relation conventionnelle. »

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Les élections israéliennes en mars pourraient décider du sort politique de Netanyahou, qui n’a pas hésité par le passé à utiliser ses liens proches avec Trump pour obtenir des acquis politiques sur le plan national.

« Les médias israéliens, en particulier les libéraux, s’en servent pour pincer Netanyahou, pour l’ennuyer », a déclaré Jahshan à MEE. « Et c’est embarrassant sur la scène nationale… En cette période pré-électorale, ils essayent de montrer que Netanyahou a gâché la relation spéciale avec les États-Unis. »

L’histoire récente montre qu’il est inhabituel pour un nouveau président américain de ne pas téléphoner au dirigeant israélien peu après avoir prêté serment. 

L’ancien président Donald Trump a appelé Netanyahou le 22 janvier 2017, deux jours après son investiture, et a invité le Premier ministre israélien à la Maison-Blanche. Ils ont eu une « conversation cordiale » selon une déclaration du gouvernement israélien.

À l’époque, la Maison-Blanche avait déclaré que Netanyahou et Trump avaient « convenu de continuer à se consulter sur une série de problèmes régionaux, notamment la façon de gérer les menaces posées par l’Iran ».

Avant Trump, Barack Obama avait eu des conversations téléphoniques à la fois avec le Premier ministre israélien Ehud Olmert et le président palestinien Mahmoud Abbas lors de son premier jour au pouvoir, mais on ne sait pas exactement qui a eu l’honneur du premier appel.

« Il s’est servi de cette occasion, son premier jour au pouvoir, pour faire part de son attachement envers une implication active en vue de la paix israélo-arabe dès le début de son mandat, pour exprimer son espoir de leur coopération continue », avait déclaré un porte-parole de la Maison-Blanche à l’époque.

En janvier 2001, le nouvellement élu George W. Bush avait appelé Ehud Barak, alors Premier ministre d’Israël, une semaine après son investiture après l’échec d’une série de négociations entre les Israéliens et les Palestiniens au Sinaï, en Égypte. 

« Le président Bush a réaffirmé la relation étroite avec Israël et son désir de paix dans la région reposant sur un Israël sûr », avait indiqué le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain après cet appel.

Contact établi

Aaron David Miller, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace et ancien diplomate ayant travaillé sur les négociations israélo-palestiniennes, a suggéré que l’absence d’appel de la part de Biden indiquait bel et bien une nouvelle approche à Washington.

« Mémo à l’intention des intéressés. L’appel viendra. Mais un message clair est envoyé. Netanyahou était le 3e appel de Trump. Pour citer Dorothée [dans Le Magicien d’Oz], nous ne sommes plus au Kansas », a écrit Miller en réponse au tweet de Danon.

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Si Biden n’a toujours pas appelé Netanyahou, l’administration américaine a établi officiellement le contact avec le gouvernement israélien. Le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan a parlé à son homologue israélien le mois dernier. Blinken a également téléphoné au ministre israélien des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi.

Les déclarations américaines à propos de ces appels les qualifient de conversations amicales soulignant le partenariat entre les États-Unis et Israël.

« Le ministre des Affaires étrangères Ashkenazi et le secrétaire Blinken reconnaissent le partenariat inébranlable entre les États-Unis et Israël et que les deux pays travailleront en étroite collaboration sur les défis qui les attendent », d’après un compte rendu de cet appel publié par le département d’État.

Dans le même temps, Hady Amr, sous-secrétaire d’État adjoint aux affaires israéliennes et palestiniennes, a contacté Hussein al-Sheikh, président de la Commission des affaires civiles de l’Autorité palestinienne, pour témoigner de la volonté de l’administration américaine de renouer les relations de Washington avec les responsables palestiniens après des années de relations distendues sous Trump.

Dans un tweet début février, Sheikh dit avoir discuté avec Amr « des relations bilatérales, des derniers développements actuels et de politique. C’était une conversation positive. Il a été convenu de continuer à communiquer ». 

Vieilles tensions

Blinken a minimisé l’importance du futur appel entre Biden et Netanyahou, soulignant que tous deux s’étaient parlé lors de la transition, avant la prise de fonction de Biden. « J’ai discuté avec mes homologues israéliens à de multiples occasions déjà », a déclaré le secrétaire d’État américain à CNN plus tôt cette semaine.

De son côté, Khalil Jahshan, de l’Arab Center Washington DC, note qu’il pourrait y avoir des tensions dans la relation entre Biden et Netanyahou.

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En 2010, Israël a annoncé une grande expansion d’une colonie à Jérusalem-Est pendant une visite de Biden, qui était alors vice-président.

Cette initiative a été considérée comme une insulte personnelle à l’égard de Biden, qui l’avait dénoncée en des termes inhabituellement durs pour une déclaration publique du gouvernement américain concernant Israël.

« Je condamne la décision du gouvernement israélien de procéder à la planification de nouveaux logements à Jérusalem-Est », avait déclaré Biden dans un communiqué lors de sa visite. 

« La teneur et le timing de cette annonce, en particulier avec le lancement de pourparlers indirects, est précisément le genre de mesures qui sapent la confiance qu’il nous faut actuellement et va à l’encontre des discussions constructives que j’ai eues ici en Israël. »

Jahshan explique que la décision israélienne à l’époque revenait à « cracher au visage » de Biden et ses efforts de ranimer les pourparlers de paix.

« [Biden] n’a pas oublié le traitement dont il a fait l’objet de la part de Netanyahou, cela ne fait aucun doute. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.