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Les visages et partis à connaître dans le nouveau gouvernement israélien 

Le gouvernement Bennett-Lapid va devoir s’atteler aux difficultés sociales et économiques de l’après-pandémie
Le président sortant Reuven Rivlin entouré de Naftali Bennett (à gauche) et Yaïr Lapid (à droite) dans la résidence du président à Jérusalem, le 14 juin 2021 (AFP)
Le président sortant Reuven Rivlin entouré de Naftali Bennett (à gauche) et Yaïr Lapid (à droite) dans la résidence du président à Jérusalem, le 14 juin 2021 (AFP)

Un nouveau gouvernement israélien a été investi dimanche, mettant fin aux douze années de Benyamin Netanyahou au pouvoir en tant que Premier ministre.

Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont réussi à mettre sur pied une coalition rassemblant 60 membres de la Knesset, le strict minimum requis pour former un « gouvernement du changement » composé de partis allant de la gauche à la droite, des laïcs aux religieux.

Le gouvernement Bennett-Lapid espère s’atteler aux difficultés sociales provoquées par une économie qui s’effondre et souffre des conséquences de la pandémie de COVID-19 et des trois confinements qui se sont succédés depuis mars 2020.

Mais il devra également gérer le conflit israélo-palestinien, les perspectives d’un nouvel accord nucléaire entre l’Iran et les États-Unis, ainsi que des problèmes internes de financement public des groupes religieux.

Netanyahou est désormais le chef de l’opposition et n’a besoin que d’un seul membre de la Knesset qui fasse faux bond au nouveau gouvernement pour contraindre Israël à organiser une 5e élection, lui donnant une chance de reprendre le pouvoir. 

Middle East Eye passe en revue huit hommes politiques clés – à la tête de différents partis et derrière le nouveau gouvernement israélien.

Premier ministre : Naftali Bennett

Naftali Bennett, député de Yamina au Parlement, assiste à une session spéciale de la Knesset au cours de laquelle les députés vont élire un nouveau président à Jérusalem, le 2 juin 2021 (AFP)
Naftali Bennett, député de Yamina au Parlement, assiste à une session spéciale de la Knesset au cours de laquelle les députés vont élire un nouveau président à Jérusalem, le 2 juin 2021 (AFP)

Bennett, ultranationaliste juif, dirige le parti Yamina (vers la droite), arrivé cinquième à la Knesset lors des dernières élections de mars.

Cet entrepreneur issu du monde de la technologie s’oppose à un État palestinien : il réclame l’annexion de la Cisjordanie occupée et encourage l’expansion des colonies illégales.

En 2010, il était le directeur général du conseil de Yesha, organisation cadre des colonies en Cisjordanie occupée.

Bennett, 49 ans, fut chef de cabinet de Netanyahou en 2006. Son dernier poste au gouvernement fut ministre de la Défense en 2019.

Il devrait être Premier ministre pendant deux ans, au bout desquels il sera remplacé par Yaïr Lapid.

Ministre des Affaires étrangères : Yaïr Lapid

Le dirigeant du parti israélien Yesh Atid, Yaïr Lapid, arrive à la résidence du président à Jérusalem, le 14 juin 2021, au lendemain du vote investissant un nouveau gouvernement de coalition (AFP)
Le dirigeant du parti israélien Yesh Atid, Yaïr Lapid, arrive à la résidence du président à Jérusalem, le 14 juin 2021, au lendemain du vote investissant un nouveau gouvernement de coalition (AFP)

Le dirigeant centriste de Yesh Atid (Il y a un futur) a reçu le mandat de former un gouvernement du président israélien sortant Reuven Rivlin, mais il l’a cédé à Bennett, qui dirigera le premier.

Comme Bennett, Lapid fut membre d’un gouvernement Netanyahou en tant que ministre des Finances en 2013, avant de s’embarquer dans une carrière politique sur les bancs de l’opposition.  

Présentateur télé et célébrité, il a fait son entrée en politique en 2012, fondant un parti qui dit vouloir soulager les difficultés financières et économiques de la classe moyenne israélienne.

Il sera ministre des Affaires étrangères pendant deux ans avant de remplacer Bennett en 2023, si tant est que le gouvernement parvienne à se maintenir.

Ministre de la défense : Benny Gantz

Le ministre de la Défense israélien et chef du parti Bleu Blanc, Benny Gantz, s’exprime en conférence de presse à la Knesset à Jérusalem, le 7 juin 2021 (AFP)
Le ministre de la Défense israélien et chef du parti Bleu Blanc, Benny Gantz, s’exprime en conférence de presse à la Knesset à Jérusalem, le 7 juin 2021 (AFP)

À la tête du ministère de la Défense, Benny Gantz sera dans ses petits souliers.

Tout au long de sa carrière, il a occupé différentes fonctions liées à l’armée : chef d’État-major, attaché militaire israélien aux États-Unis et plus récemment ministre de la Défense. Il a également été Premier ministre par alternance dans le « gouvernement d’unité » formé avec Netanyahou après les élections de mars 2020.

L’alliance politique Bleu Blanc de Gantz est composée d’anciens militaires.

Gantz, 62 ans, a quitté la coalition de Netanyahou pour rejoindre l’opposition lorsque ce dernier n’a pas organisé le vote du budget avant les élections du mois de mars.

Ministre des Finances : Avigdor Lieberman

Avigdor Lieberman, nationaliste laïc de droite qui dirige le parti Israel Beitenou, arrive à la résidence du président à Jérusalem, le 14 juin 2021 (AFP)
Avigdor Lieberman, nationaliste laïc de droite qui dirige le parti Israel Beitenou, arrive à la résidence du président à Jérusalem, le 14 juin 2021 (AFP)

Lieberman, 63 ans, a été ministre de la Défense avant de quitter le gouvernement de Netanyahou en novembre 2018 car ce dernier n’a pas lancé une guerre totale contre la bande de Gaza assiégée.

C’est ce qui a mené Israël sur la voie de quatre élections inclusives depuis mars 2019.

Fervent laïc, anti-Palestinien et défenseur des colons, Lieberman a cherché – en vain – à introduire des lois qui obligeraient les membres de la communauté juive ultra-orthodoxe à servir dans l’armée israélienne.

Aujourd’hui, en tant que ministre des Finances, Lieberman, qui est né en Moldavie, a l’occasion d’amener la communauté ultra-orthodoxe dans la vie active, les rendant moins dépendants des financements et aides de l’État. Il doit également faire face à la situation économique désastreuse.

Ministre de la justice : Gideon Saar

Gideon Saar, chef du parti Nouvel espoir, travaille au siège de son parti à Tel Aviv le 22 mars 2021, à la veille des élections (AFP)
Gideon Saar, chef du parti Nouvel espoir, travaille au siège de son parti à Tel Aviv le 22 mars 2021, à la veille des élections (AFP)

Gideon Saar, 54 ans, est le quatrième ancien allié de Netanyahou après Bennett, Lapid et Lieberman qui ont fait pression pour l’évincer du pouvoir.

En décembre, Saar a fait défection au Likoud de Netanyahou, qui avec ses 30 sièges est le plus grand parti à la Knesset, et a formé son parti baptisé Nouvel espoir.

Il était considéré comme le principal rival de Netanyahou. Il obtient le poste en tant que ministre de la Justice alors que Netanyahou, accusé de corruption, est poursuivi devant la justice dans des procès qui pourraient durer des années et pourraient finir par le conduire en prison. 

Saar sera également membre du cabinet de sécurité israélien.

Vice-ministre au cabinet du Premier ministre : Mansour Abbas

Mansour Abbas du parti islamiste Raam assiste à une réunion parlementaire à la Knesset, avant le vote d’un nouveau gouvernement, le 13 juin 2021 (AFP)
Mansour Abbas du parti islamiste Raam assiste à une réunion parlementaire à la Knesset, avant le vote d’un nouveau gouvernement, le 13 juin 2021 (AFP)

En théorie, la Liste arabe unie de Mansour Abbas, Raam, est un dérivé de l’idéologie des Frères musulmans, et c’est pourquoi les faucons de droite israéliens le considèrent comme le « Hamas à la Knesset ».

Pourtant, Abbas n’a rien à voir avec la confrérie ou le Hamas. Début 2021, son parti s’est séparé de la Liste unifiée, alliance politique qui représente les aspirations nationales et les droits des citoyens palestiniens d’Israël, qui avec 1,9 millions de personnes représente 21 % de la population.

Le parti Raam a remporté quatre sièges à la Knesset et a été considéré comme le faiseur de roi d’Israël après les dernières élections, en mars. Mais Netanyahou a rencontré une opposition et fait l’objet de pressions de ses alliés sionistes religieux contre la formation d’un gouvernement avec Raam.

Abbas insiste sur le fait que son parti n’est ni de gauche ni de droite.

Il a fait des déclarations controversées qualifiant les prisonniers politiques palestiniens de « terroristes » et n’a pas condamné le bombardement israélien sur Gaza et les incursions violentes à la mosquée al-Aqsa, ni la répression violente des citoyens palestiniens d’Israël lors des manifestations dans les villes mixtes au mois de mai.

Abbas entre dans l’histoire comme le premier citoyen palestinien d’Israël membre d’un gouvernement israélien.

Il sera vice-ministre au cabinet du Premier ministre. Bennett Lapid lui ont promis qu’ils cesseront la démolition des maisons des citoyens palestiniens d’Israël qui sont construites sans permis selon les autorités.

Ministre des Transports : Merav Michaeli

La dirigeante du parti travailliste (HaAvoda) Merav Michaeli s’exprime lors d’un meeting pré-électoral de son parti, à Hod Hasharon une ville du centre d’Israël près de Tel Aviv, le 14 mars 2021 (AFP)
La dirigeante du parti travailliste (HaAvoda) Merav Michaeli s’exprime lors d’un meeting pré-électoral de son parti, à Hod Hasharon une ville du centre d’Israël près de Tel Aviv, le 14 mars 2021 (AFP)

Merav Michaeli est la dirigeante du parti travailliste, parti qui dominait autrefois la politique israélienne, avant que le Likoud ne revienne au pouvoir dans les années 1990 après l’assassinat de Yitzhak Rabin à Tel Aviv.

Comme Lapid, Michaeli vient du monde du journalisme.

À 54 ans, c’est la seule femme qui dirige un parti sur les huit partis rassemblés au gouvernement.

Elle a travaillé à renforcer le parti travailliste, qui a remporté sept sièges aux élections du mois de mars et politiquement à gauche du gouvernement dont la majorité consiste en partis de droite et religieux.

Ministre de la Santé : Nitzan Horowitz

L’homme politique Nitzan Horowitz du parti Meretz assiste à une réunion parlementaire à la Knesset, avant le vote d’un nouveau gouvernement, le 13 juin 2021 (AFP)
L’homme politique Nitzan Horowitz du parti Meretz assiste à une réunion parlementaire à la Knesset, avant le vote d’un nouveau gouvernement, le 13 juin 2021 (AFP)

Horowitz a une grande tâche qui l’attend : il dirigera le ministère de la Santé alors que le pays émerge de trois confinements et d’une campagne de vaccination nationale.

Horowitz, 56 ans, est le second politicien israélien ouvertement gay après Amir Ohana.

Il a été critiqué par les activistes d’extrême droite israéliens et les partisans de Netanyahou pour sa prise de position en faveur d’une enquête de la Cour pénale internationale de La Haye sur les commandants de l’armée israélienne pour crimes de guerre.

Le slogan de son parti est : « La gauche, c’est Meretz ». Il réclame l’égalité des chances dans l’éducation, l’union et le mariage civils, la laïcité et il s’en prend à l’influence des partis religieux juifs

Meretz soutient un État palestinien, le retrait des colonies en Cisjordanie, le gel de l’expansion des colonies et la partition de Jérusalem en deux capitales (la partie occidentale aux Israéliens et la partie orientale aux Palestiniens), et la restitution du plateau du Golan occupé à la Syrie en échange de la paix.

Meretz a remporté six sièges lors des élections de mars.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.